Le marquis Juan Antonio Samaranch quitte aujourd’hui la présidence du Comité international olympique (CIO) après 21 ans, jour pour jour, de règne, et se verrait bien passer à la postérité comme le second père, après le baron Pierre de Coubertin, des Jeux de l’ère moderne.À la charnière des XIXe et XXe siècles, le Français avait ressuscité la cérémonie antique au nom d’un idéal qui prônait un esprit sain dans un corps sain. Cent ans plus tard, l’Espagnol l’a installée de plain-pied dans son temps en en faisant la principale manifestation sportive mondiale, la plus rentable aussi avec la Coupe du monde de football. Le club d’aristocrates est devenu une machine à financer le mouvement olympique (CIO et comités nationaux) mais aussi une bonne partie des fédérations sportives internationales qui, sans ce soutien, ne seraient que d’aimables associations de bénévoles. Une évolution controversée mais dont l’octogénaire catalan s’enorgueillit à l’heure du bilan. Pour ses partisans, cela devrait lui valoir d’occuper au panthéon du CIO un trône de dauphin de Coubertin. Si l’on mesure son mérite à l’aune de sa longévité, la place lui est acquise. Avec 21 ans de règne, seul des sept présidents qui se sont succédé à la tête de la famille olympique, le baron est resté en fonctions plus longtemps: 29 ans, de 1896 à 1925. Cadeaux L’ancien haut fonctionnaire du régime franquiste, venu à la diplomatie (ambassadeur d’Espagne à Moscou de 1977 à 1980) après la mort du caudillo, fêtera ses 81 ans le 17 juillet, au lendemain de l’élection de son successeur. C’est lui qui doit en annoncer le nom ce midi à Moscou, là-même où le 16 juillet 1980 il avait succédé à l’Irlandais lord Killanin. Samaranch peut déjà s’enorgueillir d’avoir reçu, au mépris des polémiques, l’un des trois cadeaux d’adieu qu’il espérait avec l’attribution à Pékin de l’organisation des JO-2008. Le deuxième lui est pratiquement acquis: son fils, Juan Antonio Jr, devrait entrer au CIO lundi, quelques heures avant que lui-même n’en sorte. Le dernier est encore en suspens. Il a complaisamment laissé dire qu’il verrait bien le Belge Jacques Rogge prendre sa suite dans le fauteuil présidentiel. Aux «cardinaux» de voir s’ils lui feront cette ultime faveur avant la retraite. Né à Barcelone dans une riche famille d’industriels du textile, Samaranch s’est d’abord consacré à la gestion de l’entreprise familiale. Sportif très amateur, il organise en 1951 à Barcelone les premiers championnats du monde de rink-hockey (hockey sur patins à roulettes) et conduit la sélection nationale au titre. La discipline est confidentielle, mais ce succès est sans précédent pour une équipe d’Espagne. Cela lui vaut l’admiration du général Francisco Franco. Samaranch entame alors une carrière politique. En 1967, il est nommé délégué national de l’éducation physique et des sports. Il le restera pendant sept ans. Jeux plus forts Dès 1962, il est président du Comité olympique espagnol avant d’être élu membre du CIO en 1966. Vice-président de l’institution de 1974 à 1978, il accède à la présidence en 1980 pour un premier mandat de 8 ans avant d’être reconduit dans ses fonctions par acclamations à trois reprises (1989, 1993 et 1997). Quand il entame son règne, les Jeux qui s’ouvrent à Moscou sont au bord du gouffre financier et otages des tensions politiques. En 1976 à Montréal, l’Afrique a boycotté la compétition. Cette fois, c’est la majorité du bloc occidental qui s’abstient. En 1984, à Los Angeles, les pays de l’Est rendront aux Américains la monnaie de leur pièce. Samaranch veut rendre les Jeux plus forts. Il ouvre la porte aux athlètes professionnels et aux riches parraineurs tout en se laissant porter par l’essor de la télévision. Les revenus du CIO sont désormais supérieurs au milliard de dollars (1,155 milliard d’euros) par olympiade. D’abord résigné face à la montée du dopage, la disqualification du sprinteur canadien Ben Johnson aux Jeux de Séoul (1988) l’amène à engager la lutte sur ce terrain. Tout en estimant qu’en la matière on ne peut jamais gagner que des batailles, pas la guerre. Dix ans plus tard, un autre scandale, celui de la corruption présumée de personnalités du CIO, le conduit à faire réviser les règles d’attribution des Jeux et le mode de nomination des membres. L’institution vacille mais se réforme suffisamment pour se sauver. Le marquis peut désormais partir sans se retourner. La maison est en ordre, opulente et indépendante des puissances d’argent comme des pouvoirs politiques.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le marquis Juan Antonio Samaranch quitte aujourd’hui la présidence du Comité international olympique (CIO) après 21 ans, jour pour jour, de règne, et se verrait bien passer à la postérité comme le second père, après le baron Pierre de Coubertin, des Jeux de l’ère moderne.À la charnière des XIXe et XXe siècles, le Français avait ressuscité la cérémonie antique au nom d’un idéal qui prônait un esprit sain dans un corps sain. Cent ans plus tard, l’Espagnol l’a installée de plain-pied dans son temps en en faisant la principale manifestation sportive mondiale, la plus rentable aussi avec la Coupe du monde de football. Le club d’aristocrates est devenu une machine à financer le mouvement olympique (CIO et comités nationaux) mais aussi une bonne partie des fédérations sportives internationales qui, sans ce...