«En avril ne te découvre pas d’un fil». L’adage sert de thème à une exposition de textile que la galerie Artishow, rue Baroudy, accueille jusqu’au 30 avril. Il s’agit d’une présentation d’articles en coton égyptien ou viscose tissés à Nagada – un village des environs de Louxor –, selon des techniques traditionnelles. Nagada est un village de tisserands. Ses maisons en terre battue sont presque toutes équipées d’un métier manuel. Les habitants perpétuent une tradition millénaire. En effet, ils ont toujours fabriqué de l’étoffe à domicile. Du début du siècle à la fin des années quatre-vingts, la production de Nagada s’était focalisée sur un seul article : la «ferka», une écharpe rituelle en coton et soie, que portent les femmes soudanaises. Au début des années 90, les relations entre l’Égypte et le Soudan s’étant détériorées, l’artisanat de Nagada manque péricliter. Une organisation internationale, la «Canada Fund», tente alors de sauver cette tradition et fait appel à Michel Pastore, un potier-designer suisse, installé sur les rives du Nil. Pour relancer et diversifier la production, Michel Pastore conçoit des motifs modernes inspirés des dessins traditionnels. Epis, fleur, «ganabé», sorte d’ogive stylisée… Qu’il fait tisser par une dizaine d’hommes et de femmes du village. En 94, il s’associe avec Sylva Nasrallah, une styliste libanaise, diplômée d’Esmod Paris, et installée elle aussi en Egypte. Les deux designers mettent au point une ligne de vêtements et d’articles d’ameublement : vestes, gilets, abayas, nappes, sets de tables, coussins, porte-miroir, rideaux, tentures. Dans une gamme de couleurs allant du gris au bordeaux, en passant par l’écru, le bois de rose et le bleu, des étoffes qui ont la particularité d’être réversibles. Tissés donc à l’ancienne, les produits présentés sous le label «Nagada» gardent l’authenticité de l’artisanat. Relevée d’une pointe de design. Métiers millénaires Les techniques et le genre de matériel utilisés par les tisserands de Nagada sont les mêmes depuis deux mille ans. Les coupons produits sur de tels métiers ne dépassent pas les 80 centimètres de longueur. Il y a en fait deux tailles, 40 et 80 centimètres. Les tissus ainsi obtenus sont donc cousus entre eux pour les pièces de grandes dimensions.
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