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Actualités - Biographies

TÉMOIGNAGE - Le souvenir d’un instant

C’est d’un instant particulier que je vais parler en évoquant le souvenir d’un «grand», aussi grand que modeste, qui s’en est allé discrètement sans fanfare ni trompette, entouré de ceux qui l’ont vraiment connu et aimé... Il effectuera sa première visite à la Galerie Jeanine Rubeiz en 1993, lors de l’hommage rendu à Jeanine Rubeiz, un an après sa disparition. Il arriva discrètement, saluant ses compagnons de route, avec la tête légèrement penchée et tous les signes d’un modeste. Quelle fut sa surprise quand il constata que je le reconnus et que même un de ses dessins en noir et blanc, datant des années soixante, était accroché dans mon bureau. Ce premier contact fut le début d’une longue amitié. Comment ne pas penser exposer les œuvres de Saïd Akl au bout de 18 ans de guerre ? Comment ne pas penser à toute une génération qui ne connaît rien du pionnier de l’art graphique au Liban et de la continuité de ses recherches dans ce domaine tout le long de sa vie ? Comment ne pas montrer sa façon d’intégrer ce premier trait dessiné dans les années cinquante à la peinture tout à fait contemporaine et de faire partie de la génération des peintres les plus modernes ? Ses œuvres relatent toute une vie de recherche, de renouvellement et de passion... Tout cela, il l’exprimait calmement, doucement, paisiblement... À chacune de ses venues à Beyrouth, il faisait une halte à la galerie, il venait se reposer quelques instants, «chez lui», comme pour un pèlerinage et regardait la mer, cet infini, avec des yeux embués, emprunts de nostalgie, jamais révoltés. C’était un chercheur au cœur tendre, chérissant ses enfants, d’un respect et d’une reconnaissance exemplaires pour sa femme, Hayat, romantique et secret. Après son exposition à la Galerie Jeanine Rubeiz en 1994, notre relation affectueuse et amicale dépassant tout professionnalisme, nous allions souvent le voir mon mari et moi, à Bejjeh avant son installation à Byblos. Et c’est là que je découvris «Frozia»... Frozia, sa muse, son évasion, son jardin secret, présente sous différentes formes et à chaque instant de sa vie et de ses recherches, Frozia auréolée de mystère, Frozia qui était peut-être «l’autre moi» de Saïd Akl. Il est triste de constater qu’une grande page de l’histoire du Liban artistique s’est encore une fois refermée. Un grand modeste et généreux s’en est allé, laissant à son pays qu’il chérissait et qu’il a toujours refusé de quitter, un patrimoine d’une valeur exceptionnelle et qui fait honneur au Liban. Son «Damour» tant aimé, il n’a pu le retrouver que les yeux fermés et en cet instant je ne peux penser qu’à ces mots du Dr Constantin Zurayk exprimant si bien que la richesse culturelle née de la pensée modeste. Je cite : «L’humilité du savoir et l’insolence de l’ignorance». C’est malheureusement l’état auquel se trouvent aujourd’hui confrontés la valeur artistique de Saïd Akl et son propre pays. Nadine BEGDACHE (Galerie Jeanine Rubeiz)
C’est d’un instant particulier que je vais parler en évoquant le souvenir d’un «grand», aussi grand que modeste, qui s’en est allé discrètement sans fanfare ni trompette, entouré de ceux qui l’ont vraiment connu et aimé... Il effectuera sa première visite à la Galerie Jeanine Rubeiz en 1993, lors de l’hommage rendu à Jeanine Rubeiz, un an après sa disparition. Il arriva discrètement, saluant ses compagnons de route, avec la tête légèrement penchée et tous les signes d’un modeste. Quelle fut sa surprise quand il constata que je le reconnus et que même un de ses dessins en noir et blanc, datant des années soixante, était accroché dans mon bureau. Ce premier contact fut le début d’une longue amitié. Comment ne pas penser exposer les œuvres de Saïd Akl au bout de 18 ans de guerre ? Comment ne pas...