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Actualités - Reportages

De l’alphabet de Hiram aux grands noms d’aujourd’hui

Depuis l’aube de l’histoire, le Liban, région de la Phénicie d’alors, a toujours été un haut lieu de la culture. Les premiers symboles de l’alphabet figurent sur le sarcophage de Hiram, roi de Tyr, conservé au musée national de Beyrouth. Situé au carrefour de trois vieux continents, le pays des cèdres a continuellement assumé sa vocation de centre d’échanges entre l’Orient et l’Occident. L’activité culturelle a toujours été intense en dépit des vicissitudes qui ont marqué histoire de ce pays. L’école de droit de Béryte et l’institut scientifique de Sidon, fondés au IIIe siècle, ont été les premières écoles du Moyen-Orient et ont formé l’élite intellectuelle des pays voisins. Le développement culturel du Liban moderne fut rendu possible par le statut particulier dont jouissait ce pays dans l’empire ottoman. Il faut se souvenir que les changements sociaux et culturels qui sont intervenus dans le pays au XVIIIe siècle firent partie d’un mouvement de modernisation et de réforme concernant toute cette région. Il en résultait que le Liban s’ouvrit à l’influence extérieure plus qu’aucune autre province dominée par la Sublime Porte. Le statut particulier dont jouissait le Liban dans l’empire ottoman a favorisé le développement culturel moderne de ce pays. Les changements sociaux et culturels du XVIIIe siècle dans cette région permirent au Liban de s’ouvrir sur l’extérieur plus qu’aucune autre province dominée par la Sublime Porte. La communauté chrétienne abandonna progressivement le syriaque au profit de la langue arabe classique. Cette adhésion favorisa l’éveil de la culture dans tout le pays. Au XVIIIe siècle, le savoir avait un caractère essentiellement religieux. Bien que l’imprimerie en caractère arabes fût introduite dans l’empire ottoman dès 1702, le thème des livres commence à changer seulement au début du XIXe siècle. L’effort principal portera alors sur les manuels destinés à l’enseignement de la langue. C’est autour de cette presse que se crée le plus grand nombre d’imprimeries qui se développèrent rapidement dans le pays. Le Liban qui représente le quarantième du monde arabe produit soixante dix pour cent de l’édition de cette région! Les livres et les écoles étaient cependant encore rares à cette époque. Il n’est donc pas étonnant que cet éveil culturel ait eu à son origine peu de retentissement sur la population. Cependant si l’ignorance et l’analphabétisme régnaient sur le pays, sur le plan culturel, le Liban n’était pas pour autant assoupi. Durant le règne de Béchir II, à la cour de Deir el-Qamar, s’épanouissait une élite intellectuelle composée d’écrivains, de poètes et d’artistes, notamment Nicolas al-Turk (1762 – 1828) et le moine Hannaniya al-Munayar (1757 – 1820). Ce n’est qu’après 1820, alors que les premiers missionnaires commençaient à débarquer dans le pays, que les prémices d’un éveil culturel populaire purent être vraiment observées. Mais ce n’est seulement qu’après la Première Guerre mondiale en 1918, avec l’occupation française, que le Liban moderne s’est réellement ouvert à la culture dans son acceptation contemporaine. Les Libanais se trouvèrent entre deux mondes ce qui les plaçait dans une position idéale pour se faire l’interprète de l’un et de l’autre. La culture libanaise s’ouvre alors largement sur l’occident tout en conservant son identité. La renaissance (Nahda) La Nahda, renaissance du Moyen-Orient, est la période au cours de laquelle une nouvelle génération d’hommes de lettres libanais répandit à travers le monde arabe les idées du «siècle des lumières» énoncées par Voltaire, Rousseau, Diderot en Europe. Dès le XIXe siècle, le Liban incontestablement à l’avant-garde intellectuelle du monde arabe, donnait à tous les nationalistes de la région la preuve formelle que les Libanais n’étaient rien d’autre que des Arabes particulièrement cultivés. Le «Maître» de toutes les disciplines pédagogiques, culturelles et littéraires de cette époque fut sans aucun doute Boutros al-Boustani (1819 – 1883). Il a été lepremier à éditer une revue al-Ginan, à composer un dictionnaire Mohit al-Mohit, et à lancer le grand projet de l’encyclopédie arabe Daérat al-Maaref qui fut terminée soixante-quinze ans plus tard par Fouad Ephrem al-Boustani (1906 – 1994). Les Libanais, dans le domaine littéraire, linguistique, scientifique et philosophique ont été à l’origine de la Nahda (la renaissance) puis du mouvement créateur connu sous le nom de «la littérature d’émigration» ayant à sa tête Gébrane Khalil Gébrane (1883 – 1913) et Mikhaël Nouaymé (1889 – 1982). De grands écrivains libanais de cette période ont renouvelé l’expression littéraire et poétique en langue arabe notamment : - Gébrane