Un certain vent d’optimisme a soufflé vers la fin de cette semaine sur le marché des changes de Beyrouth à l’annonce jeudi d’un redéploiement des troupes syriennes stationnées dans la capitale et les régions avoisinantes du Mont-Liban. Ce développement inattendu a été accueilli avec soulagement par la communauté financière, dans la mesure où il est censé apaiser le climat politique intérieur dont l’assombrissement ces derniers temps avait profondément inquiété les détenteurs de capitaux libanais résidents et non résidents, les incitant à les convertir en devises étrangères. Le dollar, activement recherché auparavant, commençait dès jeudi à être plus ou moins offert sur le marché interbancaire, dispensant souvent la Banque du Liban (BDL) d’intervenir pour satisfaire la demande en cette monnaie, d’ailleurs réduite aux besoins commerciaux de certains opérateurs. Mais il n’en demeure pas moins que ce mouvement n’a pas constitué encore un changement de tendance, comme en témoigne la réticence d’une grande catégorie d’opérateurs à se dessaisir de leurs positions en devises au profit de la livre libanaise qui devrait être privilégiée sous le double rapport de la rentabilité dans un contexte de stabilité monétaire. Selon les milieux cambistes de la place, l’ambiance du marché est restée à l’expectative, car la tension régionale est telle que ce redéploiement, très souhaité, pourrait être interprété comme une mesure militaire préventive destinée à rendre les troupes syriennes moins exposées à des représailles israéliennes. Cette perspective a donc incité plusieurs opérateurs à opter pour le «wait and see», comme en témoigne la réticence aussi bien de l’offre que de la demande à la veille du week-end en attendant des éclaircissements à ce sujet afin de naviguer à vue. Cela étant, l’action de la BDL continuait donc à être déterminante de la tendance qui n’a pas d’ailleurs subi beaucoup de changement. En maintenant ainsi sa fourchette d’intervention entre 1 501,00 LL à l’achat et 1 514,00 LL à la vente, celle-ci est parvenue à faire fixer le billet vert invariablement, de lundi à vendredi, au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, comme depuis plus de vingt mois. De leur côté, les établissements de crédit de la place ont continué de le négocier effectivement au haut de cette fourchette, soit entre 1 513,75 et 1 514,25 LL avec un point d’ancrage à 1 514,00 LL, comme depuis le 8 février dernier. En conséquence, l’activité tendait à se contracter très sensiblement ces derniers jours et notamment au lendemain du redéploiement syrien, pour ne pas dépasser sur toute la semaine quelque quarante millions de dollars, dont une partie a été placée à la vente par la BDL à 1 514,00 LL et l’autre par les banques de la place à ce même taux. Coup de froid du dollar À l’étranger, l’euro a évolué dans des marges étroites une large partie de la semaine face au billet vert, avant de remonter au-dessus du seuil de 0,86 dollar à la faveur de nouvelles spéculations sur une intervention de la Banque centrale européenne (BCE). L’euro avait pourtant débuté la semaine mollement, en l’absence de nouvelles fraîches, avant que les choses ne s’accélèrent à partir de jeudi. La monnaie européenne est d’abord repassée dans la nuit de mercredi à jeudi au-dessus de 0,85 dollar pour la première fois depuis près d’une semaine, grâce à des commentaires de membres de la BCE, notamment ceux de son chef économiste Otmar Issing qui n’a pas exclu une intervention de soutien à l’euro, soulignant que cette arme faisait partie de l’arsenal de l’institut européen d’émission. Les spéculations se sont accentuées hier, à la suite de l’intervention de la Banque centrale suédoise, la Riksbank, pour défendre la couronne. Elle a indiqué être intervenue sur le marché en raison des risques de dérapage de l’inflation au-delà de son objectif de 2 %. Mais l’euro a aussi profité d’un coup de froid attrapé par le billet vert en fin de semaine, propulsant la monnaie européenne au-dessus de 0,86 dollar pour la première fois depuis le 28 mai dernier. Le billet vert a été secoué par les positions de l’association américaine de l’industrie manufacturière qui a jugé jeudi que cette monnaie était surévaluée de 25 à 30 %, alors qu’un dollar trop fort affecte leurs exportations. Le billet vert a également pâti des paris des investisseurs sur une prochaine détente des taux d’intérêt aux États-Unis. De nouveaux indicateurs économiques ont donné du grain à moudre aux marchés, qui penchent pour un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). Dans ce cas de figure, la tendance est, en terme de rendements des placements, moins favorable au dollar. Généralement les économistes penchent pour une nouvelle détente du loyer de l’argent aux États-Unis lors de la prochaine réunion de la Fed le 27 juin, mais cette fois d’un quart de point en pourcentage seulement. La Banque centrale américaine avait abaissé son principal taux directeur (le Fed Funds) d’un demi-point en pourcentage à cinq reprises depuis le