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Actualités - Chronologies

La corruption, véritable gangrène au cœur de l’État

La réticence du gouvernement turc à frapper les responsables politiques impliqués dans la corruption chronique contre laquelle il mène campagne est au cœur de la crise politique au plus haut niveau de l’État, estimaient hier les analystes. La crise a éclaté lorsque le président Ahmet Necdet Sezer a accusé sèchement son Premier ministre Bulent Ecevit, sous l’œil des militaires et des ministres réunis en Conseil national de sécurité (MGK) lundi, de ne pas lutter assez fermement contre la corruption, entraînant un vif échange au cours duquel les deux parties se sont quasiment jeté la Constitution à la figure. Le gouvernement mène pourtant depuis des mois une vaste campagne anticorruption dans plusieurs domaines, du trafic de drogue aux douanes, en passant par les appels d’offres dans le secteur de l’énergie, et les exportations frauduleuses. La campagne a l’immense sympathie de l’opinion publique et a fait de son acteur principal, le ministre de l’Intérieur Sadettin Tantan, un héros. «Il est indubitable que l’actuel gouvernement est plus actif et efficace qu’aucun autre dans la lutte anticorruption», estimait hier l’éditorialiste Gunduz Aktan dans le quotidien libéral Radikal. Mais sa détermination a été mise en doute lorsqu’il a évité de renvoyer ou de poursuivre de hauts fonctionnaires et ministres fortement soupçonnés d’être impliqués personnellement dans des fraudes. «L’opération n’a visé que des petits bureaucrates, le secteur privé et les gangs criminels. Il est intéressant de noter que la seule enquête lancée contre des responsables politiques a été impulsée par l’armée», soulignait M. Aktan. Il faisait référence à une enquête pour fraude, ouverte le mois dernier contre le ministère de l’Énergie à propos d’appels d’offres de plusieurs millions de dollars, sur la base d’information obtenues par la gendarmerie, qui dépend de l’armée. «Il est incompréhensible que le ministre de l’Énergie Cumhur Ersumer ne démissionne pas alors qu’une enquête sérieuse est en cours», estimait l’éditorialiste. Sinan Aygun, chef de la Chambre de commerce d’Ankara, estime que le gouvernement ne devrait pas couvrir l’abus de pouvoir par ses membres au nom de la stabilité politique. «Quiconque est impliqué dans la corruption doit être puni. Qu’ils soient ministres ou pas, ces individus doivent partir», a-t-il dit. «Les gens en ont assez de la corruption parce qu’ils en souffrent. Ils soutiendront tous ceux qui lutteront contre elle», estime-t-il. Selon Cuneyt Ulsever, du quotidien à grand tirage Hurriyet, l’affrontement Sezer-Ecevit est lié à la décision du président d’envoyer des inspecteurs enquêter auprès de trois banques publiques dont les pertes ont atteint quelque 20 milliards de dollars. «Certaines rumeurs veulent que des documents liés à des prêts frauduleux non remboursés soient enfermés dans les coffres de certains ministres», avance-t-il. M. Aygun critique le gouvernement pour ne pas avoir révélé comment ces banques avaient pu enregistrer de telles pertes. «Depuis des mois, nous demandons des explications, mais en vain», déplore-t-il. «La corruption n’est plus tolérée globalement. Partout dans le monde, ni les citoyens ni l’économie ne peuvent la supporter et la Turquie doit suivre cette tendance», souligne Nigar Goksel, chercheur sur la corruption auprès de la Fondation des études économiques et sociales.
La réticence du gouvernement turc à frapper les responsables politiques impliqués dans la corruption chronique contre laquelle il mène campagne est au cœur de la crise politique au plus haut niveau de l’État, estimaient hier les analystes. La crise a éclaté lorsque le président Ahmet Necdet Sezer a accusé sèchement son Premier ministre Bulent Ecevit, sous l’œil des militaires et des ministres réunis en Conseil national de sécurité (MGK) lundi, de ne pas lutter assez fermement contre la corruption, entraînant un vif échange au cours duquel les deux parties se sont quasiment jeté la Constitution à la figure. Le gouvernement mène pourtant depuis des mois une vaste campagne anticorruption dans plusieurs domaines, du trafic de drogue aux douanes, en passant par les appels d’offres dans le secteur de l’énergie, et...