L’ex-président Boris Eltsine a fêté hier ses 70 ans à l’hôpital, où héros de la journée en Russie, il a reçu la visite de son successeur Vladimir Poutine tandis que la presse faisait l’éloge de l’«homme de la liberté», fossoyeur de l’URSS. Vladimir Poutine et le Premier ministre Mikhaïl Kassianov ont offert de gros bouquets de roses rouges à l’ex-président, hospitalisé pour une grippe selon ses médecins. En pull, celui qui a régné sur le Kremlin de juin 1991 au 31 décembre 1999, les a accueillis debout et en souriant avant de boire une coupe de champagne en leur compagnie, selon les images diffusées par les télévisions. M. Poutine a offert à son prédécesseur des cassettes contenant l’enregistrement de tous ses discours prononcés pendant son second mandat, entamé en juillet 1996, selon le quotidien Kommersant. Souffrant d’un accès de fièvre, Boris Eltsine est hospitalisé depuis mardi à Moscou et paraissait affaibli par la maladie. Son épouse, Naïna, a affirmé que la température de son mari avait baissé. «Dieu existe, il nous a aidés», a-t-elle commenté sur la chaîne publique ORT. «C’est triste de fêter un anniversaire à l’hôpital. Selon les médecins, Boris Nicolaïevitch est en train de se rétablir. Ce dont nous sommes heureux», a-t-elle ajouté. M. Eltsine a souffert de nombreux ennuis de santé ces dernières années. Il a été au total hospitalisé officiellement 13 fois au cours de ses deux mandats, notamment pour subir un quintuple pontage coronarien en novembre 1996. Boris Eltsine a démissionné avant la fin de son second mandat le 31 décembre 1999, désignant Vladimir Poutine, qui était alors son Premier ministre, comme son «héritier». Il n’a fait depuis que de rares apparitions publiques. Parmi les nombreux hommages, le dernier président de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev a déclaré qu’il «n’en voulait pas à Boris Eltsine» qui a largement contribué à sa chute et à celle de l’URSS en 1991. La presse a fait son éloge allant jusqu’à le qualifier de «seul et unique, comme le premier amour». «Si les résultats de ses réformes économiques peuvent être contestés, c’est l’homme qui a offert au pays la liberté de la presse et les droits civiques», soulignait le quotidien Kommersant. «Il a compris que toucher à la liberté de la presse serait mortel pour une société qui peine à sortir de la fosse d’aisance du totalitarisme», ajoutait Izvestia alors qu’un conflit oppose le Kremlin au groupe de presse d’opposition Media-Most. Selon sa fille, Tatiana Diatchenko, la première année de retraite de l’ancien président a été «difficile», et son père a éprouvé du «chagrin» pour plusieurs événements qui ont suivi sa démission, en particulier le naufrage du sous-marin Koursk et la restauration de l’hymne soviétique. Elle a également confié que Boris Eltsine avait été très «attristé» par l’arrestation le 17 janvier à New York de Pavel Borodine, l’ex-intendant du Kremlin, accusé de blanchiment d’argent présumé dans l’affaire Mabetex. Le nom d’Eltsine et de ses deux filles ont été mêlés à cette affaire. Très critiqué dans les dernières années de sa présidence avec un taux de popularité au plus bas, l’ancien président a fait la Une cette semaine de plusieurs magazines, sur fond de nostalgie pour une époque où les libertés en Russie n’avaient jamais été aussi grandes. La chaîne publique RTR devait diffuser hier soir une émission consacrée à la vie de retraité du «Premier président de la Russie», son titre officiel. «Les Russes ont toujours eu pitié des malades, de ceux qui ne sont plus au pouvoir. Eltsine ne gène personne, il n’a plus d’adversaire politique. Poutine doit son poste à Eltsine et il ne l’oublie pas», conclut le politologue Evgueni Volk.
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