Le visage couvert d’un keffieh, un jeune Palestinien, grimpé tout en haut d’un mât devant les murailles de la Vieille ville de Jérusalem-Est, s’acharne sur trois caméras de surveillance israéliennes sous les hourras de milliers de manifestants. Contrairement à l’habitude, pas un seul uniforme israélien n’est en vue, comme si Jérusalem-Est, la partie arabe de la Ville sainte, occupée par l’État juif depuis juin 1967, avait été rendue aux Palestiniens pour la journée. «C’est comme avant 1967. Il n’y a pas de juifs, pas d’Israéliens», s’exclame, tout heureux, Mohammed Liftaoui, un marchand de souvenirs de la Vieille ville. Officiellement, la foule est venue assister à des obsèques, celles de Fayçal Husseini, haut responsable palestinien décédé la veille au Koweït. Mais le cortège, qui est parti le matin de Ramallah, en Cisjordanie, environ 15 km plus au nord, a tout d’une manifestation nationaliste. Après une halte chaotique à la Maison d’Orient, à Jérusalem-Est, dont Fayçal Husseini avait fait le quartier général officieux de l’OLP et où le service d’ordre, complètement dépassé, a eu tout le mal du monde à faire entrer le cercueil, le cortège prend le chemin de la Vieille ville et de l’esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’islam, où la victime doit être inhumée. Les manifestants, jeunes pour la plupart, passent d’abord devant le ministère israélien de la Justice, installé rue Saladin, la grande artère commerciale de Jérusalem-Est, en chantant «l’intifada continuera jusqu’à la libération». Sur le toit du bâtiment, trois gardes israéliens, dont un en uniforme, scrutent la foule sans bouger. En tête du cortège, on distingue les uniformes kaki, les casquettes rouges et les foulards et épaulettes rouges et jaunes des scouts palestiniens, dont l’un s’échine à frapper une grosse caisse. La porte de Damas, entrée du quartier musulman de la Vieille ville, est en vue. Au-dessus de la muraille, des manifestants agitent des drapeaux palestiniens. Et toujours pas un seul uniforme bleu ou gros de la police ou des gardes-frontières, les autorités israéliennes ayant sagement préféré les cantonner au loin sur la route numéro un, qui sépare la Jérusalem arabe de la Jérusalem juive, pour éviter les incidents. Le cercueil est sorti de l’ambulance et hissé à bout de bras pour le court trajet à travers le quartier musulman. Le cortège pénètre enfin dans le Haram al-Charif (le Noble sanctuaire), nom arabe de l’esplanade des Mosquées, où des milliers de Palestiniens, dont bon nombre d’âge mur, attendent le cercueil. Celui-ci est porté au pas de course jusqu’à l’entrée de la mosquée al-Aqsa, dont le fronton est orné d’un gigantesque drapeau palestinien, au milieu d’une foule qui essaie de le toucher. La dépouille de Fayçal Husseini est ensuite transportée vers sa dernière demeure, une chambre funéraire donnant sur la muraille du Haram al-Charif, où il repose aujourd’hui aux côtés de son père Abdelkader, un illustre chef militaire, et de son grand-père Moussa Kazem, un ancien maire de Jérusalem.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le visage couvert d’un keffieh, un jeune Palestinien, grimpé tout en haut d’un mât devant les murailles de la Vieille ville de Jérusalem-Est, s’acharne sur trois caméras de surveillance israéliennes sous les hourras de milliers de manifestants. Contrairement à l’habitude, pas un seul uniforme israélien n’est en vue, comme si Jérusalem-Est, la partie arabe de la Ville sainte, occupée par l’État juif depuis juin 1967, avait été rendue aux Palestiniens pour la journée. «C’est comme avant 1967. Il n’y a pas de juifs, pas d’Israéliens», s’exclame, tout heureux, Mohammed Liftaoui, un marchand de souvenirs de la Vieille ville. Officiellement, la foule est venue assister à des obsèques, celles de Fayçal Husseini, haut responsable palestinien décédé la veille au Koweït. Mais le cortège, qui est parti le...