Un apatride a attendu pendant onze ans dans les coursives de l’aéroport parisien de Roissy des papiers confirmant son statut de réfugié politique en Belgique et qui lui restituent la liberté de circuler. Né à Massede-Soleiman, en Iran, Karim Nasser Miran s’est retrouvé en 1988 sans papiers à l’aérogare-1 de Roissy-Charles-de-Gaulle, où il a depuis élu domicile entre une pizzeria et un stand de restauration rapide et où il est connu sous le sobriquet de Monsieur Alfred. «Je vais peut-être avoir confirmation de mon statut dans les prochains jours et être enfin libre de circuler où je veux», a-t-il dit. Le document lui conférant ce statut avait été délivré en 1981 par le Haut-commissariat belge aux réfugiés, puis égaré en 1988 par l’administration belge. Au début, explique l’apatride, «je cherche ma mère qui, selon certains, serait écossaise, et pour d’autres de nationalité danoise». «En 1974, j’ai quitté Téhéran pour Londres, mais les recherches des autorités britanniques sont toujours restées vaines». «Rentré en Iran, j’ai été arrêté, puis déchu de ma nationalité iranienne. J’ai alors tenté de voyager en Allemagne, puis en Russie et enfin aux Pays-Bas, mais à chaque fois j’étais expulsé, n’ayant pas de papiers en règle», ajoute-t-il. Autobiographie «J’ai finalement été autorisé à résider en Belgique» pendant cinq ans, poursuit-il. «J’ai appris que l’on avait retrouvé mon acte de naissance iranien en Grande-Bretagne», ajoute Monsieur Alfred. Il se considère alors comme citoyen britannique. Mais «toujours interdit de séjour en Angleterre, car je n’avais pas été reconnu par ma mère, je suis parti pour Paris et j’ai élu domicile sur ce banc à Roissy, pensant qu’un jour je pourrais partir plus vite la retrouver en Grande-Bretagne». À Roissy, il est conseillé par les médecins du service médical d’urgence de l’aéroport et pris en charge par les employés des bars et restaurants et le personnel de l’aéroport, qui lui permettent de se doucher ou de téléphoner. «À 54 ans, je n’ai pas perdu espoir», dit-il avec philosophie. «J’aimerais retourner à Bruxelles pour passer un diplôme. Je suis des cours par correspondance et la Poste de l’aérogare me garde tout mon courrier précieusement». Près de lui, sur un chariot qui ne le quitte pas, des cartons renferment le récit de sa vie, rédigé en anglais. «Tous mes habits sont dans ces sacs de sport surmontées d’un réveil mécanique, dont la sonnerie est réglée sur 7h. C’est mon heure pour faire ma toilette et commencer à étudier après avoir bu mon thé». «Mon avocat parisien s’occupe activement avec les autorités consulaires belges d’obtenir des documents officiels actualisés pour que je puisse enfin quitter Roissy, car ceux qui ont été retrouvés, et que j’ai reçus le 2 juillet, concernent les réfugiés politiques», précise-t-il sans se départir de son sourire.
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