Le marché des changes de Beyrouth n’a pas pu se soustraire cette semaine aux influences déprimantes entraînées par la vague d’arrestations dans les rangs de certains courants de l’opposition, justifiée, selon le ministère de la Défense et le commandement de l’armée, par l’existence d’un projet de partition. Cela à un moment où le pays traverse une période de marasme économique aggravé par un endettement public très préoccupant. De fait, la communauté financière, très embarrassée par les conjectures auxquelles ont donné lieu ces événements à la veille et au lendemain du Conseil des ministres, semblait craindre un conflit gouvernemental susceptible de dégénérer en une crise politique ouverte dans le pays. Elle a, en effet, estimé devoir se prémunir davantage. Plusieurs opérateurs ont donc préféré rester sur la défensive, se réfugiant dans des placements en dollar. Bien que ce mouvement n’ait pas pris beaucoup d’ampleur en raison du taux assez élevé de la «dollarisation» des dépôts bancaires, il n’en demeure pas moins qu’il a entraîné quelques pressions sur la livre libanaise qui a été inhabituellement offerte par moments, abstraction faite de sa bonne rémunération dans un contexte de stabilité des taux de change. De plus, cette offre ne parvenait guère à se placer en dehors de la Banque du Liban (BDL), redevenue la principale, sinon la seule contrepartie valable sur le marché à la vente du dollar et à l’achat de la livre. En maintenant ainsi sa fourchette d’intervention en l’état, entre 1 501,00 LL à l’achat et 1 514,00 LL à la vente du billet vert, la BDL est parvenue à le faire fixer, de lundi à vendredi, comme chaque semaine depuis déjà 23 mois, au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL. Mais, compte tenu de l’absence d’offres en cette monnaie en dehors de la BDL, les établissements de crédit ont été amenés à l’acheter auprès de celle-ci au point supérieur de sa fourchette d’intervention, ont indiqué les cambistes de la place. Mais comme les semaines précédentes et compte tenu du potentiel limité de l’offre en livre libanaise, le mouvement d’achat du dollar ne devait pas prendre beaucoup d’ampleur, ne dépassant pas sur toute la semaine quelque soixante millions de dollars, presque entièrement placés à la vente par la BDL à 1 514,00 LL, ajoute-t-on dans ces mêmes milieux. L’euro soutenu par l’affaiblissement de l’économie américaine À l’étranger et après un peu d’hésitation, l’euro a fini par reprendre confiance cette semaine, se hissant au-dessus de la barre de 0,89 dollar pour la première fois depuis trois mois, grâce aux incertitudes sur la reprise américaine et l’anticipation d’une baisse des taux d’intérêt aux États-Unis. Le marché est d’abord resté atone une partie de la semaine, jusqu’à ce qu’un bilan en demi-teinte de la Réserve fédérale américaine (Fed) sur l’économie aux États-Unis ces six dernières semaine n’emballe le jeu. L’euro a globalement montré un certain degré de résistance aux mauvaises nouvelles venues d’Europe, et particulièrement d’Allemagne où l’horizon économique s’assombrit de jour en jour. À cet égard, les marchés ont appris que la production industrielle allemande a baissé de 0,4 % en juin contre une hausse de 1,2 % en mai et que le nombre des chômeurs s’est accru de 11 000 personnes en juillet dans la première économie européenne pour le septième mois consécutif. Face à ces nouvelles, l’euro s’est montré un peu déstabilisé, mais sans plus. Dès mercredi, le bilan mitigé du Livre beige de la Fed sur l’économie américaine a poussé les investisseurs à vendre du billet vert au profit de l’euro. «Le Livre beige a détruit les illusions de ceux qui croyaient à une reprise américaine rapide», ont noté les analystes de BNP-Paribas. La Banque centrale américaine a fait part d’une faiblesse de la croissance aux États-Unis en juin et juillet, une situation exacerbée par la mollesse des ventes de détail. L’activité manufacturière a continué à se contracter et ce phénomène s’est étendu à d’autres secteurs, notamment aux locations de bureaux, aux transports et aux livraisons de marchandises, a relevé le Livre beige. La déprime des marchés boursiers américains qui a suivi ce bilan maussade a pesé sur le dollar initialement affecté par les craintes d’une nouvelle baisse des taux d’intérêt aux États-Unis. La monnaie unique européenne a par ailleurs été soutenue par un certain changement de position de la Banque centrale européenne (BCE) sur sa politique monétaire. Jeudi, la lecture du rapport mensuel d’août de l’institut d’émission européen a surpris les marchés, excluant un assouplissement monétaire. Il a estimé à cet égard que le niveau actuel des taux d’intérêt dans la zone euro était approprié pour maintenir la stabilité des prix à moyen terme, tout en ajoutant qu’il surveillerait attentivement les développements éventuels qui pourraient affecter ce jugement. Cette nuance notable que la BCE a tenu d’ajouter a retenu l’attention des opérateurs à la veille du week-end. Beaucoup d’entre eux ont vu dans