Le chancelier allemand Gerhard Schröder a admis, contraint et forcé, qu’il risque de ne pas parvenir à son objectif de réduction du chômage d’ici à 2002, mais a exclu toute nouvelle réforme économique, en dépit de la détérioration persistante de la conjoncture. À un peu plus d’un an des élections législatives de l’automne 2002, le chancelier social-démocrate persiste et signe : son gouvernement s’en tient à une politique économique «empreinte de stabilité». Dans un entretien à paraître jeudi dans l’hebdomadaire Stern, qui marque sa rentrée politique après trois semaines de vacances, il a rejeté avec virulence les critiques, particulièrement vives, de l’opposition et de la presse qui le taxent d’immobilisme. Certes, le chancelier l’admet, la croissance allemande ne sera comprise cette année qu’«entre 1,5 % et 2 %», soit une performance moindre qu’attendu. Mais au quotidien populaire Bild, qui exige «De l’action, pas des mots, chancelier !», Gerhard Schröder rétorque : «Ce que nous pouvions faire au niveau national, nous l’avons fait». Et d’ajouter que son gouvernement «n’est pas responsable des problèmes économiques extérieurs», liés au coup froid de l’économie mondiale auxquels l’Allemagne, très exportatrice, est particulièrement sensible. M. Schröder cherche une nouvelle fois à se décharger de la responsabilité du ralentissement prononcé de l’économie allemande, qui contrarie sérieusement ses projets de réduction du chômage, l’une des plus importantes promesses de son mandat. Dès septembre 1998, une semaine seulement après son élection, il affirmait que si son gouvernement ne parvenait pas à diminuer de manière «significative» le chômage, qui affectait alors plus de 4 millions de personnes, il ne mériterait pas d’être réélu. Plus tard, il avait avancé le chiffre de 3,5 millions de sans-emploi à l’automne 2002. Trois ans plus tard, 3,863 millions d’Allemands pointent toujours au chômage. Qui plus est, leur nombre n’a cessé de croître depuis le début de l’année. Pour la première fois, M. Schröder le reconnaît : le chômage ne baisse pas dans les proportions auxquelles «nous nous attendions». «Mais il baisse par rapport à l’ère Kohl», son prédécesseur à la chancellerie, tente-t-il de tempérer dans le Stern. Pour le chancelier, il n’est pas question de déréguler tous azimuts le marché du travail, jugé trop rigide par nombre d’experts économiques, pour tenter de relancer la machine à emplois. «Les salariés ne sont pas une masse à disposition du capital que l’on renvoie dans la rue en période de ralentissement de l’activité, s’emporte M. Schröder. Le sort des familles des salariés me préoccupe. C’est pour cette raison que je suis un social-démocrate». Le chancelier refuse tout aussi catégoriquement que l’Allemagne renoue avec des politiques de relance budgétaire, comme le réclame l’opposition chrétienne-démocrate qui préconise des baisses drastiques d’impôt. «À tous ceux qui veulent maintenant un nouveau programme conjoncturel, je dis : vous voulez faire de nous des champions de la dette (...). Cela ne marche pas avec moi, prévient-il. Je ne finance pas de programme sur le dos de nos enfants et de nos petits-enfants». Le gouvernement Schröder, qui a hérité d’une énorme dette publique, s’est engagé dans une politique de consolidation budgétaire et vise l’équilibre en 2006. En 1998, le déficit budgétaire était de quelque 78 milliards de marks (87 milliards d’euros). Enfin, M. Schröder se prononce contre une loi limitant le nombre d’heures supplémentaires dans les entreprises, comme l’ont suggéré certains membres de son propre parti. Tout au plus admet-il que «l’on peut faire mieux» dans un domaine : celui du travail à temps partiel.
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