Les 25 000 soldats de l’Otan déployés autour du Kosovo, en Albanie et en Macédoine, officiellement en mission humanitaire, ne sont pas assez nombreux ni équipés pour entrer en guerre contre la Serbie, mais pourraient le cas échéant aider les réfugiés à regagner leurs foyers. En marge de la campagne aérienne de bombardements en Yougoslavie, les pays de l’Otan ont envoyé ou sont sur le point de déployer 20 000 soldats en Albanie et au Kosovo, dont les missions sont strictement humanitaires. En Albanie, quelque 8 000 hommes, dirigés par le Britannique John Reith, sont attendus durant les prochains jours dans le cadre de l’opération Abri allié, la première mission humanitaire formelle dans laquelle l’Otan s’engage de son histoire. Ces soldats devront assurer la sécurité de l’arrivée de l’aide humanitaire, de son transport et de sa distribution aux réfugiés principalement regroupés dans le nord de l’Albanie. En Macédoine, environ 12 000 militaires, envoyés dans un premier temps pour constituer l’avant-garde d’une force de paix au Kosovo qui aurait été déployée si les Serbes avaient signé l’accord de Rambouillet, ont également pour mission de monter des camps pour y accueillir des réfugiés. Ils sont depuis fin mars sous le commandement du général britannique Michael Jackson, patron de l’état-major du Corps de réaction rapide de l’Alliance, mais ne sont pas lourdement armés. Seul le contingent allemand dispose de quelques chars. Outre ces 20 000 hommes, la Grande-Bretagne a décidé l’envoi en Macédoine de 1 800 hommes supplémentaires, avec 14 chars lourds et une batterie d’artillerie, selon un diplomate. Les États-Unis s’apprêtent pour leur part à envoyer en Albanie 2 000 soldats dont un bataillon de lance-roquettes, en appui des 24 hélicoptères Apache tueurs de chars déployés pour combattre les blindés des forces serbo-yougoslaves du Kosovo. Malgré ce total d’environ 25 000 hommes, quelques chars et pièces d’artillerie, des diplomates assurent que ces forces ont un équipement «trop léger» pour constituer une éventuelle avant-garde de troupes terrestres qui seraient déployées au Kosovo en l’absence de tout accord de Belgrade. En face, les forces serbo-yougoslaves au Kosovo sont composées d’au moins 40 000 hommes et équipées de quelque 300 chars. Selon les trois scénarios d’intervention terrestre préparés depuis l’été 1998 par les militaires de l’Otan, une offensive terrestre contre la Serbie requerrait 200 000 hommes et un armement lourd. Aujourd’hui, les pays de l’Otan «n’évoquent plus du tout» cette option, selon un diplomate. En cas de cessez-le-feu, mais sans accord politique de Belgrade, entre 60 000 et 80 000 militaires seraient indispensables. En cas d’arrêt des combats et d’accord de paix (le scénario de Rambouillet), 26 000 hommes seraient nécessaires. Les forces de l’Otan en Albanie et en Macédoine ne correspondent donc qu’à la dernière option, mais il n’est pas exclu qu’elles composent l’avant-garde d’une éventuelle force de sécurité internationale, déployée en urgence au Kosovo pour y favoriser le retour des réfugiés, selon des diplomates. Les 1 800 soldats britanniques supplémentaires envoyés en Macédoine «sont dépêchés sur place de façon que la Grande-Bretagne soit en position de jouer son rôle dans l’effort international qui sera fait pour que les réfugiés retournent au Kosovo en toute sécurité», avait affirmé le Premier ministre britannique Tony Blair. Reste à savoir si Slobodan Milosevic donnera ou non son aval à un tel déploiement pour déterminer le nombre de soldats nécessaires.
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