Deux semaines jour pour jour après le terrible séisme qui a dévasté l’État indien du Gujarat, ses habitants se sont réveillés vendredi sous le choc d’une nouvelle secousse, mesurée durant la nuit à 5,3 sur l’échelle de Richter. Une quarantaine de personnes prises de panique ont été blessées dans la ville d’Ahmedabad, la principale de cet État, certaines ayant sauté de leur balcon et d’autres s’étant cassé des membres en chutant dans les escaliers. Cette nouvelle réplique du séisme du 26 janvier n’est pas faite pour calmer des esprits profondément traumatisés, alors que des centaines de cadavres, de l’aveu même des autorités, sont toujours prisonniers des ruines. L’inactivité forcée à laquelle sont condamnés les habitants du Gujarat – privés d’école, de travail et dépendants d’organisations humanitaires – ne pouvait que les mener à ressasser la terreur du séisme, alors que les rares qui ont conservé intact leur logis craignent de le réintégrer. Une autre secousse a de plus été ressentie plus tard en début d’après-midi. La distribution de l’aide se poursuivait en même temps, sur fond de grogne et d’accusations de discrimination. Plusieurs centaines de personnes, en majorité musulmanes, ont manifesté vendredi leur colère devant la préfecture de Bhuj, localité en grande partie détruite le 26 janvier. «Nous n’avons aucune aide du gouvernement», a déclaré un manifestant, Abdul Razak. «Nous avons besoin de tentes, de couvertures et nos enfants ont faim», a-t-il lancé, alors que la police avait mis en place un cordon devant la préfecture. Selon M. Razak, des organisations fondamentalistes hindoues, notamment le RSS, se sont fortement mobilisées pour venir en aide aux sinistrés. «Mais elles ne donnent rien aux musulmans», minoritaires dans l’État du Gujarat. Au même moment, à New Delhi, l’imam de la grande mosquée Jama Masjid, Maulana Syed Ahmad Bukhari, s’élevait contre «les discriminations» entretenues selon lui par «certains groupes» fondamentalistes hindous dans la répartition de l’assistance. Cette attitude va à l’encontre des «valeurs humaines», a-t-il dit dans une déclaration relayée par son porte-parole. Le chef des autorités locales du district de Bhuj, Anil Mukim, a balayé ces accusations tout en reconnaissant que «le système (de distribution de l’aide) a été un échec total les premiers jours». «Il est faux de dire que l’aide est détournée, le dispositif de distribution publique fonctionne», a-t-il assuré à l’AFP. Le responsable de l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l’enfance) dans l’État du Gujarat, Yogendra Matur, s’est également montré optimiste sur les chances d’«une normalisation de l’atmosphère». Dans un entretien avec l’AFP, il a indiqué que l’agence pouvait compter sur un budget de 16 millions de dollars pour mener des actions prioritaires dans le domaine de la santé, l’approvisionnement en eau potable et l’éducation. M. Matur a annoncé que 350 dispensaires en préfabriqué allaient être construits et qu’une campagne de vaccination de la varicelle va débuter la semaine prochaine, visant les enfants de 9 mois à 5 ans, grâce à 500 000 seringues jetables envoyées par Copenhague. Le ministre indien chargé du développement urbain a promis de son côté la fermeté envers les architectes et ingénieurs corrompus accusés d’être responsables de l’affaissement de milliers d’immeubles. Le président de la Fédération indienne de cricket (BCCI), A.C. Muthiah, a enfin annoncé vendredi envisager d’organiser prochainement un tournoi international de ce sport, le plus populaire du pays et qui atteint des taux d’audience inégalés, afin de lever des fonds pour les victimes du séisme.
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