Les États-Unis, qui réclament le retour intact du EP-3 retenu en Chine, et leurs adversaires de la guerre froide ont adopté dans le passé des attitudes variables à propos des avions et navires espions capturés et de leurs équipages. Pour le Pentagone, l’EP-3, effectuant «une mission de surveillance de routine» comme le font nombre de pays, volait au dessus des eaux internationales au moment de la collision «accidentelle» avec un chasseur chinois évoluant trop près. La Chine a donc le devoir d’assister l’équipage et de le laisser partir sans délai, ainsi que l’appareil dès qu’il aura été réparé, selon cette version, que rejette Pékin. En fait, des choses ont souvent mal tourné lors d’incidents, connus ou révélés cette semaine, entre Washington et ses adversaires communistes, ex-Union soviétique, Chine, Corée du Nord, relèvent les experts et historiens : – En mai 1960, l’avion U2, espionnant pour la CIA, est abattu en URSS et ses débris soigneusement étudiés. Le refus de Washington de s’excuser déchaîne l’ire de Nikita Khrouchtchev. Condamné, son pilote Gary Powers sera échangé contre un espion soviétique, un an et demi après – en 1968, le navire USS Pueblo est arraisonné dans les eaux internationales par les Nord-Coréens, qui tuent un marin. Washington exige le retour, mais n’envoie pas de corps expéditionnaire. Pyongyang garde l’équipage prisonnier pendant onze mois et les codes secrets américains saisis à bord aideront plus tard les services de renseignements soviétiques. – Un an après, les Nord-Coréens abattent l’avion espion EC-121 dans les eaux internationales, tuant 31 Américains. Washington place son aviation en alerte nucléaire. Et en 1967, Israël détruit par erreur un navire espion américain Liberty dans les eaux internationales : bilan 34 morts et 171 blessés. Pour leur part, quand en 1976, un pilote soviétique fait défection et atterrit avec son chasseur MIG-25 «Foxbat» au Japon, les Américains profitent de l’aubaine. Ils examineront sous toutes ses coutures ce nouvel appareil et le rendront plus tard à Moscou, en pièces détachées. Le Pentagone fait encore aujourd’hui un distinguo entre le traitement d’éventuelles défections et des avions ou bâtiments en perdition, qui seraient secourus et rendus. «Chaque situation est unique», selon son porte-parole Craig Quigley. Avec la Chine, d’autres incidents cachés ont émaillé l’histoire du renseignement américain, selon des documents officiels déclassifiés, et publiés mercredi par l’association National Security Archive. On apprend ainsi que les Chinois s’efforcèrent de détruire des U2, et qu’en 1969, ils gardèrent au secret pendant un temps deux Américains accusés d’avoir vogué dans les eaux territoriales chinoises, mais que l’incident fut résolu par les voies diplomatiques. En février 1970, un drone (appareil sans pilote) US fut abattu au-dessus de l’île de Hainan. Mais le spécialiste James Bamford, parlant du «danger des avions espions» hier dans le New York Times, demande à Washington de cesser «ces patrouilles rapprochées, coûteuses et provocatrices», notamment parce que les Américains disposent de satellites perfectionnées et de stations d’écoutes au sol près de la Chine. Le Pentagone a déjà indiqué que ces vols d’EP-3 continueraient. Son porte-parole a affirmé cette semaine que les militaires américains toléreraient l’hypothèse d’avions de surveillance chinois près de la Californie. Le contre-amiral Quigley a rappelé que des bombardiers russes «Bear» avaient pu surveiller les communications près des côtes américaines pendant la guerre froide. «Nous acceptons, car cela n’a rien d’illégal» la présence de chalutiers d’écoutes russes près des grandes bases navales US de Norfolk (Virginie) et Pearl Harbor (Hawaii), puisqu’ils sont à plus de 12 milles de distance en mer, relève un professeur de droit international Barry Carter.
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