Les critiques se font virulentes en Europe contre la brutalité de la police italienne au sommet de Gênes (nord), à mesure que s’accumulent les témoignages de manifestants antimondialisation battus et humiliés. En Italie, la polémique est alimentée quotidiennement par de nouvelles révélations de la presse, sur fond de débat politique opposant le gouvernement de droite de Silvio Berlusconi à l’opposition de gauche. Le gouvernement a refusé la création d’une commission d’enquête demandée par la gauche, mais le parquet de Gênes s’est autosaisi pour faire la lumière sur les violences qui ont fait un tué et des centaines de blessés. Le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a affirmé vendredi au Sénat que son gouvernement n’entendait cacher «aucune vérité» sur ces dramatiques événements. «Nous ne tenterons pas de couvrir qui que ce soit», a déclaré M. Berlusconi ajoutant que «s’il y a eu des abus ou des excès, ils seront identifiés par une enquête interne et avec les enquêtes de la magistrature». Huit jours après ce sommet, des voix s’élèvent en Europe pour que soient demandés de manière officielle au gouvernement italien des comptes sur la manière dont sa police a agi, et la possibilité d’actions légales est évoquée. À Paris, Berlin, Bruxelles, Athènes, des milliers de manifestants se sont retrouvés ces derniers jours devant les représentations italiennes pour manifester leur condamnation des méthodes utilisées par les forces de l’ordre. Vendredi, le quotidien La Repubblica (centre-gauche) rapporte le témoignage d’un inspecteur de police qui évoque les «hurlements et les pleurs» entendus dans la caserne de police de Bolzaneto, près de Gênes, principal centre de détention des manifestants arrêtés. «C’était la guerre, j’ai tapé moi aussi», témoigne dans le quotidien La Stampa un autre policier qui a participé au tabassage de manifestants dans une école qui leur servait de centre d’accueil. «Nous étions nerveux, fatigués et l’adrénaline nous tenait éveillée». Le quotidien de la famille de Berlusconi, Il Giornale, insiste pour sa part sur l’usage de la drogue dans les rangs des manifestants, sous le titre «D’abord ils tirent un rail (de cocaïne), puis des Molotov». La presse britannique a ouvert ses colonnes aux récits de manifestants britanniques. «Colère après la brutalité de la police de Gênes», titre The Independent (centre gauche), tandis que pour le Daily Telegraph (droite), le secrétaire au Foreign Office Jack Straw était «forcé de donner suite aux plaintes sur les brutalités». À Berlin, jeudi, des militants antimondialisation allemands, interpellés en marge du sommet, et deux députés écologistes du Bundestag s’en étaient également pris à la police italienne. Et le gouvernement a demandé aux autorités italiennes d’enquêter sur d’éventuels dérapages. À Bruxelles, des députés européens des Verts ont souhaité que le Parlement européen se penche sur «les dérapages de la police génoise» au cours d’un débat sur le sujet lors de la session plénière de septembre à Strasbourg. L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International souhaite que le gouvernement italien crée une commission d’enquête indépendante, tandis que la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a accusé la police italienne d’avoir «mis en danger les journalistes» qui couvraient le sommet. En France, où le président Jacques Chirac et le premier ministre Lionel Jospin ont exprimé de la compréhension pour les thèmes défendus par les opposants à la globalisation, les manifestations se sont multipliées. Jeudi, les manifestants étaient plus de 2000 à Paris, la plupart portant des tee-shirts noirs ou des œillets rouges à la main, à défiler en souvenir du jeune Carlo Giulani tué par un policier à Gênes. Des manifestations ont également eu lieu à Marseille (sud), Lyon (est) et Toulouse (sud-ouest). Un nombre de grands noms de l’antiglobalisation dont José Bové ont adressé un appel «au gouvernement français et au président de la République (pour) condamner sans réserve l’attitude tant de la police italienne que du gouvernement qui a couvert de tels agissements».
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