Khalil Gébrane (1883 – 1931) dont le célèbre livre Le Prophète est toujours un best-seller traduit en 35 langues; - Rachid Nakhlé (1884 – 1939) qui a composé l’hymne national libanais; - Élias Abou Chabaké (1903 – 1947); - Maroun Abboud (1885 – 1962); - Omar Fakhouri (1896 – 1946); - Saïd Akl (1912). D’autres écrivains ont publié des œuvres littéraires en arabe, mais aussi en français et en anglais. Ce sont : - Amine Rihani (1876 – 1940), historien. - Michel Chiha (1891 – 1954), économiste, journaliste et poète, un des pères de la Constitution libanaise. - Georges Naccache (1904 – 1972), journaliste qui a fondé le journal L’Orient 1924). - Choukri Ghanem (1861 – 1929), auteur dramatique dont la pièce Antar a été jouée à la Comédie française. - Georges Schéhadé (1907 – 1989), poète et écrivain qui a obtenu pour son œuvre le prix de la francophonie décerné par l’Académie française. - Charles Corm (1894 – 1963), journaliste et écrivain, il a collaboré avec de nombreuses revues littéraires françaises et égyptiennes. L’âge d’or Entre 1950 et 1975, Beyrouth demeura le premier centre de l’édition arabe. En effet, 27 revues y paraissaient régulièrement en arabe et en français, et environ 760 ouvrages de divers genres étaient publiés en moyenne chaque année, dans plusieurs langues. C’est au cours des années 60 que la revue Shira’a contribué largement à faire connaître la modernité de la poésie arabe en publiant les œuvres de Youssef al-Khal, Adonis, Ounsi el-Hajj. Durant cette même période, Maroun Abboud, Toufic Youssef Aouad, Amine Nakhlé et Omar Fakhouri ont apporté une contribution importante à la littérature arabe. Après la guerre qui a freiné l’essor culturel du pays, la vie intellectuelle commence à reprendre. Un ministère de la Culture a été créé en 1992. Les centres culturels et artistiques et les institutions éducatives sont au Liban aussi nombreux qu’actifs. Actuellement, 14 revues culturelles paraissent. Parmi les poètes libanais de cette génération, il faut retenir les noms de Nadia Tuéni et de Salah Stétié qui a obtenu en 1995 le prix de la francophonie décerné par l’Académie française. - Amine Maalouf a obtenu pour l’un de ses ouvrages, Le Rocher de Tanios, le prix Goncourt en 1994. - Jamil Jabre, écrivain et journaliste de langue arabe et française a écrit plusieurs ouvrages et traductions sur Khalil Gébrane et Charles Corm et une anthologie de la littérature arabe. - Farjallah Hayek (1909 – 1994) romancier dont le roman L’Aveugle de la Cathédrale vient d’être réédité. - Le 15e tome de L’Encyclopédie arabe de Fouad Ephram al-Boustani vient de paraître. Le point en 1997 Actuellement, de jeunes écrivains dans le monde de la création et de la recherche émergent et rivalissent sans peine avec leurs illustres aînés. Les essayistes Ghassan Salamé, Ahmad Beydoun et Waddah Charara ont une autorité notoire dans les domaines sociologiques, politiques et historiques. Chez les romanciers, dont les œuvres de certains ont été traduites principalement en français ou en anglais, on doit citer Élias Khoury, Hanan al-Cheikh, Houda Barakat, Rachid ad-Dahif, Hassan Daoud et Khaled Ziadé, dont l’œuvre Vendredi-dimanche vient d’être publiée en Europe dans cinq pays. Ils sont actuellement considérés comme les figures de proue du roman libanais. Ce renouveau de la littérature libanaise est prometteur et éloquent car pendant des décennies, le roman libanais n’avait été représenté que par quelques noms dont le plus connu est certainement Youssef Habchi al-Achkar. Aujourd’hui, aux côtés de ces romanciers déjà consacrés, Mohammed Abi Samra, Jabbour ad-Douaihy, Najwa Barakat et Rabih Jaber ouvrent avec talent une page nouvelle de la littérature contemporaine. Cependant, ce renouveau n’est pas encore perceptible dans le domaine de la poésie malgré un foisonnement de jeunes poètes. Pourtant, on ne saurait prendre la mesure de la culture libanaise d’aujourd’hui sans retenir le nom de Abbas Beydoun qui se classe dans les tous premiers de la poésie arabe.
Depuis l’aube de l’histoire, le Liban, région de la Phénicie d’alors, a toujours été un haut lieu de la culture. Les premiers symboles de l’alphabet figurent sur le sarcophage de Hiram, roi de Tyr, conservé au musée national de Beyrouth. Situé au carrefour de trois vieux continents, le pays des cèdres a continuellement assumé sa vocation de centre d’échanges entre l’Orient et l’Occident. L’activité culturelle a toujours été intense en dépit des vicissitudes qui ont marqué histoire de ce pays. L’école de droit de Béryte et l’institut scientifique de Sidon, fondés au IIIe siècle, ont été les premières écoles du Moyen-Orient et ont formé l’élite intellectuelle des pays voisins. Le développement culturel du Liban moderne fut rendu possible par le statut particulier dont jouissait ce pays dans...