Élu triomphalement Premier ministre il y a moins de deux ans, Ehud Barak, un ancien général au visage poupin qui s’était fixé l’objectif ambitieux de mettre fin au conflit israélo-arabe, risque fort d’être chassé du pouvoir sans ménagement, victime à la fois de l’Intifada et de ses incessantes volte-face. «Le public n’aime tout simplement pas Barak. Un point c’est tout». C’est par cette formule lapidaire que l’éditorialiste du quotidien Maariv, Hemi Shalev, résumait récemment le drame du Premier ministre, surnommé «Napoléon» pour ses qualités de stratège militaire, mais aussi en raison de sa petite taille et de son embonpoint, ainsi que son style de gouvernement autocratique. Une dirigeante de l’opposition de droite a résumé par un mot cruel ce rejet de M. Barak par ses compatriotes en affirmant que même s’il était opposé à un manche à balai, il serait battu. Car si M. Barak, né il y a 58 ans dans un kibboutz (village collectiviste), a été un militaire brillant, il s’est avéré, en revanche, un piètre politicien. Il risque d’abord de payer la note de l’Intifada (soulèvement palestinien), qui a déjà coûté la vie à 51 juifs israéliens et instauré dans la population un profond sentiment d’insécurité et de vulnérabilité. L’ancien baroudeur, «le soldat le plus décoré d’Israël», comme le rappelaient avec complaisance ses spots durant sa campagne victorieuse de 1999, était arrivé au pouvoir en proclamant sa volonté de parvenir à la paix avec les Palestiniens, mais aussi avec la Syrie et le Liban, d’ici à septembre 2000. Il n’a pourtant jamais été un partisan enthousiaste du processus de paix avec les Palestiniens né en 1993 à Oslo, mais se dit «réaliste». «J’ai vu trop de personnes proches de moi se faire tuer, j’ai enterré trop de gens et j’ai rendu visite à trop de veuves et d’orphelins», disait-il en décembre dans une interview au quotidien Yediot Aharonot. Pour parvenir à la paix, il n’a pas hésité – avec courage selon ses partisans, inconscience selon ses détracteurs, dont les plus extrémistes parlent de trahison – à faire voler en éclats certains tabous, notamment celui de l’indivisibilité de Jérusalem. Une hérésie aux yeux de nombreux juifs, d’autant qu’il s’était engagé durant la campagne de 1999 à ne pas proposer la division de la Ville sainte. Mais les sondages montrent que la désaffection du public à son égard est aussi due à un style maladroit, qui ressemble à s’y méprendre à de l’arrogance, et à ses perpétuels zigzags politiques, qui donnent l’image d’une girouette. Il consulte peu et met ses alliés devant le fait accompli, comme il l’a encore montré en décembre lorsqu’il décida de démissionner. «Je n’ai aucune arrogance», assurait-il pourtant au Yediot Aharonot. Mais, admettait-il, «il y a des choses que je dois régler en ce qui concerne la manière dont je travaille et mes relations avec les autres». Il a tenté d’humaniser son image durant la campagne en jouant la carte de l’humilité, qui lui convient mal, assurant par exemple qu’il était désolé pour les erreurs qu’il avait faites. Pour sa part, son épouse, Nava, est allée jusqu’à dire que son mari était un tendre auquel certains poèmes arrachent des larmes et qui «pleure toujours pendant les films tristes». Et de rappeler que M. Barak joue du piano avec émotion. Rien, pourtant, ne laissait prévoir un tel rejet par l’opinion publique lorsque M. Barak fut élu Premier ministre le 17 mai 1999 face au chef de gouvernement sortant, Benjamin Netanyahu, avec une majorité record de 56 % des suffrages contre 44 %. Sa victoire semblait alors le couronnement logique d’une carrière exemplaire qui, comme celle de tant d’autres leaders politiques en Israël, avait débuté sous l’uniforme à l’âge de 17 ans. M. Barak devait monter un par un tous les échelons de la hiérarchie militaire jusqu’au poste de chef d’état-major, après un passage chez les commandos marqué par plusieurs coups d’éclat. En 1995, alors qu’il vient de quitter l’uniforme, Yitzhak Rabin, qu’il considère comme son mentor, lui offre le poste de ministre de l’Intérieur. À la suite de l’assassinat de Rabin, son successeur, Shimon Peres, fait de M. Barak son ministre des Affaires étrangères. Après la défaite de M. Peres aux élections de mai 1996, M. Barak l’évince de la direction du Parti travailliste. Leurs relations sont depuis exécrables. Amateur de littérature, M. Barak a trois filles.
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