La crise sino-américaine de l’avion espion a mis en valeur l’antiaméricanisme latent dans nombre de pays asiatiques où les États-Unis sont tolérés mais guère aimés. L’atterrissage d’urgence de l’avion de surveillance américain sur l’île chinoise de Hainan a ouvert les vannes d’un déluge de critiques nationalistes dans la presse officielle chinoise. Dans une rhétorique aux accents de guerre froide, les médias chinois ont vilipendé l’hégémonisme américain et sa propension à se prendre pour le «sheriff» du monde. Loin d’être isolé, un tel sentiment est partagé par les autres pays communistes de la région, le Vietnam et la Corée du Nord, qui ont connu dans leur histoire l’intervention de l’armée américaine. Les États-Unis «se sont brutalement ingérés dans les affaires intérieures de notre pays», a écrit dimanche Nhan Dan, quotidien du Parti communiste vietnamien, à propos d’incidents ayant éclaté dans le centre du pays, adoptant un ton jusqu’à présent rare dans la presse officielle. Dans les pays où l’armée américaine est présente depuis des décennies, le soutien aux États-Unis est également en perte de vitesse. Le Japon, fortement dépendant des renseignements recueillis par les avions américains du type de celui immobilisé à Hainan, n’en est pas moins très réticent face à la présence des GI’s américains, particulièrement à Okinawa. C’est dans cette île que sont concentrés l’essentiel des 50 000 soldats américains stationnés au Japon. C’est aussi là qu’émanent les appels les plus pressants en faveur du retrait des troupes américaines, particulièrement depuis le viol en 1995 d’une écolière par trois soldats américains. En Corée du Sud, alliée des États-Unis pendant la guerre de Corée (1950-53) et où sont toujours stationnés 37 000 soldats américains, la situation est encore plus ambiguë. Des manifestations ont ainsi eu lieu contre l’attitude de fermeté désormais prônée par la nouvelle Administration américaine du président George W. Bush à l’encontre de la Corée du Nord, jugée défavorable au processus de rapprochement en cours entre les deux frères ennemis coréens. Mais là encore, la sécurité de la Corée du Sud est extrêmement dépendante des renseignements recueillis par les satellites espions et les avions de surveillance américains sur ce qui se passe au nord de la dernière frontière de la guerre froide. «Pour être réaliste, nous avons besoin de la présence américaine dans la région. Sans cette présence, la compétition entre les puissances régionales comme la Chine, le Japon et l’Inde pourrait déraper», estime ainsi un expert indonésien des affaires militaires, Salim Said, soulignant au passage qu’il est normal pour chaque pays de recueillir des renseignements militaires. Dans des pays pourtant traditionnellement favorables à la présence américaine, comme Singapour, le discours musclé des États-Unis en matière de politique étrangère irrite. Le quotidien de la ville-État, le Straits Times, proche du gouvernement, a récemment fait allusion au «discours à la Rambo» du nouveau président Bush tout en réclamant l’instauration de règles sur les activités de surveillance dans la région. La Malaisie, qui a des liens étroits avec les États-Unis, a également fait part de sa sympathie pour la Chine. Seul Taïwan, dont la sécurité repose in fine sur les forces américaines, s’est bien gardé de critiquer Washington. «La présence militaire américaine est encore plus importante depuis l’accélération du renforcement militaire décidé par les communistes chinois», a expliqué Tyson Fu, directeur de l’Institut d’études stratégiques de l’Université de la défense nationale
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