La Banque d’Angleterre a laissé percevoir son inquiétude sur l’économie britannique mercredi dans son rapport trimestriel sur l’inflation, alors que le pays semblait jusqu’à présent avoir mieux résisté que ses voisins européens au ralentissement mondial. Le changement de ton est net : même si les perspectives de consommation des ménages restent robustes à court terme, le ralentissement mondial est une source d’appréhension importante, tandis que l’essoufflement du marché du travail risque de peser sur la confiance, relèvent les membres de la Banque d’Angleterre dans leur rapport. Alors qu’en mai, lors de son précédent rapport, la Banque d’Angleterre avait mis en garde contre les effets du ralentissement de l’économie américaine, les autorités monétaires s’inquiètent cette fois de la situation en Europe. Et plus particulièrement en Allemagne. «On s’attendait à un rapport de ce genre car il fallait qu’ils justifient la baisse des taux», a déclaré David Mann, économiste à la banque Standard Chartered. Le 2 août, la Banque d’Angleterre avait surpris le marché en abaissant son taux directeur de 25 points de base à 5 %. Selon l’économiste, il est clair que la Banque «a sous-estimé l’impact du ralentissement de la croissance dans la zone euro» sur l’économie britannique. «Les perspectives économiques continuent de dépendre fortement de l’évolution aux États-Unis», relève le rapport. Mais, «fait important pour le Royaume-Uni, la demande intérieure dans la zone euro, particulièrement en Allemagne, s’est ralentie», poursuit la Banque. «Il est probable que la croissance européenne reste molle à court terme avant de redémarrer l’année prochaine», ajoute-t-elle. La croissance en Grande-Bretagne s’est ralentie au deuxième trimestre, avec une hausse du produit intérieur brut de 0,3 % par rapport au premier trimestre (et de 2,1 % sur l’année), contre 0,5 % au trimestre précédent (et +2,7 % sur un an). Autre souci souligné par l’institut monétaire : le déséquilibre croissant entre le secteur des services et l’industrie manufacturière. «L’image d’une économie à double vitesse s’est intensifiée. L’industrie manufacturière est en récession, les dépenses des consommateurs restent vives», a reconnu Mervyn King, vice-gouverneur de la Banque. L’industrie manufacturière britannique est en effet entrée officiellement en récession, selon les chiffres publiés lundi par l’Office des statistiques. Ces données ont révélé un deuxième recul trimestriel de la production dans ce secteur, définition technique de la récession. Ce secteur, qui représente 20 % du PIB britannique, souffre de la force de la livre sterling et du ralentissement de la demande mondiale. La Banque estime en outre que le marché de l’emploi (avec un taux de chômage au plus bas depuis 25 ans) sera moins favorable à l’avenir, ce qui risque de peser sur les dépenses des ménages. «Le risque de ralentissement du marché de l’emploi ajouté à celui de l’immobilier sont autant de raisons qui expliquent pourquoi ils sont plus inquiets», souligne David Mann. La Banque est toutefois loin de céder à la panique. Le vice-gouverneur a qualifié de «très faibles» les chances d’une récession au cours des douze prochains mois.
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