Convaincus qu’il faut hâter la venue du Messie en reconstruisant le Temple juif à la place du troisième lieu saint de l’islam, l’Esplanade des mosquées, les «fous du Temple», des juifs d’extrême-droite, inquiètent les autorités au moment où l’avenir de ce lieu doublement saint est au cœur d’un débat passionné. Pressés de parvenir aux temps messianiques, ils sont des centaines à se consacrer aux préparatifs du troisième Temple, le premier datant de l’époque de Salomon, selon la Bible, et le deuxième remontant au roi Hérode, il y a 2 000 ans. Torah en main, ils ont reconstitué les encens, les balayettes à cendres pour les sacrifices d’animaux, les instruments de musique (lyres, harpes et trompettes) en argent, les costumes beiges en lin des prêtres et l’énorme chandelier à sept branches en or massif. Le tout est exposé, en attendant d’être utilisé, dans le musée de «l’Institut du Mont du Temple», que les élèves du pays visitent pour se faire une idée de la vie au Temple et qui a été financé par le ministère israélien de l’Éducation. Attenant au «musée», se trouve le point d’observation sur l’Esplanade, jumelles fournies. Sur le côté, est exposé le plan du Mont du Temple, pour comparer. Un vernis pédagogique qui ne convainc pas tout le monde. À cet égard, la brochure de l’Institut est claire. «Notre objectif à court terme est de ranimer la flamme du Mont du Temple dans les cœurs de l’humanité. À long terme, il est de faire le plus possible pour amener à la construction du Temple saint, de nos jours». Or, à l’endroit où se dressait, selon la Bible, le Temple de Salomon, s’élèvent actuellement le dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam. L’Esplanade des mosquées est l’un des points les plus sensibles des négociations entre Israéliens et Palestiniens, ceux-ci exigeant la souveraineté sur les lieux, ce qu’Israël refuse. Le judaïsme orthodoxe interdit aux juifs d’y monter pour ne pas désacraliser le lieu. Il interdit aussi de vouloir hâter la venue du Messie autrement que par la prière et le respect des commandements divins. Au rez-de-chaussée du «point d’observation», entre un homme vêtu d’une veste bleue et d’un képi. C’est un «garde du Temple». Depuis des mois, ils sont cinq, chaque jour différents, à monter la garde près du Mur des Lamentations, dernier vestige du second temple juif, détruit par les Romains en l’an 70 de l’ère chrétienne. «Il est temps que le peuple juif se prenne en main... Bientôt, le “balagan” (bordel) va commencer», prévient un de ces gardes, Yehosafat Tor, 30 ans. D’ailleurs, dit-il, il serait «ravi» que les mosquées «explosent». C’est là une crainte majeure de tous les services de sécurité israéliens, qui redoutent un acte extrémiste qui mettrait le feu aux poudres dans toute la région. Une inquiétude partagée par le Centre pour la protection de la démocratie en Israël, qui s’alarme de l’idéologie de la dizaine d’organisations se réclamant du Mont du Temple. «Ils ont une vision théocratique de l’État d’Israël. Au-delà de la question du Mont du Temple, c’est une lutte pour le visage que doit avoir l’État d’Israël», estime Yizhar Be’er, responsable du Centre et auteur d’un rapport sur le sujet. Les «fous du Temple» appartiennent à la nébuleuse d’extrême droite et nombre de ses activistes ont un casier judiciaire pour des activités violentes d’ordre nationaliste. Le directeur de l’Institut du Temple, le rabbin Israël Ariel, était un membre influent du parti Kach, le mouvement juif extrémiste antiarabe du rabbin Méir Kahane, désormais hors la loi. «Ils sont dangereux car ils sont dans une logique de phases. Quand tout sera prêt (rituels, objets...), il ne restera plus qu’à construire le Temple et on s’approche de ce temps», explique M. Be’er. Un des problèmes des «fous du Temple» est de trouver un des attributs essentiels du Temple : la «Vache rousse» dont les cendres serviraient à purifier les futurs prêtres. En 1997, ils pensaient l’avoir trouvée, mais deux poils blancs sur la queue de l’animal ont coupé court aux espérances. «Ce qui sépare Israël de la catastrophe, ce sont ces deux poils blancs», avertit M. Be’er.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Convaincus qu’il faut hâter la venue du Messie en reconstruisant le Temple juif à la place du troisième lieu saint de l’islam, l’Esplanade des mosquées, les «fous du Temple», des juifs d’extrême-droite, inquiètent les autorités au moment où l’avenir de ce lieu doublement saint est au cœur d’un débat passionné. Pressés de parvenir aux temps messianiques, ils sont des centaines à se consacrer aux préparatifs du troisième Temple, le premier datant de l’époque de Salomon, selon la Bible, et le deuxième remontant au roi Hérode, il y a 2 000 ans. Torah en main, ils ont reconstitué les encens, les balayettes à cendres pour les sacrifices d’animaux, les instruments de musique (lyres, harpes et trompettes) en argent, les costumes beiges en lin des prêtres et l’énorme chandelier à sept branches en or...