Depuis son arrivée surprise fin avril au poste de Premier ministre du Japon, Junichiro Koizumi surfe sur une popularité sans précédent due à une personnalité originale, qui explique largement la victoire de la coalition de centre-droit aux sénatoriales partielles de dimanche. Koizumi, surnommé «Jun-chan» (petit Jun) par ses proches en raison de sa petite stature, est rapidement devenu un «chouchou» de l’opinion publique avec 70 à 90 % de voix favorables, grâce à son air décontracté et son franc parler. Pendant les 17 jours de campagne pour le renouvellement de la Chambre haute (Sénat), l’image de M. Koizumi a été largement exploitée par le Parti libéral démocrate (PLD) qu’il préside depuis des primaires remportées le 24 avril à la barbe de candidats ayant le soutien des apparatchiks. Posters, spots télévisés, T-shirts et compilation d’Elvis Presley faisant apparaître M. Koizumi aux côtés du «King» se sont multipliés. Le chef du gouvernement qui se distingue par une chevelure poivre et sel permanentée «à la manière d’un lion», a apporté un souffle neuf dans la grisaille de la politique japonaise avec ses costumes clairs, ses cravates colorées et ses prises de position non conventionnelles. Yeux perçants sur un visage émacié, élocution rapide ponctuée de grands gestes illustrant sa détermination, M. Koizumi se fait également remarquer lorsqu’il s’exprime. À 59 ans, il était jusqu’à son ascension au sommet de l’exécutif considéré comme «un excentrique» dans la classe politique japonaise. Il est divorcé et père de trois enfants (dont deux fils dont il a la garde), ne cache pas son goût pour les bars de nuit, la musique hard-rock du groupe X-Japan mais aussi l’opéra. Au fil des ans, il a frappé les esprits en discutant du Viagra à la télévision ou en refusant que l’on peigne son portrait à l’occasion de ses vingt-cinq ans de vie parlementaire. Devenu l’une des personnalités politiques les plus populaires de l’archipel, il a réussi à incarner une métamorphose du rigide PLD aux yeux d’une opinion très abattue qui a recommencé à espérer. Pourtant M. Koizumi est un pur produit du système politique japonais. Comme nombre de ses collègues, il est en effet entré en politique à la suite de son grand-père, ministre des Postes, et de son père, qui a détenu le portefeuille de la Défense. Elu député pour la première fois en 1972, à 30 ans, il a depuis été reconduit neuf fois à la Diète. Il a gravi progressivement les échelons du parti jusqu’à occuper la présidence de sa deuxième faction lorsque Yoshiro Mori a pris les rênes du Japon en avril 2000. Son expérience gouvernementale était cependant faible par rapport à celle des précédents chefs du gouvernement. Ministre des Postes en 1992, il a surtout pris à plusieurs reprises le portefeuille de la Santé entre 1988 et 1998, un poste où il s’est fait remarqué en s’opposant aux bureaucrates. M. Koizumi a défié la hiérarchie du parti en se présentant deux fois à sa présidence, en 1995 et 1998. Cela lui a permis d’afficher ses différences, en appelant notamment à la privatisation de la caisse d’épargne des services postaux, à laquelle s’oppose farouchement la vieille garde du PLD.
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