Il dirige le Conservatoire national supérieur de musique du bout de ses baguettes fermes mais musicales, tout comme il dirige des grands orchestres d’ici et d’ailleurs. Avec la même prestance. Walid Gholmieh a voué sa vie à une seule cause : la musique. Cet amour a porté bien des fruits. C’est évidemment sur fond de musique classique que Walid Gholmieh nous reçoit. Une musique qui ne tarde pas à s’éclipser, presque par respect, laissant la place à la voix grave et profonde du maestro des lieux. Walid Georges Gholmieh, compositeur, chef d’orchestre, musicologue, époux de Elham Nadda, «un excellent auditoire !», mais surtout, surtout, «fils de la région de Jdeidet Marjeyoun, une localité réputée pour l’importance qu’elle accorde à la culture». «Je suis né, poursuit-il, abandonné à la douceur des souvenirs, dans une maison qui ressemblait à toutes ces maisons, où les livres, les magazines, la lecture et les études remplissaient tout notre temps». À la mort prématurée de son père, Walid, qui n’a que six ans, découvre la mandoline et le violon, abandonnés par l’absent. «J’étais un enfant très indiscipliné. La seule chose qui me calmait, me dit-on encore aujourd’hui, c’était les disques que l’on me passait sur le grand phonographe familial, “His Master’s Voice”». Encouragé par Olga, la tante paternelle, et par un voisin curé, il déchiffre tout seul le langage de ces deux instruments et leur doigté similaire. L’envie d’apprendre encore plus le prend et le mène à Saïda, au Gerard Institut, puis à Beyrouth. Impatient et décidé, il apprendra toutes les notes, les mélodies, de nouveaux instruments, l’accordéon, la trompette, dans les cours du Conservatoire national d’abord, puis de l’institut Sami Salibi. Il aura comme professeurs Edouard Gehchan, Gisèle Saba, Toufic Succar et enfin le professeur Wooldridge. Jonglant avec tous ces cours en même temps, «ce qui était interdit !», il poursuit parallèlement ses études en physiques et mathématiques à l’AUB. « Je ne pense pas, précise-t-il, qu’il puisse exister un bon musicien qui ne soit pas mathématicien. Il faut savoir mesurer, calculer la violence, l’intensité, la transparence, les coupures, la continuité ou l’harmonie d’une composition». La carrière musicale du jeune Walid semble bien tracée, il apprend vite et possède son violon avec la parfaite maîtrise de ses vingt ans. C’était sans compter sur les surprises d’un hasard qui lui écrira de nouvelles notes pour une symphonie inachevée. La composition En 1959 et durant un match de football sur les terrains de l’Université américaine de Beyrouth, Walid tombe sur les doigts de sa main gauche et se fracture le majeur. «J’étais en train de préparer un concerto de violon». De – mauvais – plâtres en piètre récupération, adieu Beethoven, veaux vaches cochons, le virtuose ne peut plus rêver d’un duo professionnel avec son instrument préféré. «C’est ainsi que je suis passé de l’interprétation à la composition». C’est ainsi et avec la même passion qu’il se met à écrire, lire, faire des recherches et attendre ce premier contact prometteur qui va arriver en 1961. Nouhad Chehab, alors responsable de la chorégraphie du Festival de Baalbeck, propose son nom, «“Les Vierges de Afqa”, mon premier travail pour le festival, sera interrompu par des problèmes de production». Qu’à cela ne tienne ! Walid rencontre alors Roméo Lahoud et c’est le début d’une grande complicité artistique et d’une longue collaboration. En 1963, le jeune Gholmieh, fort de ses 21 ans, signe la musique du spectacle de son acolyte, Chalal, et fonde avec lui le – premier – théâtre permanent, au cinéma Phoenicia, de l’hôtel du même nom. Les festivals se multiplient, Baalbeck en 67 et 68, Ehden, Byblos. Walid Gholmieh dirige de nombreux orchestres, certains pour lesquels il compose également, et fait son tour du monde en musique Paris, Bruxelles, Genève, Lausanne, Jarach, Sydney, Abou Dhabi constitueront quelques-unes de ses escales. Mais son œuvre essentielle, celle dont il s’enorgueillit le plus, demeure sans doute le Conservatoire national libanais. Une renaissance L’aventure du Conservatoire… Walid Gholmieh sourit, heureux d’avoir réussi, en quelques années, à accomplir une grande partie de ses ambitions en mettant sur pied une véritable institution. L’organisation est parfaite, les chiffres sont là, sans doute le côté rationnel et mathématicien du musicologue, et la fierté de la réussite. «Lorsque j’ai pris ce projet en 1991, il n’y avait rien. L’immeuble de Sin el-Fil était détruit, idem pour l’Unesco et la rue Monot. Deux cent élèves étaient inscrits, dont 48 permanents. Aujourd’hui, nous pouvons compter 13 départements, dont un à la prison de Roumieh, ainsi que 4 800 élèves inscrits et présents, un matériel complet et des programmes réactualisés». Il ajoute : «Je suis surtout très heureux d’avoir fondé l’Orchestre national libanais, l’Orchestre symphonique national et l’Orchestre national libanais pour la musique arabe et orientale». Son seul regret, léger : «Avec tout cela, je n’ai plus le temps de composer». Si c’était à refaire ? «Peut-être bien que je referais la même chose. Avec la même discipline et la même exigence». Et encore plus de musique, maestro ! Carla HENOUD
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il dirige le Conservatoire national supérieur de musique du bout de ses baguettes fermes mais musicales, tout comme il dirige des grands orchestres d’ici et d’ailleurs. Avec la même prestance. Walid Gholmieh a voué sa vie à une seule cause : la musique. Cet amour a porté bien des fruits. C’est évidemment sur fond de musique classique que Walid Gholmieh nous reçoit. Une musique qui ne tarde pas à s’éclipser, presque par respect, laissant la place à la voix grave et profonde du maestro des lieux. Walid Georges Gholmieh, compositeur, chef d’orchestre, musicologue, époux de Elham Nadda, «un excellent auditoire !», mais surtout, surtout, «fils de la région de Jdeidet Marjeyoun, une localité réputée pour l’importance qu’elle accorde à la culture». «Je suis né, poursuit-il, abandonné à la douceur des...