Le Royaume-Uni est devenu un terrain d’action privilégié pour la contrebande de cigarettes, aux mains de criminels organisés qui ont découvert un marché très rentable et en pleine croissance grâce à des taxes élevées. Les douanes estiment que les contrebandiers ont vendu au total en 1998 pour 1,5 milliard de livres (2,26 milliards d’euros) de cigarettes et tabac à rouler à prix cassés. Les mêmes quantités vendues aux prix normaux auraient rapporté 1,7 milliard de livres (2,6 milliards d’euros) de recettes fiscales à l’État. La contrebande alimenterait 15 % de la consommation nationale de tabac, ce qui rapproche le Royaume-Uni de pays comme l’Espagne et l’Italie, touchés depuis plus longtemps. «Le trafic par des gangs organisés est apparu à la mi-1996 et il a vraiment décollé en 1997-1998», explique Harry Woodward, inspecteur des douanes, spécialisé dans la lutte contre ce type de contrebande à grande échelle. Auparavant, l’avènement du marché unique européen en 1993, avec la suppression des contrôles aux frontières, avait encouragé le trafic. Mais celui-ci se limitait jusqu’alors au phénomène dit des «camionnettes blanches», véhicules loués pour l’occasion par des contrebandiers amateurs pour faire l’aller-retour avec le continent et profiter de la différence de prix pour dégager un petit bénéfice en revendant les cigarettes autour d’eux. Aujourd’hui, ce sont des semi-remorques entiers, transportant jusqu’à dix millions de cigarettes, qui traversent la Manche. De telles quantités nécessitent une organisation tout autre. Faux documents Les trafiquants doivent ainsi se fournir auprès de grossistes et produire de faux documents d’exportation. La destination fictive est toujours située à l’extérieur de l’Union européenne pour rendre plus difficiles les recoupements. La Pologne, le Monténégro ou encore la Macédoine sont souvent choisis. Pour l’entrée en Grande-Bretagne, le tabac est caché derrière des produits anodins. Mi-avril, les douaniers français ont découvert 5,6 tonnes de cigarettes derrière des articles de mercerie dans un camion britannique sur le point d’emprunter le tunnel sous la Manche. À l’autre bout de la chaîne d’intermédiaires, le fumeur pourra acheter son tabac dans les pubs, les discothèques, les marchés aux puces. Certains clients réguliers se font livrer à domicile. Les parkings d’usines sont des lieux de ventes bien connus. Le paquet de cigarettes se vend aux environs de 2 livres (3 euros) contre un prix dans le commerce compris entre 3 et 3,80 livres. «Il faut baisser immédiatement les taxes d’une livre par paquet et revoir la politique fiscale à plus long terme», affirme l’Association des fabricants de tabac dans une étude récente qui souhaite que le gouvernement revienne sur sa politique consistant à augmenter chaque année les taxes sur le tabac d’un niveau supérieur de 5 % à celui de l’inflation. Dans le dernier budget, le gouvernement a préféré débloquer des fonds supplémentaires pour la lutte contre le trafic. Mais les effectifs des douanes peinent à suivre l’expansion du marché et l’arrivée de trafiquants chevronnés. Des gangs qui, auparavant, se consacraient au trafic de drogue ont trouvé dans le tabac un filon à la fois moins risqué et plus rentable. «Je n’avais jamais vu autant d’argent», affirme M. Woodward qui a passé quatorze ans dans la lutte contre le trafic de drogue avant de se consacrer au tabac. «Il y a beaucoup plus d’argent à faire dans le tabac que dans la drogue et les risques sont moindres : la peine maximale encourue est de sept ans alors que les trafiquants de drogue risquent une peine d’emprisonnement à vie».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Royaume-Uni est devenu un terrain d’action privilégié pour la contrebande de cigarettes, aux mains de criminels organisés qui ont découvert un marché très rentable et en pleine croissance grâce à des taxes élevées. Les douanes estiment que les contrebandiers ont vendu au total en 1998 pour 1,5 milliard de livres (2,26 milliards d’euros) de cigarettes et tabac à rouler à prix cassés. Les mêmes quantités vendues aux prix normaux auraient rapporté 1,7 milliard de livres (2,6 milliards d’euros) de recettes fiscales à l’État. La contrebande alimenterait 15 % de la consommation nationale de tabac, ce qui rapproche le Royaume-Uni de pays comme l’Espagne et l’Italie, touchés depuis plus longtemps. «Le trafic par des gangs organisés est apparu à la mi-1996 et il a vraiment décollé en 1997-1998», explique...