La veuve d’un dirigeant palestinien assassiné par l’armée israélienne a demandé hier à la justice de faire cesser la politique de liquidation des activistes palestiniens, braquant les projecteurs sur un aspect controversé de la répression de l’intifada. La plainte a été déposée devant la Cour suprême israélienne par Naila Atiah, l’avocate de la femme du docteur Sabet Sabet qui a été tué de plusieurs balles à la poitrine, selon les Palestiniens et les médias israéliens, par l’armée israélienne le 31 décembre. «Israël ne peut pas affirmer qu’il est légal de tuer des gens», a déclaré Me Atiah, une Arabe israélienne. Le docteur Sabet était le dirigeant à Tulkarem (Cisjordanie) du Fateh, le mouvement du président palestinien Yasser Arafat, et directeur général du ministère palestinien de la Santé. Me Atiah a affirmé à des journalistes qu’elle avait rassemblé des preuves sur 31 assassinats similaires depuis le début de l’intifada, le 28 septembre. Dans le cadre de sa politique de répression de l’intifada, Israël a assassiné plus d’une dizaine de militants de différents mouvements palestiniens, mais le docteur Sabet a été le premier responsable de ce niveau à être la cible de cette politique. Son assassinat a suscité de nombreuses critiques de cette pratique, publiquement défendue par le Premier ministre israélien Ehud Barak et d’autres responsables de son entourage. En décembre, le vice-ministre de la Défense Ephraïm Sneh a déclaré que l’armée poursuivrait ses pratiques et s’en prendrait «à tous ceux qui sont impliqués dans des opérations terroristes». «C’est notre droit de défendre nos civils et nos combattants», avait renchéri M. Barak. Me Atiah a précisé que sa plainte contre M. Barak, qui est également ministre de la Défense, était motivée par l’interdiction légale de procéder à des exécutions sans jugement. Cette pratique a été qualifiée par les Palestiniens de «terrorisme d’État». Le ministre palestinien de l’Information Yasser Abed Rabbo a déclaré hier que les Palestiniens s’efforceraient de faire porter au gouvernement de Barak la responsabilité de ces assassinats. «Nous ferons tout, y compris déclarer que les membres de ce gouvernement sont des criminels de guerre, passibles d’un procès devant une cour internationale», a-t-il affirmé. Le député israélien du Parti du centre, Dan Méridor, a critiqué cette pratique dans un éditorial du quotidien Haaretz, le 4 janvier, estimant qu’un «État démocratique ne peut pas adopter une politique de liquidation pour dissuader et punir». La mort de Sabet a révolté une partie du camp de la paix en Israël en raison de ses liens de longue date avec des militants pacifistes. Yehudit Harel, activiste de La Paix maintenant a rencontré Sabet en 1988, lors de la première intifada. Quand le fils de Yehudit Harel est mort dans un accident de voiture en 1994, Sabet a assisté à son enterrement dans un cimetière militaire. À la suite d’une vague d’attentats-suicide en 1995, il a participé à des groupes de discussions avec des Israéliens. «Quand Barak a été élu, Sabet a dit que nous étions plus près de la paix», a raconté Mme Harel. Le mois dernier, ils ont parlé au téléphone pour la dernière fois. «Il avait l’air préoccupé, mais gardait l’espoir», a-t-elle poursuivi. Le porte-parole du mouvement La Paix maintenant Didi Remez, qui soutient la plainte, a déclaré qu’il espérait que la Cour suprême ferait droit à cette requête et ordonnerait à l’armée de mettre fin à ces pratiques. Cette juridiction doit annoncer d’ici à la fin de la semaine si elle entend donner suite à cette plainte. «Nous voulons montrer qu’il existe un groupe de personnes, non négligeable, en Israël qui n’est pas prêt à accepter des actes antidémocratiques comme les exécutions sommaires, même en temps de guerre», a commenté M. Remez.
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