Rechercher
Rechercher

Actualités - Biographies

Mon confrère, le poète

Aujourd’hui, dans notre pays, qui se préoccupe encore de la disparition d’un poète ? Cet être qui, gorgé de tendresse et de candeur, prolonge avec la plume aux doigts, sur le papier blanc, sa chair et ses rêves ? Dans ce monde artificiel de taupes que nous nous sommes fabriqué, bien gris et bien bétonné, qui se soucie encore de lire des poèmes et de regarder le ciel pendant qu’il est encore temps ? Pourtant que deviendrons-nous sans la poésie qui est un appel désolé à la divinité, une prière et qui est musique, beauté, amour et lumière ? Un pays sans poésie est un pays perdu, disait Michel Chiha. Pour notre malheur, nous venons de perdre un grand poète libanais francophone. Édouard Azoury nous a quittés avec la sérénité d’une âme jeune et créatrice se libérant d’un corps exténué. Une mort comme une fausse note dans une merveilleuse partition inachevée. Professeur de psychiatrie, humaniste dont la vie a été pleine de compassion et de savoir, conçue dans le respect de la personne humaine dans ce qu’elle a de plus noble et de plus précieux : le cerveau, Édouard a surtout été pour ses amis un maître de la langue française. Aîné de notre groupe de carabins, il nous a appris pendant 35 ans à bien écrire pour nous exprimer, à réciter ses poèmes pour séduire, à emprunter ses phrases pour rehausser nos discours et convaincre. Jeunes, nous lisions en groupe ses poèmes : Et les rimes s’égrenaient comme un chapelet d’ambre, Comme prière au cœur et caresse à la lèvre, Le désir qui crie et le cœur qui se noue… Que de fois avons-nous «volé» ses vers irrésistibles pour les réciter à un être chéri ? Belle comme une étoile au ciel des nuits de fièvre À force de t’aimer je vais mourir de toi Quand ma vie a compté tous ses jours à tes doigts Je sais que je mourrai de ton nom sur mes lèvres. Le vrai poète, disait Baudelaire, nous attaque directement par les sons en se servant de mots ordinaires qui nous mènent de l’émotion à la connaissance. Édouard Azoury nous a toujours menés de l’émotion à la connaissance par cette puissante et douce poésie, cette harmonie merveilleuse des sons, ensemble avec l’harmonie des sentiments, des images et des idées. La lecture de ses poèmes nous a maintes fois sauvés de nos désespoirs. Dans sa prose ou sa poésie, Édouard nous a offert pendant des décennies des pages que nous ne savons plus écrire, nous qui avons perdu la joie d’écrire des lettres d’amour, la joie de «dégueuler notre cœur», de livrer notre âme à nous-mêmes et aux autres, dans une époque où l’écriture est remplacée par les e-mails et les relations par Internet. Nous nous demandons jusqu’à ce jour dans quel séraphique infini il trouvait les sources de son inspiration ? Notre témoignage qui vient du fond du cœur et quarante ans d’amitié n’apportent pas beaucoup à un collègue primé et décoré maintes fois par l’Académie française. Notre amitié «indéfectible» a fait que chacun de ses poèmes nous a apporté une espérance. Cette espérance, jour après jour, a permis à beaucoup d’entre nous de bien vivre, d’accepter les cheveux blancs et les rides et toujours de répéter avec lui : Je dresserai ma vie au défi des années Tout comme un poing tendu vers l’injuste destin Je n’ai pas de regrets pour les roses fanées Mais une ultime prière à l’heure de la fin… Et je rêve d’un pays où tout est transparent… Édouard Azoury aimait souvent me répéter cette pensée de Maurice Genevoix : «Il n’y a pas de mort… Je ferme les yeux et j’aurai mon paradis dans le cœur de ceux qui se souviendront de moi…». Il est sûr de trouver encore ici-bas des milliers de paradis : dans le cœur de Chris, de Stéphane, de Laure et dans celui de ses amis et ses lecteurs. Fouad N. Boustany Association des anciens de la faculté de médecine
Aujourd’hui, dans notre pays, qui se préoccupe encore de la disparition d’un poète ? Cet être qui, gorgé de tendresse et de candeur, prolonge avec la plume aux doigts, sur le papier blanc, sa chair et ses rêves ? Dans ce monde artificiel de taupes que nous nous sommes fabriqué, bien gris et bien bétonné, qui se soucie encore de lire des poèmes et de regarder le ciel pendant qu’il est encore temps ? Pourtant que deviendrons-nous sans la poésie qui est un appel désolé à la divinité, une prière et qui est musique, beauté, amour et lumière ? Un pays sans poésie est un pays perdu, disait Michel Chiha. Pour notre malheur, nous venons de perdre un grand poète libanais francophone. Édouard Azoury nous a quittés avec la sérénité d’une âme jeune et créatrice se libérant d’un corps exténué. Une mort comme une...