L’annonce de la grossesse de la princesse Masako, l’épouse du prince héritier japonais, a soulevé les espoirs d’un baby-boom, qu’appellent de leurs vœux les autorités pour freiner le vieillissement accéléré de la population. La presse a accueilli avec euphorie la perspective de la naissance d’un descendant du prince Naruhito, 41 ans, le fils aîné de l’empereur Akihito. «Le baby boom du siècle !» a ainsi proclamé le quotidien Sports Nippon sur toute sa «une», où resplendissait le sourire de Masako, 37 ans. La naissance «va encourager les femmes d’un certain âge à procréer», a prédit son concurrent Nikkan Sports. Le monde politique a également saisi l’occasion pour appeler les Japonais à créer ou à élargir leur famille. «J’espère que cela va déclencher un baby-boom», a déclaré Junichiro Koizumi, l’un des quatre candidats en lice pour devenir Premier ministre la semaine prochaine. «C’est la meilleure nouvelle que nous ayons eue récemment», a renchéri l’un de ses rivaux, le ministre délégué à l’Économie Taro Aso, en espérant qu’elle «mette fin à la mode du “moins d’enfants”». Le Japon traverse depuis plusieurs années une crise aiguë de la natalité. Le nombre moyen d’enfants par femme est tombé sous le seuil critique de 2 pour la première fois en 1975 et n’a cessé depuis de décliner, jusqu’à 1,34 en 1999, selon le ministère de la Santé. Cette dégringolade est parallèle à un allongement de la durée de vie et à un fort accroissement de la population âgée, ce qui provoquera à terme une crise des retraites. Les experts se sont pourtant montrés circonspects sur l’effet d’entraînement que pourrait avoir la grossesse de Masako. «C’est une absurdité» d’espérer que les femmes obéissent aux slogans les exhortant à prendre exemple sur la princesse, estime Noriko Hama, spécialiste au Centre de recherche sur l’économie. Elle juge «anachronique de penser que les faits et gestes de la famille impériale puissent influencer les réflexions de la population». D’autant, ajoute-t-elle, que peu de femmes japonaises se reconnaissent en Masako, diplômée de la prestigieuse université américaine de Harvard et ancienne diplomate. Pour Masachi Osawa, professeur de sociologie à l’université de Kyoto, les temps ont changé depuis les années 60, où «la famille impériale pouvait représenter un idéal de vie. Aujourd’hui, il n’y a plus de lien direct entre elle et la population». «Le taux de natalité est faible parce que l’investissement en argent et en temps nécessaire à l’éducation d’un enfant est trop élevé», explique-t-il. À cela s’ajoutent l’exiguïté des logements sur l’archipel, le manque de structures sociales pour aider les mères qui travaillent et l’individualisation des modes de vie. Takashi Miyajima, sociologue à l’université Rikkyo de Tokyo, n’exclut cependant pas que la grossesse de Masako puisse avoir un «impact limité». Car «certaines personnes vont désirer avoir un enfant du même âge» que celui qui pourrait devenir le futur empereur du Japon.
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