L’Irak a été, entre la France et les États-Unis, un sujet de profond désaccord, mais des responsables et des analystes à Paris assurent qu’un terrain d’entente peut être désormais trouvé avec la nouvelle Administration américaine. Les discussions sur la définition d’une «stratégie intelligente» envers l’Irak, soumis depuis onze ans à un embargo qui a largement échoué, devraient constituer la semaine prochaine un des temps forts de la visite du ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine à Washington. «Ils (les Américains) sont en train d’évoluer, et une des choses que je demanderai, c’est où en êtes-vous sur la nouvelle définition de votre nouvelle politique à l’égard de l’Irak ?», a affirmé hier M. Védrine soulignant que sur cette question «les choses bougeaient plutôt dans le bon sens». «Cela fait des années que la France dit qu’on doit pouvoir assurer la sécurité de la région face à un régime qui est demeuré dangereux (...) sans prendre en otage la population» irakienne, a-t-il ajouté. «Nous disons que nous n’avons plus besoin d’une politique de sanctions, a-t-il poursuivi, mais d’une politique de contrôle», y compris financier, pour s’assurer que l’Irak n’utilise pas les fonds provenant de ses exportations pétrolières à des fins de réarmement. Or cette hypothèse inquiète ouvertement les cinq grands du Conseil de sécurité, l’Irak vendant au su et au vu de tout le monde pour plus de deux milliards de dollars par an de pétrole hors de tout contrôle de l’Onu et alors que la population ne cesse de s’appauvrir, estiment des sources diplomatiques. Cette pratique prouve combien le système actuel de sanctions est «contre-productif», selon Didier Billon, spécialiste du Moyen-Orient à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Le nouveau secrétaire d’État américain Colin Powell a d’ailleurs tiré les leçons de l’échec de la politique de statu quo de l’Administration Clinton, qui a largement profité à Saddam Hussein, et du mécontentement des pays arabes qu’il a récemment visités. Il s’est déclaré pour un allégement des «restrictions sur le matériel destiné aux civils» irakiens tout en prônant un «renforcement des sanctions sur le matériel de destruction massive et sur les armements». Mercredi dernier, les États-Unis se sont félicités d’un «large consensus» régnant désormais au Conseil de sécurité de l’Onu sur leurs propositions d’alléger les sanctions commerciales contre l’Irak tout en renforçant la surveillance militaire. Cependant, le flou est loin d’être dissipé sur la formule de remplacement du système actuel de sanctions. Selon M. Billon, «au sein de l’Administration Bush, il y a des désaccords assez sérieux sur la question irakienne. Une partie de son équipe est pour un meilleur ciblage des sanctions sans qu’on sache très bien ce qu’ils entendent par là, et puis au niveau du Pentagone, il y a les partisans de la ligne dure qui prônent un renforcement des sanctions et le maintien de la pression militaire à travers les bombardements». «La France pourrait être tentée d’utiliser les contradictions actuelles de l’Administration américaine, qui n’a pas encore une position totalement tranchée sur le dossier irakien. C’est le moment d’en profiter et de faire avancer les choses. Je pense qu’Hubert Védrine l’a parfaitement compris», poursuit cet analyste. Faisant montre d’une grande prudence, une source diplomatique française, qui a requis l’anonymat, a indiqué qu’«une nouvelle approche doit être mise sur pied mais le contenu n’est pas encore défini». Cependant, «les rapports de travail sont bons», a-t-elle ajouté.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Irak a été, entre la France et les États-Unis, un sujet de profond désaccord, mais des responsables et des analystes à Paris assurent qu’un terrain d’entente peut être désormais trouvé avec la nouvelle Administration américaine. Les discussions sur la définition d’une «stratégie intelligente» envers l’Irak, soumis depuis onze ans à un embargo qui a largement échoué, devraient constituer la semaine prochaine un des temps forts de la visite du ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine à Washington. «Ils (les Américains) sont en train d’évoluer, et une des choses que je demanderai, c’est où en êtes-vous sur la nouvelle définition de votre nouvelle politique à l’égard de l’Irak ?», a affirmé hier M. Védrine soulignant que sur cette question «les choses bougeaient plutôt dans le bon...