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Actualités - Chronologie

SYNDICATS- Un médiateur pour faciliter le dialogue Enseignants: leçons d'une grève

À la suite d’une grève d’un mois, les enseignants ont reçu partiellement satisfaction concernant leur principale revendication financière : au lieu de 60 % de majoration salariale, ils ont obtenu 30 % pour le travail supplémentaire qu’ils effectuent. Cette solution porte à réfléchir sur l’avenir du mouvement syndical au Liban. On peut s’interroger d’abord sur les rapports qui doivent s’instaurer entre les différents corps intermédiaires, dont les syndicats, et l’autorité politique. Elle doit inciter ensuite les syndicats à s’interroger sur les meilleurs moyens de combler le fossé d’indifférence qui les sépare d’une importante partie de l’opinion publique. La grève des enseignants, la première sous le mandat Lahoud, a constitué un test révélateur des aptitudes du gouvernement, considéré comme prosocial, à entamer un dialogue en profondeur avec un organisme constitué, le plus soudé du pays et le plus imperméable aux pressions et aux intimidations. Jeudi 22 juillet, les enseignants du secondaire, qui refusent d’entamer la correction des examens officiels depuis plus de 30 jours, organisent un sit-in devant les locaux du ministère de l’Éducation, prélude à un durcissement de leur mouvement. Le lendemain vendredi, le député Talal Merhabi fait état devant les journalistes d’informations suivant lesquelles le chef de l’État, qui l’avait reçu dans la matinée, «serait favorable à une solution négociée de la crise». Le même jour, le bureau exécutif de la Ligue est reçu, «à sa demande», par le président de la Chambre M. Nabih Berry, qui se déclare prêt à intervenir pour organiser une réunion avec le ministre, M. Mohammed Youssef Beydoun. Ces deux facteurs, qui devaient se révéler déterminants pour la solution de la crise, que signifient-ils ? Que le chef de l’État et le président de la Chambre avaient jugé la situation assez préoccupante pour intervenir directement, court-circuitant du coup le ministre en charge du dossier ainsi sans que l’ensemble du Cabinet Hoss. Rentré tard dans la soirée du vendredi , après une journée passée à Damas, M. Beydoun trouve malgré tout le temps de recevoir le bureau exécutif de la Ligue, ce qu’il avait refusé de faire jusque- là. Le lendemain, une solution est trouvée. Ce flash-back des événements de la semaine dernière permet de dégager les observations suivantes : 1. – Les 125 000 élèves affectés par la grève sont des privilégiés. C’est vrai, ils ont dû attendre le bon vouloir de l’autorité politique, inquiète de voir se prolonger la crise que le ministère de l’Éducation parvienne à la régler. Toutefois, ils se doivent de constater qu’ils constituent une catégorie sociale privilégiée. L’intérêt qu’on porte aux conflits sociaux au Liban est tributaire de la couche sociale qu’ils touchent. Il incombe aux syndicats de combattre s’ils ne veulent pas courir le risque de se voir qualifiés d’élitistes. Tout mouvement de contestation, si modeste soit-il, doit pouvoir susciter le même intérêt et la même mobilisation que les grands mouvements car le droit est un, et tout mouvement syndical qui accepte de perdre les petites batailles risque de perdre les grandes un jour. Le sort que connaît actuellement la CGTL devrait porter plus d’un corps intermédiaire à réflexion. 2. – L’intervention du chef de l’État et celle du président de la Chambre ont été perçues par l’opinion publique comme un désaveu sinon de la politique gouvernementale, à tout le moins de celle du ministre en charge du dossier. Dans une démocratie occidentale, pour beaucoup moins que cela, le ministre aurait démissionné. Au Liban, les grandes solutions restent tributaires d’arrangements qui font perdre à l’activité syndicale sa vraie portée mobilisatrice. Si le scénario de la semaine dernière venait à se répéter, la valeur morale de la solution dictée finirait immanquablement par supplanter celle de la solution conquise, ce qui réduirait considérablement l’autorité morale des mouvements syndicaux. Une leçon à méditer pour la Ligue des enseignants. 3. – Mettre en confrontation directe, dès les premiers jours d’un mouvement de grève, l’autorité politique et le mouvement syndical, ne relève pas d’une bonne stratégie. Un médiateur, comme à l’européenne – ou de préférence un ombudsman à la Scandinave – est à conseiller dans pareilles situations, pour élaborer les moutures des projets d’accord. Les parties au conflit ont tout intérêt à recourir à un tel procédé car il faciliterait le dialogue et toutes les parties seraient traitées à égalité. Cette proposition concerne aussi l’État qui, d’une certaine façon, joue le rôle de patron. L’entrée en scène d’un médiateur dans les conflits sociaux serait en outre de nature à couper court à toute velléité de parade des politiciens, quels qu’ils soient. Il est conseillé aux syndicats d’inscrire cette proposition à l’ordre du jour de leur action à long terme, car elle pourrait leur éviter les «suggestions» que l’on voudrait leur imposer. 4. – L’alerte de la semaine dernière a été chaude. Les enseignants ont lancé un avertissement et n’ont pas hésité à passer à l’action. Ils ont encore d’autres dossiers qu’ils entendent discuter avec le gouvernement. Entre-temps, leur Ligue se doit de mener une campagne d’information, notamment dans les milieux qui connaissent mal les problèmes des instituteurs des écoles officielles. La bataille de la semaine dernière aurait peut-être connu une issue différente si l’ensemble de l’opinion publique avait été mieux informée, et par le fait même plus réceptive. Jusqu'à présent personne n’a décrété au Liban la fin de l’État-providence , du moins pas sous le régime actuel. Cela suppose que les corps intermédiaires auront toujours leur rôle à jouer comme trait d’union entre l’État et les différentes couches sociales qu’ils sont censés représenter. La dernière expérience n’a pas été probante à ce niveau car l’on a assisté à un sauvetage de dernière minute plutôt qu’à une victoire sur le terrain qui aurait consolidé l’État de droit. C’est cette dernière stratégie que les syndicats devraient essayer d’adopter, en sensibilisant à leur cause l’ensemble du pays, avec ses différentes composantes sociales et politiques.
À la suite d’une grève d’un mois, les enseignants ont reçu partiellement satisfaction concernant leur principale revendication financière : au lieu de 60 % de majoration salariale, ils ont obtenu 30 % pour le travail supplémentaire qu’ils effectuent. Cette solution porte à réfléchir sur l’avenir du mouvement syndical au Liban. On peut s’interroger d’abord sur les rapports qui doivent s’instaurer entre les différents corps intermédiaires, dont les syndicats, et l’autorité politique. Elle doit inciter ensuite les syndicats à s’interroger sur les meilleurs moyens de combler le fossé d’indifférence qui les sépare d’une importante partie de l’opinion publique. La grève des enseignants, la première sous le mandat Lahoud, a constitué un test révélateur des aptitudes du gouvernement, considéré comme...