La nomination de l’ambassadeur des États-Unis à l’Onu, John Negroponte, un personnage controversé en raison de son rôle en Amérique centrale pendant les années de l’Irangate, semble de plus en plus enlisée au Sénat américain. John Negroponte, 61 ans, a été nommé le 6 mars par le président George W. Bush pour succéder à Richard Holbrooke. Mais sa nomination est bloquée au sein de la puissante commission des Affaires étrangères du Sénat, présidée par le démocrate Joseph Biden, en raison d’une polémique remontant aux luttes menées par les guérillas en Amérique centrale sous la présidence de Ronald Reagan dans les années 80. M. Negroponte aurait, selon ses détracteurs, fait disparaître des rapports sur des violations des droits de l’homme au Honduras et l’aurait caché au Congrès. Il a démenti ces accusations. M. Negroponte a notamment occupé les fonctions d’ambassadeur au Mexique de 1989 à 1993, aux Philippines de 1993 à 1996, et au Honduras de 1981 à 1985, la période incriminée. Faisant part de sa frustration, la Maison-Blanche est montée au créneau vendredi pour inciter le Sénat à confirmer sa nomination au poste d’ambassadeur auprès de l’Onu. S’il n’approuve pas rapidement sa nomination, «le Sénat enverra au monde le message que les États-Unis ne sont pas engagés aussi activement qu’ils devraient l’être aux Nations unies», a déclaré le porte-parole de la présidence, Ari Fleischer. Toutefois, le Sénat a ouvert une enquête pour déterminer le rôle précis joué par M. Negroponte dans les années 80, a-t-on indiqué cette semaine de source parlementaire. «De nombreuses questions ont été soulevées sur la politique américaine au Honduras et en Amérique centrale pendant les années 80», a relevé mercredi le porte-parole du sénateur Biden, Norm Kurz. «La question ici est de savoir quelle a été l’implication de M. Negroponte et de déterminer s’il était au courant de certains événements», a-t-il indiqué. En 1995, M. Negroponte a été cité dans une enquête publiée par le quotidien Baltimore Sun sur les activités d’un certain «batallion 316», une unité militaire entraînée par la CIA et accusée de multiples enlèvements, cas de torture et meurtres de militants d’extrême gauche. Selon le quotidien, l’ambassade américaine au Honduras, dirigée à l’époque par M. Negroponte, a fait disparaître les preuves de ces abus afin que ce pays – qui a servi de plateforme pour la guerre menée contre les sandinistes au Nicaragua – puisse continuer à bénéficier de l’aide militaire américaine. M. Negroponte a réfuté à l’époque les faits. «Lorsque nous avons été mis au courant de ces allégations d’abus, nous l’avons soulevé auprès des autorités», a-t-il dit cité par le quotidien. Mais un rapport de la CIA rendu public trois ans plus tard relevait explicitement que le personnel américain en poste au Honduras avait «insuffisamment rapporté» les cas d’abus de droits de l’homme dans les années 80. Pour leur part, des militants des droits de l’homme ont appelé à la transparence. «Beaucoup de choses sont encore tenues au secret par la CIA et le Pentagone», affirme Susan Peacock, membre d’une association militante sur l’Amérique latine (WOLA) à Washington. En revanche, des parlementaires républicains ont dénoncé une machination politique. «C’est une manière détournée de raviver le scandale de l’Irangate», a indiqué un conseiller parlementaire, qui a souhaité conserver l’anonymat. Le scandale de l’Irangate avait été provoqué par le financement illicite des Contras, la guérilla antisandiniste au Nicaragua, par une vente secrète d’armes américaines à l’Iran au début des années 80.
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