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Actualités - Chronologies

Tribune du disque - « Un pianiste a disparu »

Le programme est extravagant : procession funèbre pour Mosonyi, arbre de Noël, cloches du soir, polonaise, nuages gris, Hamlet, miserere d’après Palestrina, marche des rois, aux cyprès de la villa d’Este, rapsodie hongroise n° 3, etc. Les transcriptions hardies, fantasques, péremptoires de Hamlet et de Christus sont de Nyiregyhazi lui-même. Et lui on a bien lu son nom ? Il n’est pas moins extravagant. Et son histoire l’est encore plus. On peut en croire celui qui la raconte : c’est Harold Schonberg, critique numéro un de New York. Elle porte un titre à la Conan Doyle : The Case of the Vanishing Pianist. Ou encore un pianiste a disparu. Il reparaît. Après neuf mariages, et presque un demi-siècle de silence. Ce redébutant de soixante-quinze ans avait débuté à six ans, mais c’est Dohnanyi, quelques années plus tard, qui lui a révélé la vraie essence de la musique. Ervin Nyiregyhazi (prononcer gniredyiikhazi) ne se définit pas comme un pianiste. Toutes ces années, à peine s’il a effleuré un piano. Il vivait d’expédients, mais non de chimères. Il se définit comme un musicien. Il l’est, et prodigieux. L’histoire est peut-être inventée, Nyiregyhazi peut-être n’est qu’une apparition ou une hallucination. Son apparition, en tout cas, c’est la musique même. D’abord par la sonorité, puissante, majestueuse, pleine d’ombre et de perspectives fantasmatiques, pour nous rappeler que toute grande musique (même pour un piano virtuose) vient toujours des abîmes et porte une voix d’orages, et des courants troublés. Par la diction autoritaire, avec un pathos maîtrisé, léonin et idiosyncrasies d’un autre âge : le romantisme ressuscité, mais dans sa pureté amère et solitaire, ses caprices de fauve. Dans un monde où les pianistes n’osent plus avoir leur visage propre et se font un point d’honneur à s’effacer, en voici un qui avait le courage de son visage, qui est un masque, et de son timbre, qui est une bouche d’ombre. Hugo nous parlerait ainsi. Ce piano harangue. Les Myrmidons rentrent sous terre. La grandiose rhétorique d’Hamlet, le fantasque inquiétant, voyageur, baladin, tzigane, de la troisième rapsodie, l’objectivité hautaine, déroulée à l’infini, de la procession de Mosonyi, le caprice, aux crispationsparfois goyesques, de la polonaise et de l’arbre de Noël, tout cela respire l’autorité, la personnalité, la connivence familière, exorbitante, incontestable, avec le génie. Es ist so, comme disait Hegel devant les montagnes. Petits appétits, oreilles peureuses, s’abstenir. Pour les autres, un grand vent tonique, singulier. Le ton héroïque et mâle de la désinvolture. Formidable.
Le programme est extravagant : procession funèbre pour Mosonyi, arbre de Noël, cloches du soir, polonaise, nuages gris, Hamlet, miserere d’après Palestrina, marche des rois, aux cyprès de la villa d’Este, rapsodie hongroise n° 3, etc. Les transcriptions hardies, fantasques, péremptoires de Hamlet et de Christus sont de Nyiregyhazi lui-même. Et lui on a bien lu son nom ? Il n’est pas moins extravagant. Et son histoire l’est encore plus. On peut en croire celui qui la raconte : c’est Harold Schonberg, critique numéro un de New York. Elle porte un titre à la Conan Doyle : The Case of the Vanishing Pianist. Ou encore un pianiste a disparu. Il reparaît. Après neuf mariages, et presque un demi-siècle de silence. Ce redébutant de soixante-quinze ans avait débuté à six ans, mais c’est Dohnanyi, quelques années plus...