Le feu vert des députés du Bundestag à la participation de l’Allemagne à l’opération de l’Otan en Macédoine restait incertain hier, en raison des craintes de voir les troupes internationales s’enliser dans une intervention prévue pour ne durer que 30 jours. Les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts au gouvernement «sont partagés» ; les chrétiens-démocrates (CDU) et leurs frères bavarois de la CSU «posent des conditions» ; les libéraux (FDP) «sont indécis» et les communistes rénovés (PDS) «s’y opposent», résumait le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). Le social-démocrate Harald Friese, en tête d’une liste de 28 députés SPD et quatre écologistes opposés à l’opération «Récolte essentielle» destinée à collecter les armes des rebelles albanais, affirme que le gouvernement du chancelier Gerhard Schröder n’aura pas la majorité. Selon lui, si la guérilla albanaise de l’UCK livre ses armes, l’intervention n’est pas nécessaire, et si elle ne le fait pas, alors l’opération risque de s’enliser. Une opinion partagée par 50 % des Allemands, qui se déclarent opposés à la mission de l’Otan. Pour voter oui, la CDU et la CSU réclament une augmentation du budget de l’armée allemande, en déficit chronique, et un mandat aux contours clairs. Selon l’ancien ministre CDU de la Défense, Volker Ruehe, il est illusoire de croire que les rebelles albanais livreront les armes sans résistance. Toutefois, l’attitude de la CDU/CSU, plus que ses préoccupations pour la santé des soldats allemands ou une opposition de fond, reflète sa politique de confrontation avec le gouvernement, selon la presse allemande. La Macédoine est, pour certains députés CDU, moins importante que la possibilité d’infliger un camouflet à Gerhard Schröder. «Notre tâche, en tant qu’opposition, n’est certainement pas de créer des majorités pour le gouvernement», a ainsi souligné la présidente de la CDU, Angela Merkel, dans le quotidien Die Welt. Mais l’unanimité de façade parmi les chrétiens-démocrates semble s’effriter. Des voix se font entendre pour rappeler les obligations internationales de l’Allemagne. «Je crois que la solidarité au sein de l’Otan est un bien très précieux», a estimé le vice-président de la CDU, Juergen Ruettgers, rejoint par le porte-parole du groupe parlementaire CDU/CSU, Karl Lamers. Ces prises de position confortent Gerhard Schröder, qui répète que l’Allemagne ne peut «rester à l’écart» de cette opération. Hier, il s’est une nouvelle fois déclaré persuadé que le vote du Bundestag, dont l’avis est nécessaire pour toute intervention des soldats allemands hors du territoire national, serait positif. Il en va de la réputation du pays et du respect de ses engagements, a-t-il souligné. Le chancelier a aussi promis aux récalcitrants que le vote du Bundestag ne porterait que sur un mandat d’un mois, qui, s’il devait être prolongé, nécessiterait un nouveau vote. Aucune date n’avait été fixée vendredi pour la session extraordinaire du Bundestag, mais des sources proches du gouvernement évoquaient la fin de la semaine prochaine. L’Allemagne doit fournir 500 hommes qui, selon un haut responsable du gouvernement, viendront des unités déjà stationnées dans les Balkans ainsi que d’Allemagne. Ils seront placés sous commandement français, a ajouté cette source, qui a souligné la nécessité de «saisir rapidement l’opportunité de l’accord politique» signé entre les principaux partis macédoniens et albanais. L’expérience a montré, a ajouté ce responsable, sous couvert d’anonymat, que «dans les Balkans, quand on laisse faire, on aboutit à une guerre civile». «Ne rien faire serait dangereux», a-t-il mis en garde, rappelant qu’il s’agissait de «diplomatie préventive» et en aucun cas d’une intervention armée.
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