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Actualités - Chronologies

Une femme bientôt présidente ? « Mega » garde le mystère

Chacun de ses rares mots et, plus encore, de ses silences est disséqué. La vice-présidente Megawati Soekarnoputri pourrait être propulsée d’ici à trois mois à la tête de l’Indonésie. Mais elle cultive toujours le mystère sur ses intentions. À 54 ans, celle que les Indonésiens surnomment «Mega» serait désignée chef d’État du premier pays musulman au monde si la procédure de destitution du président Abdurrahman Wahid devait aller à son terme. Mais souhaite-t-elle vraiment la présidence ? Depuis des mois, l’élite politique de Djakarta s’abîme en supputations sur les intentions de Mme Soekarnoputri, et sur l’état de ses relations avec «Gus Dur» (surnom du président), un musulman modéré de 60 ans. M. Wahid se targue contre vents et marées d’avoir toujours le soutien, vital, de la femme qui dirige le premier parti du pays. Un fort rhume contracté à Bali – c’est la version officielle – a opportunément empêché «Mega» d’apparaître aux côtés de M. Wahid lors d’un discours télévisé et d’assister, samedi, à une réunion du gouvernement qui a appelé le Parlement à arrêter la machine infernale de la destitution. Le président a rendu hommage aux qualités de Mme Soekarnoputri et déclaré qu’elle aurait mérité, en 1999, la présidence, son parti, le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P) ayant gagné les législatives. M. Wahid avait coiffé «Mega» au poteau en recevant l’appui parlementaire des partis musulmans qui ne souhaitaient pas voir une femme élue à la tête d’un pays dont plus de 90 % des 210 millions d’habitants sont musulmans. «Mon “frère” m’a poignardée dans le dos», aurait lâché «Mega» à l’époque. Nommée vice-présidente, elle s’est efforcée d’apparaître loyale. Elle a continué de travailler aux côtés de Wahid, tout en autorisant son parti à «lâcher» le président au Parlement, lors du lancement le 1er février de la procédure de destitution. Dans un de ses rares discours, elle a récemment décrit l’Indonésie de 2001 comme se trouvant dans la pire situation depuis l’indépendance. L’entourage de «Mega» distille les confidences pour dresser le tableau d’une dirigeante désormais excédée par les déclarations à «l’emporte-pièce» de Wahid, et atterré par sa manière de gouverner. Il présente aussi Mme Megawati comme soucieuse, avant tout, de ne pas arriver au pouvoir par des moyens anticonstitutionnels et d’éviter toute violence. Jeune fille, «Mega» a été marquée par la mise à l’écart implacable de son père, à partir de 1965, par le général Suharto. Mme Megawati n’oublie pas que les partis musulmans qui se rangent aujourd’hui derrière elle lui avaient barré la route il y a moins de deux ans. Et qu’ils pourraient ne vouloir se servir d’elle que comme d’une figure de transition. Si elle choisissait finalement de sauter le pas, «Mega», qui passe pour jouir de forts appuis au sein de l’armée, pourrait promouvoir une politique plus ouvertement nationaliste. Mais sa capacité à diriger l’immense archipel, déchiré par les violences séparatistes et intercommunautaires, demeure une énigme. À son poste de vice-présidente, son bilan reste maigre. Ses détracteurs, membres de l’élite intellectuelle et politique, mettent en avant le manque d’expérience de cette mère de famille entrée en politique en 1987, à l’âge de 40 ans, en capitalisant sur la mémoire de son père. Mais, malgré son mutisme et sa réserve, elle reste une figure populaire, notamment parmi les millions de jeunes déshérités des banlieues. Certains hommes politiques suggèrent aussi que «Mega», une fois au premier plan, pourrait souffrir du «boulet» que représenterait son troisième mari, Taufik Kemas, un influent homme d’affaires, que ses ennemis qualifient d’«affairiste». Un récent rapport a révélé que Megawati était la plus riche des dirigeants du pays, avec un patrimoine déclaré, avec son mari, de 6 millions de dollars.
Chacun de ses rares mots et, plus encore, de ses silences est disséqué. La vice-présidente Megawati Soekarnoputri pourrait être propulsée d’ici à trois mois à la tête de l’Indonésie. Mais elle cultive toujours le mystère sur ses intentions. À 54 ans, celle que les Indonésiens surnomment «Mega» serait désignée chef d’État du premier pays musulman au monde si la procédure de destitution du président Abdurrahman Wahid devait aller à son terme. Mais souhaite-t-elle vraiment la présidence ? Depuis des mois, l’élite politique de Djakarta s’abîme en supputations sur les intentions de Mme Soekarnoputri, et sur l’état de ses relations avec «Gus Dur» (surnom du président), un musulman modéré de 60 ans. M. Wahid se targue contre vents et marées d’avoir toujours le soutien, vital, de la femme qui dirige le...