Toute sa vie ressemble à une variation sur deux thèmes, deux appartenances, pays, vocations. Deux thèmes et un même je t’aime, exprimé au pastel, à l’huile ou à la sanguine, par une Martha Hraoui pleine d’énergie et de couleurs. J’écris avec la main droite, je peins et je dessine avec la gauche», tient à souligner Martha Hraoui, introduisant ainsi avec humour les variations à deux thèmes de son être qui se déclinent sous toutes leurs formes. Allez savoir pourquoi. Pourquoi et comment cette femme multiple, Libanaise puis Française, silencieuse et solitaire lorsqu’elle travaille, se transforme subtilement en militante «dans les coulisses», perpétuant ainsi une tradition à laquelle elle ne pouvait échapper, sinon dans la peinture. «De par mon appartenance familiale et l’engagement politique qui me lie, j’ai forcément une responsabilité et une présence importante à assumer auprès de ma famille. Présence dans la Békaa qui, par ailleurs, me ressource dans ma création». Militante aussi, elle l’aura sans doute été, mais plus discrètement, dans ses choix et sa carrière. «Quand on est jeune, on possède une facilité et une inconscience qui donnent un courage sans limite.» Une jeune femme qui dessine des nus, hommes et femmes confondus, dans un milieu traditionnel et un pays à la mentalité orientale, dans les années soixante, tenait du courage. «Tout est dans la manière. Je ne porte pas la provocation en moi. Mes nus expriment la sensualité et la force, mais ne vont jamais au-delà». Unité dans la dualité «Ce qui reste d’une exposition, rappelle l’artiste, c’est l’affiche». C’est sans doute pour le souvenir et son plaisir personnel que Martha Hraoui a tapissé les murs de sa cuisine des affiches de ses différentes expositions, itinéraire historique, géographique et affectif de cette femme qui a entamé son tour du monde artistique en 1967, exposant ses œuvres au Liban, en France, sa seconde patrie, mais également à Mexico, Genève, Sao Paulo, Nicosie, Ryad, Monte-Carlo et Ibiza. «Je tiens à garder aussi des tableaux de chacune de mes expositions, comme témoignages d’une étape précise de mon travail». Les témoignages sont en effet nombreux, bavards ; les tableaux qui habillent les murs de son appartement se transformant en guides fort inspirés. On retrouve dans ce musée personnel les deux thèmes dominant son œuvre et qui définissent bien son identité artistique : le nu et le paysage. «Deux thèmes, en effet, et deux genres de peinture, mais une unité dans le travail. Une unité dans la dualité, comme dirait Edgar Morin. Le plus important, c’est de sentir que c’est fait par la même personne». Les nus de Martha Hraoui et ses paysages finissent en effet par se ressembler, baignant dans une ambiance commune, comme une douce pudeur qui ressemble quelquefois à de la nostalgie. Première dualité, celle de la forme, qui devient unité ou complémentarité, rapidement rejointe par l’autre, essentielle, «je mène de pair une double appartenance. Le Liban et la Békaa constituent mes racines, mais j’assume également, totalement, ma citoyenneté française». Établie en France depuis le début de la guerre, elle y installe son chevalet et un atelier où se réunit régulièrement un groupe d’artistes stimulés par un plaisir commun. «Dans le processus de la création, il devient très intéressant de briser la solitude de l’artiste et de travailler en groupe. Cela crée une dynamique, un échange et une communication essentiels». Française, membre de la Maison des artistes depuis 1987 et sociétaire du Salon d’automne de Paris, «je m’y suis faite une petite place. Aujourd’hui, Paris devient un besoin vital», elle revient régulièrement se ressourcer dans son pays natal, «la Békaa pour moi, c’est viscéral. À chacun de mes déplacements, j’éprouve un petit déchirement. Grâce à un long travail de réflexion et de sagesse, je suis enfin arrivée à harmoniser ma vie». Une vie remplie, que Martha Hraoui tente de saisir et combler. «Ce serait peut-être trop prétentieux de le dire, mais je crois que dans l’ensemble, j’ai mené ma vie comme je l’entendais. Je pense que chaque être humain peut diriger son destin, un peu, comme il le veut». La question à ne jamais lui poser : «Comment passez-vous votre temps ?» «Cette question me tue ! Je ressens parfois une nostalgie du temps qui passe et qu’on ne récupère pas. Il faut savoir rentabiliser le temps. On ne peut pas le gaspiller». Cette année, comme chaque année, Martha Hraoui est retournée au Liban à l’approche du printemps, «la période de Pâques est sacrée en Orient». Elle ramène dans ses bagages ses «variations sur deux thèmes», une série de tableaux qu’elle exposera à la galerie Épreuve d’artiste du 27 mars au 7 avril. «Je sais où je me situe, où je suis ancrée», conclut-elle. Sans doute au cœur de ces variations qui donnent au temps et à sa vie toute la richesse qu’elle recherche. Et surtout, dans les coulisses qu’elle aime et qu’elle quitte, un peu, «un peu trop à mon avis», le temps d’une exposition et de ces pudiques confessions.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Toute sa vie ressemble à une variation sur deux thèmes, deux appartenances, pays, vocations. Deux thèmes et un même je t’aime, exprimé au pastel, à l’huile ou à la sanguine, par une Martha Hraoui pleine d’énergie et de couleurs. J’écris avec la main droite, je peins et je dessine avec la gauche», tient à souligner Martha Hraoui, introduisant ainsi avec humour les variations à deux thèmes de son être qui se déclinent sous toutes leurs formes. Allez savoir pourquoi. Pourquoi et comment cette femme multiple, Libanaise puis Française, silencieuse et solitaire lorsqu’elle travaille, se transforme subtilement en militante «dans les coulisses», perpétuant ainsi une tradition à laquelle elle ne pouvait échapper, sinon dans la peinture. «De par mon appartenance familiale et l’engagement politique qui me lie,...