La nouvelle présidente indonésienne Megawati Soekarnoputri s’est attelée hier à former un gouvernement de coalition, dans un climat apaisé, au lendemain de la destitution d’Abdurrahman Wahid. Les principaux pays asiatiques et les grandes puissances occidentales ont continué à apporter leur soutien à la nouvelle présidente, et se montraient soulagés que cette transition se soit déroulée sans violences. Certains de ces pays ont souligné l’ampleur de la tâche qui attend désormais Mme Megawati à la tête de l’immense archipel de 210 millions d’habitants, le quatrième pays le plus peuplé du monde. Mme Megawati devra redresser une économie chancelante, rassurer les investisseurs après des mois de crise politique et d’instabilité, et une crise de confiance avec le FMI. Les milieux économiques ont réagi favorablement à l’arrivée de Mme Megawati, et la monnaie, la rupiah, s’est appréciée de 10% par rapport au dollar. Autres défis de taille pour la présidente, les foyers de violences qui minent le pays, notamment dans la province séparatiste d’Aceh, transformée en zone de guerre entre l’armée et la guérilla islamiste. Mais sa «première priorité» était hier de former un gouvernement de coalition, a expliqué un membre de son parti, le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P), le premier du pays. Mme Megawati a reçu de nombreux interlocuteurs dans ses bureaux de la vice-présidence, dont le général Suroyo Bimantoro que M. Wahid avait tenté de limoger de son poste de chef de la police, et l’ex-ministre de la Sécurité, Susilo Bambang Yudhoyono. Le nom de M. Yudhoyono, limogé en juin par M. Wahid, a été proposé comme candidat à la vice-présidence par quatre associations professionnelles. Mais le Golkar, l’ex-parti du général Suharto, fait le forcing pour obtenir ce poste. Le vice-président est élu par l’Assemblée consultative du peuple (MPR). Mme Megawati a annoncé lundi qu’elle formerait son gouvernement et présenterait son programme dans les prochains jours. De son coté, M. Wahid était toujours cloîtré au palais présidentiel, mais la page de ses 21 mois de pouvoir semblait proche d’être définitivement tournée. «Il reste convaincu que du point de vue du droit et de la loi, il est toujours président, mais qu’en raison d’un processus démocratique dévoyé, il y a un autre président», a expliqué un de ses porte-parole, Adhie Massardi. «Gus Dur (le surnom de M. Wahid) pense toujours qu’il doit se battre pour la vérité», et que Mme Megawati «est la victime d’une démocratie malsaine», a-t-il ajouté. M. Wahid poursuivra sa lutte au moyen du dialogue et de réunions publiques, a précisé ce porte-parole. Après l’humiliation d’une destitution sans appel, des voix s’élevaient hier pour que le leader musulman de 60 ans, en partie aveugle, soit traité avec respect et quitte finalement le palais présidentiel, sans menaces, ni arrestation, comme dans le cas du président philippin Joseph Estrada. Le porte-parole de M. Wahid a indiqué que le président destitué ne s’était pas encore décidé sur le fait de savoir s’il allait quitter, et quand, le palais. Une des filles de M. Wahid a déclaré que la famille préparait ses valises depuis lundi afin de regagner la villa de M. Wahid à Jakarta. Un proche de Mme Megawati a indiqué que le protocole donnait jusqu’à deux semaines à M. Wahid pour libérer le palais et que s’installer dans ces locaux n’était «pas du tout une priorité» pour la nouvelle présidente. L’absence totale de violences des partisans de M. Wahid – une éventualité évoquée jusqu’au bout par le président destitué – a continué hier de susciter une réaction générale de soulagement, notamment parmi les pays d’Asie du Sud-Est (Asean) qui craignaient une déstabilisation de la région si le géant indonésien glissait vers le chaos.
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