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Actualités - Chronologie

Cinéma - Un livre sur le maître du suspense Mélanie, c'était Hitchcock

Comme tout cinéaste important, Alfred Hitchcock véhicule des stéréotypes. Dans son cas, un cinéaste ennemi de l’improvisation et attaché à contrôler la moindre seconde de son film. C’est cette image que s’attache à «dynamiter» Bill Krohn dans son ouvrage Hitchcock au travail, publié en France, résultat de huit mois de recherches intensives effectuées jusqu’en août dernier dans les archives personnelles du maître du suspense. Critique et historien du cinéma, Bill Krohn est également correspondant des Cahiers du Cinéma à Los Angeles. Son livre est le prolongement d’un article qu’il avait écrit pour les Cahiers sur North by Northwest. En prologue, il expose six propositions qu’il va s’attacher à amender au travers d’une étude minutieuse de la paperasse des studios : la fameuse absence d’improvisation, l’ennui du tournage, un découplage technique rigide, des story boards à valeur de Bible, le tournage en studio, le générique annonciateur du contenu. «Au début, je ne savais pas ce que c’était qu’un rapport caméra, un rapport script ou un rapport de production», dit-il. «Ce fut une leçon de cinéma très concrète». Hitchcock est l’un de ces nombreux cinéastes américains ou expatriés qui, dénigrés par la critique américaine, ont trouvé grâce auprès des cinéphiles français. Claude Chabrol et Eric Rohmer lui consacrent un ouvrage. Puis François Truffaut publie un livre d’entretiens qui fera référence, mélange d’admiration et de «qui aime bien châtie bien» (l’autocritique de Hitchcock étant encore plus sévère), d’érudition et de discussion d’esthètes. Quant à Jean Douchet, il développe une lecture formelle, symbolique, éthique et psychanalytique de l’œuvre hitchcockienne. Krohn vient enrichir ce matériau de la vérité administrative et technique d’un tournage. Les livres ou la télévision ont véhiculé une autre image de la filmographie hitchcockienne, celle de somptueux story boards. Si Hitchcock se moquait d’une certaine vraisemblance, il n’en respectait pas moins – frôlant parfois la maniaquerie – la reconstitution des lieux (voire des gens) et il est vrai qu’il souhaitait s’affranchir autant que possible du «chaos» du tournage par une préparation sans faille. Le modèle de « The Birds » Mais cela ne veut pas dire que le film évoluait de façon rigide en obéissant à un découpage technique gravé dans le marbre. Ainsi, certains story boards de «North by Northwest» par exemple n’ont été dessinés qu’après coup, pour les besoins de la promotion. «Les fameux story boards ont certainement propagé une idée du cinéma dont on voit les fruits dans le cinéma d’action actuel, celui des effets spéciaux», observe Krohn. Sur ce dernier point aussi, Hitchcock fait figure de modèle, surtout avec The Birds, d’après une nouvelle de Daphné du Maurier. Ce film marque un tournant à plus d’un titre. Obsédé – soi-disant – de maîtrise, Hitchcock s’emploiera à filmer ce qu’il y a de plus incontrôlable : des animaux, et en particulier des oiseaux, une nuée. Pour ce faire, il devra expérimenter à outrance. Et puis, il y avait la première apparition à l’écran de Tippi Heddren, dont on a dit que Hitchcock voulait faire une nouvelle Grace Kelly. Sur le tournage, Hitchcock a éprouvé des sensations qui «ne correspondaient pas du tout à l’idée qu’il avait de lui-même. Ce fut une expérience surprenante de faire un film dans un état d’angoisse, d’improviser avec les acteurs, de changer le scénario en cours de route», dit Krohn. On peut trouver des précédents dans la carrière de Hitchcock, comme s’emploie précisément à le montrer Krohn. «Mais c’est plus extrême dans The Birds, à cause de l’identification totale avec le personnage de Melanie Daniels incarné par Tippi Heddren, avec sans doute une obsession érotique vis-à-vis d’elle. Il aurait pu dire comme Flaubert, “Melanie, c’est moi!”». La collaboration de Hitchcock avec Tippi Hedren n’ira pas au-delà d’un second film, Marnie. Ces deux longs métrages et un projet qui ne vit jamais le jour –Marie-Rose – auraient dû constituer une trilogie. Ce triptyque amputé d’un volet est «peut-être un peu plus personnel que le reste», avance Krohn. Tourné vers le réel Les films de Hitchcock brillent aussi par leur composition, au point que des critiques y ont vu la projection de formes préexistantes dans l’esprit du maître, donc peu aptes à la transformation et à l’improvisation. Au contraire, «l’accumulation des formes à l’intérieur d’un film lui venait spontanément, de façon inconsciente, ce dont on peut s’apercevoir par les affinités existant entre ses films les plus disparates ou les plus éloignés dans le temps», affirme Krohn. Au terme de cette étude, «le seul a priori qui est resté, sans doute, c’est que c’était bien lui l’auteur des films», poursuit Krohn. «Je n’ai jamais démenti la politique de l’auteur; au contraire, je l’ai renforcée, mais être auteur n’est pas être démiurge, c’est être un cinéaste qui affronte chaque étape matérielle et y trouve son inspiration. L’instinct et la création au jour le jour faisaient partie de ses méthodes». Quelle est l’influence de Hitchcock aujourd’hui ? «Pour la profession, il reste un modèle à suivre et son enseignement a été entendu et compris», note Krohn. Steven Spielberg, Don Siegel et plus encore Brian de Palma passent parfois le temps d’un film pour ses épigones. Mais, ajoute Krohn, «après lui, le cinéma américain a changé pour le meilleur et pour le pire. Il semble qu’il se soit de plus en plus coupé du réel, du social, alors que j’ai pu constater à quel point Hitchcock était tourné vers le réel».
Comme tout cinéaste important, Alfred Hitchcock véhicule des stéréotypes. Dans son cas, un cinéaste ennemi de l’improvisation et attaché à contrôler la moindre seconde de son film. C’est cette image que s’attache à «dynamiter» Bill Krohn dans son ouvrage Hitchcock au travail, publié en France, résultat de huit mois de recherches intensives effectuées jusqu’en août dernier dans les archives personnelles du maître du suspense. Critique et historien du cinéma, Bill Krohn est également correspondant des Cahiers du Cinéma à Los Angeles. Son livre est le prolongement d’un article qu’il avait écrit pour les Cahiers sur North by Northwest. En prologue, il expose six propositions qu’il va s’attacher à amender au travers d’une étude minutieuse de la paperasse des studios : la fameuse absence...