Elles étaient nombreuses hier après-midi à se presser aux portes de la Hosseynieh Jamaran, dans le nord de Téhéran, pour participer à l’un des derniers meetings électoraux du président Khatami. À trois jours du scrutin, ces Iraniennes sont venues soutenir leur idole à qui elles ont réservé un accueil de pop-star. Devant les portes de la Hosseynieh Jamaran, des centaines d’Iraniens, plutôt jeunes, se pressent pour arracher l’un des derniers posters de leur président. Une fois leur trésor en main, ils s’entassent devant les portes, les filles d’un côté et les garçons de l’autre. À l’entrée, la vérification des sacs est sévère. «Une bouteille d’eau ? Et bien buvez devant moi que je sois bien sûr de son contenu !». À trois jours du scrutin, la sécurité est renforcée, même si l’on ne recense pas de réels incidents dans la capitale. Si les hommes sont confortablement assis dans la salle au rez-de-chaussée du bâtiment, les femmes, elles, sont reléguées à la coursive du premier étage. «C’est vraiment trop injuste, se plaint Maryam. En bas, les hommes verront très bien Khatami. Nous là-haut, nous n’allons quasiment rien voir. Voilà l’injustice en Iran». Et de fait, il faut forcer le passage vers la balustrade et ne pas avoir peur d’être littéralement écrasé pour espérer apercevoir la tribune en bas. Mais, les Iraniennes semblent prêtes à tout pour apercevoir leur président. Certaines n’hésitent pas à grimper sur les rebords des fenêtres pour avoir une meilleure vue. De leur perchoir, elles brandissent des portraits et hurlent des slogans en attendant l’arrivée de leur idole. «Cher Khatami, notre père président !». Un speaker demande à l’assistance de ne pas applaudir car ce rassemblement est dédié à tous ceux qui ont participé à la guerre et aux familles des martyrs. Si elles se résolvent à suivre cette invitation, elles reprennent rapidement leurs slogans, en duo avec les hommes en bas. Ces derniers commencent : «Khatami, notre héros», elles poursuivent : «Tu es l’espoir du peuple». Une chorale mixte bien réglée. Au milieu de la foule de jeunes filles, une femme dont la chevelure grise dépasse de son voile. Mirna a 51 ans et est femme au foyer. Elle est là car elle «aime Khatami», qu’elle considère comme un homme «sympathique et honnête, qui fait ce qu’il dit». Certes les réformes ont du retard, mais elle en est certaine : «Khatami gagnera la bataille contre les conservateurs». Il est cinq heures trente, Khatami n’est toujours pas là. Les speakers se suivent à la tribune, lecture de passage du Coran, récits sur les martyrs de la guerre, chorale. Aucune d’entre elles n’y prête trop attention à vrai dire. Elle n’attendent que lui. Telle Vanos, une étudiante de 22 ans qui explique très simplement que «Khatami est comme un père pour elle». Un père tolérant qui la laisse «choisir son chemin et voter comme elle l’entend». Massoume, une enseignante de 35 ans, reconnaît que le chemin n’a pas été facile jusqu’à présent pour son président. «Mais il est patient. Parce qu’il est un élève de Khomeyni et un disciple de l’imam Hussein, il a pu poursuivre sa lutte et il gagnera». Elle ne souhaite qu’une chose aujourd’hui, «qu’il engrange plus de 25 millions de voix pour pouvoir renforcer son pouvoir». Parmi les jeunes visages, la figure creusée de Rafat fait contraste. Elle est ici car ce meeting est dédié à ceux qui ont participé à la guerre et précisément elle affirme avoir soutenu les combattants. Elle avoue une véritable adoration pour Khatami et explique la lenteur des réformes par le souci «de ne pas provoquer de trop fortes tensions au sein de la société». Soudain, la foule s’agite un peu plus puis se met à crier. Mohammad Khatami vient de faire son entrée. Les femmes et les jeunes filles hurlent comme elles le feraient à un concert de la dernière pop-star en vue, les garçons en bas se lèvent, ils jettent des fleurs. Mais c’était une fausse alerte, le président quitte rapidement la tribune. L’auditoire est déçu, mais ne perd pas patience. Une jeune fille visiblement émue explique qu’«il est tout simplement le meilleur». Encore une demi- heure d’attente et Khatami rejoint véritablement la tribune. Malgré près d’une heure trente d’attente, les femmes n’ont pas perdu de leur entrain. «Khatami nous te soutenons ! Sans Khatami, il n’y a pas de liberté d’opinion». Les slogans fusent de toutes parts et les corps se pressent contre la rambarde pour apercevoir le président. Cet après-midi Khatami ne fera pas de grand discours politique. Il est là pour parler des martyrs de la guerre. «Nous pouvons remercier tous ceux qui se sont sacrifés durant la guerre en allant massivement voter vendredi», explique-t-il. Pas plus de politique pour ce meeting. Les grandes déclarations, il les a faites plus tôt dans la journée lors d’une conférence de presse où il est apparu particulièrement combatif. À trois jours du scrutin, le président candidat à sa propre succession a en effet appelé a une amélioration des relations avec les États-Unis. Un rapprochement qui passerait par une levée des sanctions US dont le renouvellement doit être décidé avant le mois d’août. Lors de cette conférence de presse, le président a également tenu à défendre son bilan et à rassurer la population sur sa combativité pour les quatre années à venir afin de faire passer ses réformes face aux conservateurs. «L’Iran a suivi un chemin difficile pour se débarrasser des vestiges de la dictature. C’est là un mouvement irréversible», a-t-il déclaré. Mais à la Hosseynieh Jamaran, les Iraniennes n’attendaient pas tant de grandes déclarations politiques que de voir leur idole, celui qu’elles portent dans leur cœur et qu’elles considèrent comme le seul capable de leur ouvrir un espace de liberté au sein de la République islamique. «Khatami Khatami, notre cœur est ton urne électorale». Ce scrutin avait effectivement hier toutes les caractéristiques d’une affaire de cœur.
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