Les patrons italiens les réclament, les démographes les jugent indispensables pour rajeunir l’Italie, mais l’opinion publique s’inquiète et peine à intégrer les immigrés, pourtant encore peu nombreux dans la péninsule. Avec 1,5 million d’étrangers en situation régulière, soit 2,5 % de la population, l’Italie est un des pays européens qui compte le moins d’immigrés. Mais l’immigration est devenue un enjeu économique et social primordial, notamment pour les entreprises de la riche Lombardie (nord), en manque de main-d’œuvre et «contraintes» de faire appel aux immigrés africains ou asiatiques. «Notre main-d’œuvre locale ne couvre plus les besoins. Nous avons besoin de tourneurs-fraiseurs, de soudeurs, de gens prêts à faire les 3 x 8», explique Marco Paldarini, de l’Associazione Industriale Bresciana (AIB, patronat). «Autant de boulots que les jeunes d’ici ne veulent plus faire», ajoute-t-il. Dans cette région fortement industrialisée, parsemée d’une myriade de petites et moyennes entreprises, et où le taux de chômage tourne autour de 4 % (contre 10 % au niveau national), les offres d’emploi sont légion. Mais, selon des estimations récentes, près de 20 000 postes ne trouvent pas preneurs. Les patrons se tournent donc vers les Marocains, les Albanais, les Sénégalais, les Pakistanais, les immigrés «extracommunautaires» dont la population a plus que doublé en huit ans dans la seule province de Brescia, pour atteindre 40 000 personnes, sur un total de 1,1 million d’habitants. Syndicalistes, patrons, politiques, tous le reconnaissent : sans ces immigrés, de nombreuses entreprises mettraient la clé sous la porte. Mais le discours change lorsqu’il s’agit d’intégration, les étrangers restant très souvent considérés comme un mal nécessaire. «L’immigré doit être là où il sert, en usine. Et après, il doit disparaître. Le concept, c’est se faire tout petit, ne pas apparaître», explique Zahrane Salam, un Marocain installé depuis 11 ans dans la région. Les immigrés, qui souvent ne parlent pas l’italien, vivent en vase clos. Les autochtones les côtoient, mais sans plus. «Plus encore que du racisme, il y a une ignorance incroyable», explique Franco Valenti, chargé du bureau des étrangers à la mairie de Brescia. «Nous n’étions pas prêts. Proportionnellement, nous avons absorbé en 10 ans une vague d’immigration que les Français ou les Allemands ont accueillie en trente ans, et les gens se sont sentis bousculés», ajoute-t-il. «Le discours italien est très terre à terre, très prosaïque. On parle de flux, d’opportunités économiques, mais l’élément humaniste n’est jamais pris en compte», analyse Alioune Gueye, responsable de l’immigration au sein de la principale confédération syndicale, la CGIL. Les vitupérations anti-immigrés de la Ligue du Nord (mouvement populiste et xénophobe), influent dans le Nord de l’Italie et le discours sécuritaire d’une bonne partie de la classe politique, de droite comme de gauche, centré sur l’immigration clandestine et la criminalité, résument le débat politique sur l’immigration. Et les employeurs ne montent pas au créneau pour défendre leurs salariés, déplore Franco Valenti. «Les entreprises sont bien lâches. Elles disposent d’une main-d’œuvre à bas coût, extrêmement flexible et disponible, mais quand il s’agit de soutenir les immigrés, on ne les entend plus». «Nous ne nous sentons pas “tuteurs” de nos employés», se défend Marco Paldarini, estimant que les problèmes d’intégration concernent avant tout les institutions. Toutefois, les entreprises commencent à bouger, affirme-t-il, citant en exemple une convention signée l’année dernière entre l’AIB et l’office du logement de la commune de Brescia, pour construire et louer à bas prix des logements pour les employés immigrés.
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