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Actualités - Chronologies

La revanche du « bulldozer »

Le chef de la droite nationaliste israélienne Ariel Sharon a remporté une victoire d’autant plus éclatante qu’inconcevable il y a seulement quelques mois. Présenté par un critique comme l’homme qui «brûle tous les feux rouges», M. Sharon a longtemps fait peur. Mais l’aspiration de la population israélienne à un dirigeant à poigne pour mater l’intifada, le soulèvement palestinien, et lui redonner confiance, l’a emporté sur toutes les autres considérations, balayant le Premier ministre sortant Ehud Barak. M. Sharon, l’un des derniers représentants de la génération des bâtisseurs de l’État juif, s’était présenté lors de la campagne comme l’homme providentiel qui apporterait «l’unité», la «sécurité» et la «paix véritable». Pour réaliser cette unité, il a promis d’œuvrer très vite à la formation d’un «cabinet d’union nationale». Pour rétablir la sécurité, il a annoncé qu’il «combattrait le terrorisme» avec beaucoup plus de détermination que son prédécesseur. Mais il est resté plus vague sur la façon dont il comptait aboutir à la paix avec les Palestiniens sans démanteler une seule colonie juive. «Je connais bien les Arabes et ils me connaissent bien», aime-t-il à répéter. Une phrase pleine de sous-entendus. Sa carrière est terriblement controversée et porte la flétrissure de la désastreuse invasion du Liban en juin 1982. Il a atténué ses prises de position ultranationalistes, mais rien n’indique que ce champion du «grand Israël» et de la colonisation à outrance les ait reniées. Surnommé «le bulldozer» pour sa corpulence autant que pour son style de fonceur, «Arik» Sharon n’a rien perdu de sa pugnacité malgré l’âge. Il n’a pas exprimé, bien au contraire, le moindre regret pour sa visite le 28 septembre sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem-Est, qui abrite le troisième lieu saint de l’islam, qui a été le détonateur de l’intifada. Ce faucon a été élu à la tête du Likoud (droite nationaliste) après la cuisante défaite électorale, en mai 1999, de l’ancien chef de gouvernement Benjamin Netanyahu. Il y a déjà 20 ans, M. Sharon dessinait la carte de la colonisation israélienne en Cisjordanie, alors qu’il gérait le portefeuille de l’Agriculture dans un premier gouvernement de droite. Mais c’est aussi un pragmatique, qui a fait évacuer manu militari et raser les colonies juives du Sinaï en 1982 après le traité de paix avec l’Égypte. Concernant les Palestiniens, il a toujours considéré que leur patrie était la Jordanie, mais a fini par s’accommoder de la création d’un État palestinien sur moins de 50 % de la Cisjordanie, désarmé et sans contrôle sur les ressources en eau. Né en 1928 en Palestine de parents originaires de Biélorussie, M. Sharon a montré lors de sa carrière dans l’armée, où il s’est engagé à 17 ans et a été deux fois blessé, un goût prononcé pour les méthodes expéditives et une inclination à n’en faire qu’à sa tête. À la tête de l’unité 101 des commandos, puis des unités parachutistes, il lance des opérations punitives, dont la plus sanglante se soldera en 1953 par la mort d’une soixantaine de civils dans le village palestinien de Kibya. En 1969, cet adepte de la manière forte, alors général, brise pour plusieurs années la résistance palestinienne dans la bande de Gaza par des opérations de commandos. Durant la guerre d’octobre 1973, il prouve à nouveau ses capacités militaires en franchissant le canal de Suez et en encerclant l’armée égyptienne par une manœuvre audacieuse. Ministre de la Défense, il prépare et conduit en 1982 la tragique équipée du Liban. Une commission d’enquête officielle conclura à sa «responsabilité indirecte», mais personnelle, dans les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, en septembre 1982, par une milice chrétienne alliée à Israël. Une tache qu’il n’a jamais réussi à effacer. Les recommandations de cette commission l’obligeront à quitter le ministère de la Défense. «Ceux qui n’ont pas voulu de Sharon comme ministre de la Défense l’auront un jour comme Premier ministre», proclamait à l’époque l’un de ses fidèles. Dix-huit ans après, cette prophétie s’est réalisée.
Le chef de la droite nationaliste israélienne Ariel Sharon a remporté une victoire d’autant plus éclatante qu’inconcevable il y a seulement quelques mois. Présenté par un critique comme l’homme qui «brûle tous les feux rouges», M. Sharon a longtemps fait peur. Mais l’aspiration de la population israélienne à un dirigeant à poigne pour mater l’intifada, le soulèvement palestinien, et lui redonner confiance, l’a emporté sur toutes les autres considérations, balayant le Premier ministre sortant Ehud Barak. M. Sharon, l’un des derniers représentants de la génération des bâtisseurs de l’État juif, s’était présenté lors de la campagne comme l’homme providentiel qui apporterait «l’unité», la «sécurité» et la «paix véritable». Pour réaliser cette unité, il a promis d’œuvrer très vite à...