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Actualités - Chronologies

Tony Blair, une bête politique - et un mystère personnel

Le Premier ministre britannique Tony Blair est un formidable animal politique, sans rival dans son pays, mais une personnalité toujours aussi impénétrable après quatre ans d’exercice de pouvoir. C’est un paradoxe incroyable, à l’âge du tout médiatique et pour un chef de gouvernement aussi obsédé par son image. Et pourtant, «même maintenant, alors qu’il est au bord d’un probable deuxième raz-de-marée électoral, personne ne semble savoir ce que ressent Tony Blair ni même qui il est», constate un journaliste du Guardian, Joe Klein. Marié à une avocate de haut vol, Cherie, père sans histoire de quatre enfants, le chef de gouvernement britannique, élu de Sedgefield (nord de l’Angleterre) depuis 1983, laisse très peu filtrer de l’homme qu’il est. La naissance d’un fils non attendu en mai 2000, Leo, a ému le pays un moment, mais rien n’y fait : les Britanniques respectent le professionnalisme de leur Premier ministre de 48 ans, mais de là à l’aimer... C’est avant tout un «manager» compétent que ce pays pragmatique s’apprête, sans enthousiasme excessif, à reconduire au pouvoir. Et c’est peut-être, au fond, ce qu’est le patron du New Labour, l’homme qui a adhéré en 1975 à un parti travailliste noyé dans ses querelles internes et en a pris les rênes en 1994 pour le moderniser aux forceps, en faire l’instrument de son arrivée au pouvoir en 1997. Ce n’est pas seulement pas opportunisme que Tony Blair a, depuis, ouvert grand les portes de Downing Street aux capitaines d’industrie : la connivence intellectuelle est réelle. «Vous réalisez les choses», leur a-t-il un jour lancé, admiratif. En pleine période hippie, d’ailleurs, et alors qu’il caresse vaguement l’idée de devenir un nouveau Mick Jagger, Tony Blair l’adolescent aux cheveux longs surprend déjà les camarades de son éphémère groupe pop par sa détermination, son sens de l’organisation... et du spectacle. Aujourd’hui encore, l’idéologie l’ennuie, les vieilles barbes de l’aile gauche de son parti l’insupportent : Tony Blair croit, sincèrement, que la politique peut et doit se résumer au pragmatisme, à l’action, autour de quelques idées et valeurs simples. Son étiquette «travailliste» paraît avoir de moins en moins de sens. La priorité de son second mandat sera la rénovation des calamiteux services publics, certes avec un important financement public, mais aussi avec le recours déclaré au savoir-faire du secteur privé. Cet avocat de formation, au parler aussi facile que son sourire, préfère d’ailleurs se déclarer «radical», réformateur. Le qualificatif de Margaret Thatcher, dont beaucoup de commentateurs pensent qu’il ne fait que parachever l’œuvre de modernisation de la Grande-Bretagne, à sa façon. À défaut de parvenir à cerner le personnage, la presse britannique a fréquemment brocardé Tony Blair, entouré de son armée d’experts en communication, comme «celui qui veut tout le temps plaire à tout le monde». Cet anglican aux convictions religieuses affichées a pourtant montré du courage, en arrachant les accords de paix en Irlande du Nord en 1998 ou en défendant son engagement en Europe – son grand dessein, et le pendant, en politique extérieure, à son projet de modernisation intérieure du pays. Mais ce fils de bonne famille conservatrice, éduqué dans le très huppé collège écossais de Fettes, a lassé plus d’un partisan du Labour par sa prudence infinie, son obsession à ne pas heurter l’Angleterre profonde, qu’il estime être irrécupérablement à droite, et son souci d’une rigueur fiscale encore plus intraitable que celle des conservateurs. «On attend toujours de voir l’homme», se désespérait au printemps l’éditorialiste Polly Toynbee, l’une des voix de gauche les plus autorisées du pays. La même journaliste a rendu son verdict, quelque peu dépité, au début de ce mois : il n’y a rien à voir, Tony Blair «ne cache aucun mystère : un centriste légèrement à gauche, honnête, plein de bonnes intentions, qui gouverne en une période bénie». L’homme qu’il faut, finalement, «en ces temps si peu héroïques», soupirait Mme Toynbee.
Le Premier ministre britannique Tony Blair est un formidable animal politique, sans rival dans son pays, mais une personnalité toujours aussi impénétrable après quatre ans d’exercice de pouvoir. C’est un paradoxe incroyable, à l’âge du tout médiatique et pour un chef de gouvernement aussi obsédé par son image. Et pourtant, «même maintenant, alors qu’il est au bord d’un probable deuxième raz-de-marée électoral, personne ne semble savoir ce que ressent Tony Blair ni même qui il est», constate un journaliste du Guardian, Joe Klein. Marié à une avocate de haut vol, Cherie, père sans histoire de quatre enfants, le chef de gouvernement britannique, élu de Sedgefield (nord de l’Angleterre) depuis 1983, laisse très peu filtrer de l’homme qu’il est. La naissance d’un fils non attendu en mai 2000, Leo, a ému...