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Actualités - Chronologies

« Kandahar », un mélange de tristesse et d’espoir

La caméra de l’Iranien Mohsen Makhmalbaf suit le beau visage aux yeux clairs de Nafas (Niloufar Pazira) tout au long de son odyssée en des terres étranges et immémoriales. Par ces simples plans, il impose une dimension artistique qu’a priori il aurait préféré évacuer pour montrer sans fard la tragédie afghane contemporaine dans son film Kandahar. «Je voulais restituer l’image d’un pays qui précisément n’a pas d’images, car les dix millions de femmes de ce pays n’ont pas de visage. Je voulais donner l’image d’un pays qui est encore bien plus surréaliste que ma propre intention de créer un tel sentiment dans le film», explique-t-il. L’idée du film part d’une lettre envoyée à Niloufar Pazira par une des ses amies dans le plus complet désespoir. Niloufar contacte alors Makhmalbaf et lui demande de filmer son voyage mais celui-ci se documente d’abord sur l’Afghanistan, y entre clandestinement lui-même avant de mettre en œuvre le scénario. Dans le film, l’amie est remplacée par la sœur. «Elle est encore en Afghanistan, je n’ai plus aucune nouvelle d’elle depuis des mois et des mois, la dernière chose que j’ai appris, d’un ami de la famille, est qu’elle a déménagé à Mazar, qui était considérée comme plus sûre à l’époque (...). Je pense qu’elle reste confrontée aux mêmes problèmes que les autres femmes afghanes», dit de son amie Niloufar, qui assurait la traduction des propos de Makhmalbaf du farsi vers l’anglais. On sait que l’Iran n’apprécie pas particulièrement d’être le voisin proche d’un pays dont la majeure partie est tombée aux mains des taliban. «Le film a été autorisé en Iran et il a été montré ces deux derniers jours», dit le réalisateur de Salam Cinéma et d’Un instant d’innocence. «La raison en est qu’évidemment, s’il avait été question des problèmes de la société iranienne, il n’y aurait pas eu d’autorisation mais comme cela concerne un autre pays, cela ne posait pas de problèmes», ajoute-t-il. «Il y a deux courants en ce moment en Iran, et l’un d’eux n’envisage pas pour la femme de situation qui soit radicalement différente de ce qui se passe en Afghanistan», poursuit-il. «Mais il y a un autre courant qui espère que les Iraniens ne connaîtront pas la même situation que celle des Afghans. La sortie de ce film en Iran doit aider ceux qui résistent à la tendance de transformer l’Iran en Afghanistan». Kandahar ne manque pas de scènes fortes et l’une d’entre elles, pour statique qu’elle soit, n’en est pas moins impressionnante. Une procession multicolore de femmes voilées afghanes se rend à des fiançailles. En chemin, elle est arrêtée aux fins de contrôle. Une femme, totalement absorbée par son burqa (voile islamique comparable au tchador) noir, les fouille pour détecter tout objet interdit. Le noir, couleur de mort «La couleur noire représente la mort et toutes les autres couleurs la vie, dit Makhmalbaf. Il s’agit d’exprimer l’emprisonnement de ces femmes sous la burqa et leur désir de s’en délivrer, et ce désir s’exprime dans la couleur des burqa. Par contraste, le noir est symbole de mort». Pour Niloufar, cet épisode revêt aussi une autre signification. «Une femme qui en fouille une autre, cela signifie le désespoir parce que beaucoup d’Afghans sont à ce point désespérés qu’ils font n’importe quoi pour survivre. Quand on est confronté à la mort, on peut tenter de prendre la couleur de la mort et de survivre sous son couvert». Outre d’être une expérience filmique, Kandahar fut aussi une expérience humaine éprouvante, comme le rappellent le cinéaste et son actrice. «J’ai fait 21 films, des longs et des courts métrages, mais c’était vraiment une situation particulière. On avait des gens qui crevaient de faim et je me suis mis à détester non le film lui-même mais le fait de le faire, le métier, J’aurais préféré pouvoir nourrir ces gens. En ce sens, ce n’était pas facile», rappelle le réalisateur, né à Téhéran en 1957. Niloufar évoque «un mélange de tristesse et d’espoir». «L’espoir naissait du fait que quelqu’un faisait enfin quelque chose de sérieux pour l’Afghanistan et que si ces images pouvaient être vues ailleurs cela pourrait être une chance pour les personnes victimes de la guerre», rappelle-t-elle. «En même temps, il y avait la tristesse, d’être confrontée à un aspect de la culture afghane que je n’avais jamais vu auparavant. Il y avait par exemple des jeunes filles que le film intéressait beaucoup et qui voulaient apporter leur contribution mais jamais leurs pères ne le leur auraient autorisé», poursuit-elle. «J’ai réalisé que les problèmes en Afghanistan étaient bien plus profonds que le seul aspect politique», conclut-elle.
La caméra de l’Iranien Mohsen Makhmalbaf suit le beau visage aux yeux clairs de Nafas (Niloufar Pazira) tout au long de son odyssée en des terres étranges et immémoriales. Par ces simples plans, il impose une dimension artistique qu’a priori il aurait préféré évacuer pour montrer sans fard la tragédie afghane contemporaine dans son film Kandahar. «Je voulais restituer l’image d’un pays qui précisément n’a pas d’images, car les dix millions de femmes de ce pays n’ont pas de visage. Je voulais donner l’image d’un pays qui est encore bien plus surréaliste que ma propre intention de créer un tel sentiment dans le film», explique-t-il. L’idée du film part d’une lettre envoyée à Niloufar Pazira par une des ses amies dans le plus complet désespoir. Niloufar contacte alors Makhmalbaf et lui demande de...