En pleine recrudescence de la tension, le Koweït célébrera lundi pour la première fois depuis 10 ans la fin de l’occupation irakienne en présence des principaux acteurs de sa libération. L’ex-président George Bush, les ex-Premiers ministres britanniques Margaret Thatcher et John Major et l’actuel secrétaire d’État américain Colin Powell, qui fut chef d’état-major interarmes durant la guerre de libération du Koweït en janvier et février 1991, figurent en tête des invités de marque. Sera également présent le général Norman Schwarzkopf, commandant des forces de la coalition alliée ayant chassé les troupes irakiennes du Koweït après sept mois d’occupation. Le programme des festivités prévoit plusieurs parades, dont une démonstration d’avions de combat koweïtiens, un défilé de 17 000 élèves et étudiants, des jeux laser, des feux d’artifice et des processions sur la principale artère de la ville de Koweït, longeant la mer. Plusieurs dignitaires étrangers devront participer à une «Ardha» (danse à l’épée). Les festivités seront également marquées par l’inauguration d’un musée avec des équipements militaires irakiens détruits pendant la guerre. «Les menaces irakiennes (contre le Koweït) se poursuivent et la politique de Bagdad demeure inchangée», constate le ministre koweïtien de la Défense, cheikh Jaber Moubarak al-Sabah. Le 15 janvier, Oudaï, le fils aîné du président irakien Saddam Hussein, avait recommandé au Parlement irakien de redessiner la carte du pays pour inclure le Koweït dans un «Grand Irak». Cette relance des revendications de l’Irak sur le Koweït, à la veille du 10e anniversaire de la guerre du Golfe, avait suscité de vives condamnations au Koweït, dans plusieurs pays arabes et dans le monde, et a été considérée comme une violation des termes du cessez-le-feu. Ces condamnations n’ont pas empêché Bagdad de menacer implicitement de revenir sur sa reconnaissance du Koweït si ce pays ne respectait pas la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Irak. L’Irak avait reconnu officiellement en 1994 l’État de Koweït et les frontières communes telles que définies par l’Onu. «C’est une preuve de plus sur les ambitions irakiennes au Koweït. L’Irak confirme qu’il ne respecte pas les traités internationaux et parle comme si le Koweït est l’agresseur», note le président de la commission des Relations extérieures au Parlement koweïtien, Mohamed al-Saqer. L’Irak a menacé de représailles l’Arabie séoudite et le Koweït, après des raids aériens américano-britanniques le 16 février sur des postes de la DCA près de Bagdad. Le régime de Saddam Hussein est certes affaibli militairement, mais il bénéficie d’un début d’érosion des sanctions. Après avoir été isolé pendant presque neuf ans, il a réussi à normaliser ses relations et à nouer des accords sur des zones de libre-échange avec l’Égypte et la Syrie, deux alliés arabes des États-Unis durant la guerre du Golfe. En outre, des vols aériens vers Bagdad se sont intensifiés malgré l’embargo observé depuis plus de dix ans. En octobre, l’Irak a assisté à un premier sommet arabe depuis 1990 et espère renforcer sa présence lors du prochain sommet le 27 mars à Amman. Selon un diplomate arabe, le président égyptien Hosni «Moubarak a mené des efforts pour surmonter les divergences arabes, mais les déclarations (provocatrices) de l’Irak et les craintes qu’elles ont suscitées au Koweït et en Arabie séoudite font qu’il serait difficile de favoriser une réconciliation». «Le prochain sommet arabe cherchera à préparer le terrain pour mettre fin aux provocations, afin de hâter une réconciliation», a-t-il cependant ajouté. Mais il sera difficile de convaincre les Koweïtiens que Saddam Hussein puisse renoncer un jour à son rêve d’annexer le Koweït.
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