L’être humain est un être au monde, qui trouve son bonheur dans la mesure où il est en harmonie avec son monde. C’est ce qui a depuis toujours poussé les hommes à communiquer avec les peuples voisins. Mais le contact avec l’Autre, de surcroît différent, est bien souvent source de conflits. À l’aube du XXIe siècle, les peuples ont pris conscience de la nécessité d’établir un dialogue, dans un souci d’intérêts communs. C’est ainsi que sont apparus de grands ensembles fondés sur des critères variés : l’appartenance commune à un continent, à un ancien empire, à une religion. Mais le critère linguistique est certainement un des plus forts de ceux qui peuvent pousser les hommes à se rassembler, comme l’atteste la francophonie, ou rassemblement des pays ayant en commun l’usage du français. Comment la francophonie contribue-t-elle au rapprochement entre les peuples ? Comment favorise-t-elle le dialogue des cultures ? La francophonie est formée d’un ensemble de pays éparpillés sur les cinq continents, de l’Afrique noire à l’Amérique du Nord en passant par le Maghreb et jusqu’en Extrême-Orient ; autant de nations aux traditions souvent très différentes. Ces diversités culturelles sont autant d’obstacles en puissance qui pourraient pousser les peuples à s’affronter. C’est dans ce contexte qu’intervient la francophonie, source de rapprochement et de dialogue. Tous ses peuples ont en commun l’usage du français, qu’il soit langue maternelle, ou langue seconde. Disposer ainsi du même outil de communication favorise indiscutablement le rapprochement et la compréhension mutuelle et fait de la francophonie un trait d’union entre les peuples. Davantage encore, la francophonie se veut porteuse d’un message humaniste à vocation universelle. En effet, la langue n’est pas neutre, elle existe dans la mesure où elle sert à véhiculer une pensée, des idées. Cette pensée se retrouve dans les objectifs fixés par la francophonie : contribuer à diffuser des idéaux universellement reconnus, la démocratie, la liberté, l’égalité, la fraternité et le dialogue entre les peuples. Ces idéaux, fondements de toute société humaine, sont à la base de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Véhiculés à travers les différentes manifestations culturelles, politiques ou économiques, ils trouvent un écho de plus en plus large au sein des populations soumises au joug de l’oppression. Car la francophonie refuse catégoriquement le recours à toutes violences, contre lesquelles elle préconise le dialogue, un «dialogue des cultures» basé sur le respect de la différence culturelle d’autrui, voire même l’appréciation de cette différence. C’est en ce sens que la francophonie est porteuse d’un message de paix. Cependant, si la francophonie est une somme de valeurs dans lesquelles s’identifient les nations francophones, elle n’aspire pas pour autant à former un ensemble culturellement homogène, un «melting-pot» aseptisé. Contrairement à la culture de masse uniforme diffusée par l’anglais, la francophonie se pose comme la garante des spécificités. En effet, au sein même de la francophonie, chaque nation tend à conserver ses spécificités socioculturelles, qui sont à la base même de son identité. Son rôle n’est en aucun cas de les occulter, bien au contraire, elle vise à leur donner une dimension nouvelle par la communication, l’échange et le dialogue des cultures. À travers ce dialogue, la francophonie jette un pont entre des rives autres, mais qui se reconnaissent, se respectent et s’apprécient mutuellement. Elle est source de vie. La francophonie trait d’union, message de paix, source de vie, autant de définitions qui ne trouvent leur véritable sens que lorsqu’elles sont associées à un mot, un seul, lui-même si pluriel : le dialogue. Dialogue dans lequel s’incarnerait, d’après Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de la francophonie, «un véritable projet de civilisation où les cultures se complètent et ne s’excluent pas, (...) se rassemblent sans pour autant se ressembler. Avec, pour ultime objectif, un monde véritablement multipolaire». Une façon de saisir ce monde, une façon d’être au monde.
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