début de l’année, pour le ramener de 6,50 % à 4,00 %. Hier, on a appris que l’indice des prix à la consommation aux États-Unis a augmenté de 0,4 % en mai par rapport au mois précédent, conformément aux attentes des analystes, et l’indice de base (hors alimentation et énergie) a progressé de 0,1 %, alors que ceux-ci tablaient sur une hausse de seulement 0,2 %. Quant à la production industrielle, elle était de nouveau en baisse (-0,8 % en mais après -0,6 % en avril), ainsi le taux d’utilisation des capacités industrielles qui est tombé de 78,2 % à 77,4 % pendant la même période. On a eu donc cette semaine une série de chiffres américains plutôt faibles qui ont permis à l’euro de reprendre un peu de terrain sur le dollar. Mais le retour en grâce de la monnaie européenne au-dessus de 0,86 dollar risque de n’être que passager, car les chiffres en provenance de la zone euro ne sont pas très bons non plus. Jeudi, la BCE avait revu en baisse ses projections de croissance pour la zone euro, entre 2,2 % et 2,8 %, en raison du ralentissement de l’activité mondiale qui risque de peser sur les exportations. Dans ce contexte, le marché regardera avec attention le baromètre mensuel de l’institut IFO mesurant le climat des affaires en Allemagne attendu vendredi prochain. Selon certaines prévisions, cet indice, tombé à son plus bas niveau depuis mai 1999 en avril, risque de reculer de nouveau à 92,3 points contre 92,5 points en avril. Dans l’attente donc des indicateurs économiques de la semaine prochaine, le dollar s’est négocié hier à New York sur un ton faible sauf face au yen par rapport à la semaine dernière, comme suit : – 0,8620 pour un euro contre 0,8505, vendredi dernier – 1,4050 pour un sterling contre 1,3790 – 2,2690 DM contre 2,2995 – 7,6195 FF contre 7,7125 – 1,7785 FS contre 1,7935 – 2 246,25 lires contre 2 276,60 – 123,15 yens contre 121,00. Une semaine dans le rouge pour les grandes Bourses internationales Sur les places boursières internationales, tous les marchés des valeurs mobilières ont affiché un bilan négatif cette semaine, plombés par les avertissements sur les résultats de plusieurs grandes sociétés ainsi que par un possible échec de la fusion entre deux poids lourds de la cote américaine, General Electric et Honeywell. De plus, les opérateurs sont devenus de plus en plus méfiants dans l’économie des deux côtés de l’Atlantique et du Pacifique après les révisions en baisse des objectifs de croissance aussi bien aux États-Unis que dans la zone euro et le Japon. Mais les inquiétudes ont commencé à gagner les marchés après l’avertissement du géant canadien Nortel Networks, qui a fait part d’une poursuite des difficultés économiques tout au long du deuxième trimestre. Le groupe a annoncé en outre la suppression de 10 000 emplois après une première vague de 20 000 suppressions d’emplois annoncées en avril, et la fermeture de sites de production. L’avertissement de Nortel n’a pas été isolé. JDS Uniphase, spécialiste des équipements pour les communications par fibres optiques, McDonald’s, numéro un mondial de la restauration rapide, Heinz, le géant de l’agroalimentaire, et Procter and Gamble ont également revu à la baisse leurs prévisions de bénéfices pour le deuxième trimestre. Les semi-conducteurs ont reculé à un rythme accéléré aussi après les avertissements lancés par STMicroelectronics, le néerlandais Philips, Advanced Micro Devices, Texas Instruments et Intel. Il en est de même de l’avertissement de Nokia sur l’ensemble du secteur des télécoms. Le recul des Bourses américaines a été en outre accentué par les transactions techniques liées à l’expiration mensuelle, trimestrielle et semestrielle d’options sur les indices et actions boursières hier (la journée des trois sorcières). En effet, l’indice composite de la Bourse électronique Nasdaq a abandonné d’une semaine à l’autre 8,44 % en affichant hier en préclôture, à 23h heure de Beyrouth, 2 028,07 points contre 2 215,10 points vendredi dernier. Il en est de même de l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles à Wall Street qui a cédé 2,84 % à 10 665,07 points contre 10 977,00 points pendant la même période. De leur côté, les marchés boursiers européens se sont inscrits aussi dans le rouge cette semaine. L’indice ExtraDax de la Bourse de Francfort a perdu d’une huitaine à l’autre 4,40 % à 5 915,18 points contre 6 187,21 points et l’indice Footsie de la Bourse de Londres 3,82 % à 5 723,00 points contre 5 950,60 points ainsi que l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris 3,60 % à 5 243,84 points contre 5 439,93 points pendant la même période. Enfin, la Bourse de Tokyo a également achevé la semaine dans la déprime, affectée par les créances douteuses des banques japonaises et les mauvaises performances des sociétés de la haute technologie et des télécoms. L’indice Nikkei a, en effet, glissé au-dessous des 13 000 points à 12 790,38 points hier contre 13 430,22 points vendredi dernier, en baisse de 4,76 %.
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