La baisse surprise des taux américains par la Banque fédérale de Réserve mercredi a redonné du tonus aux investisseurs, mais laisse également entendre que le ralentissement de l’économie américaine est peut-être plus prononcé que prévu. «La première explication qui vient à l’esprit est qu’Alan Greenspan accorde une importance disproportionnée aux difficultés rencontrées par les entreprises qui ont été à la pointe de la nouvelle économie», estime Henry Willmore, économiste de Barclays Capital. La baisse du taux directeur interbancaire de 5 % à 4,5 % et du taux d’escompte de 4,5 % à 4 % est intervenue presque immédiatement, après les mauvais résultats affichés par Intel, le numéro un mondial des puces pour ordinateurs, et les prévisions très pessimistes de Cisco Systems, premier fabricant mondial de matériel pour les réseaux Internet. Les marchés boursiers semblaient s’être fait une raison et n’attendaient pas de nouvelle baisse de taux avant la réunion régulière du comité monétaire de la Fed, le 15 mai, après trois baisses successives depuis le début de l’année. Mais les banquiers centraux américains ont jugé que le délai entre la précédente réunion, le 20 mars, et la suivante était trop long face au ralentissement de plus en plus prononcé de l’économie. L’un des principaux sujets d’inquiétude est la brusque montée du chômage. Déjà en mars, il a grimpé à 4,3 % pour 4,2 % en février, l’économie perdant le mois dernier 86 000 emplois, soit la plus grosse perte depuis novembre 1991, la dernière année où l’économie américaine a essuyé une récession. Selon le cabinet Challenger, Gray and Christmas, qui compile les statistiques sur l’emploi, plus de 100 000 emplois ont déjà disparu en avril. Les statistiques publiées jeudi ont également montré une nette hausse des demandes hebdomadaires d’allocations-chômage. Sur les quatre dernières semaines, la moyenne hebdomadaire des dépôts de dossiers d’allocations est de 382 500, la plus élevée depuis cinq ans. «Le marché de l’emploi est faible mais ne s’effondre pas encore. Les demandes devraient passer au-dessus de 400 000 pour indiquer une récession», affirme Karen Dexter, économiste chez Merrill Lynch. Elle souligne que, selon le département du Travail, Alan Greenspan a demandé dès mercredi, et avant la décision de réduire les taux, à prendre connaissance de ces chiffres. «Les conditions sur le marché du travail sont la clé de la confiance des consommateurs et les demandes hebdomadaires deviennent très importantes en raison de leur précision dans le temps», ajoute Karen Dexter. «M. Greenspan semble aimer agir lorsque les marchés ne le regardent pas», souligne Joel Naroff, un économiste indépendant. «Il estime que ses initiatives ont plus de poids lorsqu’elles ne sont pas déjà intégrées par les marchés, ajoute-t-il. Il veut donner l’impression que la Fed a un temps d’avance, pas un temps de retard». «En d’autres termes, le comité monétaire veut s’attaquer aux problèmes potentiels de la disparition de l’effet richesse et de la faiblesse des investissements et veut le faire maintenant plutôt que plus tard», affirme Joel Naroff. Cette tactique semble atteindre ses objectifs auprès des chefs d’entreprise. Leur indice de confiance, selon les calculs du Conference Board, un institut privé d’étude de la conjoncture, a rebondi de 14 points au premier trimestre, reflétant leur optimisme sur le rétablissement de l’économie américaine d’ici à la fin de l’année.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La baisse surprise des taux américains par la Banque fédérale de Réserve mercredi a redonné du tonus aux investisseurs, mais laisse également entendre que le ralentissement de l’économie américaine est peut-être plus prononcé que prévu. «La première explication qui vient à l’esprit est qu’Alan Greenspan accorde une importance disproportionnée aux difficultés rencontrées par les entreprises qui ont été à la pointe de la nouvelle économie», estime Henry Willmore, économiste de Barclays Capital. La baisse du taux directeur interbancaire de 5 % à 4,5 % et du taux d’escompte de 4,5 % à 4 % est intervenue presque immédiatement, après les mauvais résultats affichés par Intel, le numéro un mondial des puces pour ordinateurs, et les prévisions très pessimistes de Cisco Systems, premier fabricant mondial de...