cette petite phrase l’amorce, encore prudente, d’un changement de stratégie des banquiers centraux européens. Selon certains analystes, ce rapport de la BCE laisse la porte ouverte à un assouplissement de la politique monétaire européenne en automne si les perspectives économiques de la zone euro se montraient plus pessimistes pour la seconde partie de l’année. D’ici là, les investisseurs s’attendent à ce que l’euro consolide ses gains contre le billet vert la semaine prochaine à la veille de la réunion le 21 août du comité de politique monétaire de la Fed sur les taux d’intérêt. Cela d’autant que les marchés venaient d’apprendre hier que les prix à la production aux États-Unis auraient diminué de 0,9 % le mois dernier, soit leur plus forte baisse depuis août 1993, contre 0,4 % en juin, pavant la voie à une nouvelle réduction d’un demi-point en pourcentage des taux servis sur les fonds fédéraux (Fed funds). Dans cette attente, le dollar s’est montré très vulnérable à la fin de la semaine, se négociant hier, à New York, sur un ton faible par rapport à la fin de la semaine dernière, comme suit : – 0,8940 pour un euro contre 0,8840, vendredi dernier – 1,4245 pour un sterling contre 1,4290 – 2,1875 DM contre 2,2125 – 7,3375 FF contre 7,4205 – 1,6935 FS contre 1,7070 – 2 165,85 lires contre 2 190,35 – 122,00 yens contre 123,60. Mauvaise semaine pour les marchés boursiers Sur les places boursières internationales, les marchés américains étaient en baisse cette semaine, déprimés par les perspectives pessimistes pour l’économie américaine, dont le redémarrage n’est maintenu attendu qu’en 2002 au lieu de la deuxième moitié de cette année comme prévu auparavant. Après les bonnes nouvelles annoncées par les sociétés américaines la semaine dernière et les prévisions optimistes du PDG d’Intel sur le secteur informatique, la publication du Livre beige de la Fed a découragé les investisseurs aux États-Unis. Cela d’autant que Cisco Systems venait de lancer une mise en garde sur ses résultats trimestriels à un moment où la banque d’affaires Crédit Suisse First Boston abaissait ses recommandations de titres de plusieurs fabricants de semi-conducteurs et d’équipements destinés à cette industrie. Ces développements ont donc frappé de plein fouet le secteur de la haute technologie. De plus, l’annonce par la firme financière UBS Warburg que les actions des maisons de courtage américaines sont surévaluées a fait tomber les valeurs de ce secteur dans le rouge, notamment Morgan Stanley Dean Witter, Bear Stearns, Lehman Brothers et Merrill Lynch. Enfin, les titres des sociétés spécialisées dans la recherche sur les cellules souches embryonnaires ont subi des prises de bénéfices après l’autorisation donnée jeudi par le président américain sur l’utilisation de fonds fédéraux pour ces recherches, avec des restrictions très sévères. Ainsi, les actions de Geron, StemCells et Aastrom, les trois firmes leaders dans les travaux sur les cellules souches embryonnaires, voyaient leurs titres baisser de 7 à 19 %. Compte tenu de toutes ces considérations, l’indice composite Nasdaq a fléchi au-dessous du seuil des 2 000 points à 1 959,45 points en préclôture hier, à 23h heure de Beyrouth, contre 2 066,33 points à la fin de la semaine dernière, en baisse de 5,17 % d’une huitaine à l’autre, pendant que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles fléchissait pendant la même période de 10 512,78 points à 10 402,52 points, en baisse de 1,05 %. De leur côté, les Bourses européennes sont reparties à la baisse au cours d’une semaine marquée par une forte volatilité, les perspectives de Cisco et la publication du Livre beige laissant peu d’espoir de voir les économies des deux côtés de l’Atlantique repartir bientôt. Cela d’autant que le rapport mensuel de la BCE dressait lui aussi un tableau peu encourageant sur l’économie dans la zone euro. En outre, l’annonce par le groupe chimique allemand Bayer de mauvais résultats au lendemain du retrait du marché de son médicament anticholestérol a pesé sur le secteur chimique en Europe. Il en est de même des valeurs de télécoms après le déclassement par Merrill Lynch de France Télécom, de Deutsche Telekom et du danois TDC. En effet, l’indice Dax de la Bourse de Francfort a perdu 5,27 % à 5 433,49 points hier contre 5 735,88 points à la fin de la semaine dernière et l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris 3,68 % à 4 846,02 points contre 5 031,29 points, ainsi que l’indice Footsie de la Bourse de Londres qui a abandonné 2,17 % à 5 427,20 points contre 5 547,60 points pendant la même période. Enfin, la Bourse de Tokyo a connu une mauvaise semaine aussi, tirée vers le bas par les valeurs technologiques, dans le sillage de leurs homologues américaines, déprimées par de sombres perspectives en matière de bénéfices. C’est ainsi que l’indice Nikkei a dû clôturer la semaine en baisse de 4,14 % à 11 735,06 points contre 12 241,97 points à la fin de la semaine dernière.
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