Le président réformateur iranien Mohammad Khatami, qui doit former d’ici à la mi-août un nouveau gouvernement après sa réélection en juin, est confronté à des difficultés économiques graves et des mouvements de protestation sociale croissants. Le chômage, l’inflation, la chute du pouvoir d’achat touchant notamment les couches défavorisées de la population attisent de plus en plus la colère de la population au détriment de la popularité du chef de l’État et de celle de ses proches alliés réformateurs. En moins d’un mois, plusieurs rassemblements de protestation d’ouvriers, dont les salaires ne sont pas versés, parfois depuis plus d’un an, ont eu lieu devant le siège du Parlement (Majlis) où les proches du président réformateur sont majoritaires. Le président Khatami lui-même avait promis au lendemain de sa réélection que la lutte contre le chômage serait “la priorité” de son prochain mandat de quatre ans. “Les revendications et requêtes ne vont pas tarder à se manifester et si ces besoins ne sont pas pris en compte, le pays se heurtera à des difficultés”, avait-il reconnu. “On se demande si le gouvernement est vraiment conscient de la paralysie de notre économie ou s’il contrôle désormais les choses”, indique cependant l’analyste Daryouch Abdâli, qui souligne que la crise économique risque de devenir la nouvelle pomme de discorde entre réformateurs et conservateurs. «Le Parlement doit mettre fin à ces protestations en injectant des fonds dans le secteur industriel, car les crises ouvrières peuvent avoir des conséquences politiques», estime Mme Soheila Jolodarzadeh, députée réformatrice et représentante de la classe ouvrière iranienne au Majlis. 5 millions de chômeurs De très nombreuses usines en Iran, et principalement celles qui avaient été privatisées à partir des années 90, seront menacées de faillite si l’État ne prend pas de mesures de protection financière, selon des estimations des milieux d’affaires régulièrement rapportées par les journaux iraniens. La presse économique fait souvent état d’entreprises confrontées à des difficultés de trésorerie, notamment dans le secteur industriel, concentré autour des grandes villes comme Téhéran. Elle estime que quelque 2 500 entreprises du secteur industriel, notamment dans le domaine du textile, sont menacées de fermeture en raison de leurs coûts de production trop élevés et de la vétusté de leurs équipements (la plupart des usines ont entre 20 et 60 ans). “Les machines sont vieilles, les taxes élevées, et la production menacée par des importations incontrôlées”, souligne Mme Jolodarzadeh, pour qui “les ouvriers en ont assez”. Ceux-ci, qui représentent quelque 25 % de la population active, sont, avec les agriculteurs les principales victimes des difficultés de l’économie. Pour la période mars 2000 – mars 2001 (l’année calendaire iranienne), l’inflation a atteint 12 % selon les statistiques officielles, et 20 % selon les experts ; selon les milieux économiques, le nombre de chômeur est de 4 à 5 millions, soit environ 15 % de la population active. Les agriculteurs et les éleveurs sont eux frappés de plein fouet par la sécheresse sans précédent qui frappe le pays pour la troisième année consécutive. Des éleveurs de poulets et des planteurs de thé et de riz organisent régulièrement des mouvements de protestation pour attirer l’attention des autorités. “Ces protestations ne concernent que des problèmes professionnels et économiques, mais si rien n’est fait elles peuvent dans un proche avenir déboucher sur des contestations et ainsi mettre le gouvernement en difficulté”, a estimé lundi le journal centriste Enthekhab.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président réformateur iranien Mohammad Khatami, qui doit former d’ici à la mi-août un nouveau gouvernement après sa réélection en juin, est confronté à des difficultés économiques graves et des mouvements de protestation sociale croissants. Le chômage, l’inflation, la chute du pouvoir d’achat touchant notamment les couches défavorisées de la population attisent de plus en plus la colère de la population au détriment de la popularité du chef de l’État et de celle de ses proches alliés réformateurs. En moins d’un mois, plusieurs rassemblements de protestation d’ouvriers, dont les salaires ne sont pas versés, parfois depuis plus d’un an, ont eu lieu devant le siège du Parlement (Majlis) où les proches du président réformateur sont majoritaires. Le président Khatami lui-même avait promis au...