Trois ans après le krach financier du 17 août 1998, l’économie russe a opéré un redressement spectaculaire et paraît mieux immunisée contre les crises d’autres pays émergents comme l’Argentine ou la Turquie mais des nuages ont commencé à obscurcir l’horizon. La Bourse de Moscou, qui s’était effondrée en 1998, n’a certes pas retrouvé son niveau d’avant la crise mais le marché russe est «l’un des plus performants du monde avec la Chine», estime Sylvie Armand-Delille du groupe financier Troïka Dialog. Depuis le début de l’année, la Bourse a gagné plus de 36 %. En même temps que la dévaluation du rouble, la Russie avait fait défaut sur sa dette intérieure à la suite de l’effondrement du marché des bons du Trésor et suspendu le remboursement de sa dette extérieure. Signe de retour de la confiance, le ministre des Finances Alexeï Koudrine a annoncé que la Russie allait revenir sur le marché des capitaux en 2002 avec une émission d’euro-obligations pour la première fois depuis le krach. Alors que la crise venue d’Asie en 1998 était à l’origine de l’effondrement des marchés russes, ceux-ci ont nettement mieux résisté aux crises turque et argentine. «La Russie n’est pas sur la liste des pays à risques», a estimé en juillet le président de la Banque mondiale John Wolfenssohn. La dévaluation du rouble et la hausse des prix du pétrole ont donné incontestablement un nouveau souffle à l’économie russe (8,3 % de croissance en 2000) et l’État a mené à bien, pour la première fois depuis la chute de l’URSS en 1991, une ambitieuse réforme fiscale. Les impôts ont été simplifiés et diminués pour les entreprises (de 35 % à 24 %) comme pour les particuliers (taux unique de 13 %) afin de lutter contre la fraude. Résultat, pour la première fois depuis le début des réformes, le gouvernement prévoit un projet de budget excédentaire pour 2002 (+1,2 % du PIB). «Les salariés, les retraités sont payés de moins en moins en retard. Les sociétés s’acquittent de leurs impôts et le troc est en nette diminution. Tous ces signes jouent en faveur d’une plus grande confiance dans le pays», souligne Peter Westin, expert du groupe Aton Capital. L’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, début 2000, a sans conteste contribué à l’embellie, après les années brouillonnes de l’ère Eltsine. En plus de la réforme fiscale, le gouvernement a pris des initiatives pour encourager les investisseurs étrangers en s’efforçant de rendre l’économie plus transparente et de débureaucratiser l’Administration. Le niveau des investissements étrangers demeure ridiculement bas : 53 dollars par habitant contre 1 900 dollars en Hongrie entre 1994 et la fin de l’an 2000. Ces efforts pour améliorer le climat d’investissement ont déjà eu un effet positif, celui de diminuer la fuite des capitaux (environ 20 milliards de dollars par an), selon le groupe Renaissance Capital. Le redressement de l’économie n’a cependant pas encore permis à la population de retrouver le niveau de vie d’avant la crise, les revenus réels (corrigés compte tenu de l’inflation) ne représentant encore que 80 % du montant de ceux d’avant août 98. Menaçant la croissance, l’inflation est également repartie et l’objectif fixé pour 2001 (12 %) ne sera pas tenu. La hausse des prix devrait être supérieure à 14 % et pourrait même atteindre jusqu’à 18 %. Le rouble continue également de s’apprécier face au dollar (plus de 9 % depuis le début de l’année hors inflation) et menace la compétitivité des producteurs russes qui avait résulté de la dévaluation. Enfin, l’assainissement du secteur bancaire qui aurait dû suivre le krach est en panne et la Russie compte toujours quelque 1 300 établissements. «Avant la crise, le secteur bancaire jouait un rôle limité dans l’économie. Ce n’est plus le cas. Avoir un système bancaire qui fonctionne est un enjeu crucial», conclut Peter Westin.
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