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Actualités - Reportages

Familles Wajih Nahlé et ses enfants, une ruche de talents divers(photo)

Ce nom bourdonne dans le paysage artistique libanais depuis plus de quarante ans. Les Nahlé, et à leur tête le patriarche Wajih, présentent une palette de couleurs et de formes adaptées au goût de chacun des protagonistes. La famille Nahlé, artistes en herbe ou confirmés, fonctionne un peu comme les abeilles, ce qui est quelque part très naturel, avec un nom pareil ! La reine, devenue empereur, père, mentor silencieux mais très présent, a protégé et dirigé, presque inconsciemment, les hôtes de sa ruche qui l’ont suivi avant de voler de leurs propres ailes. Une ruche, perchée sur les collines de Rabyé, avec vue sur la mer et la ville, lieu de vie et de travail, de partage surtout. Une demeure facilement reconnaissable car sculptée par les mains de l’artiste, avec ses portes en béton, travaillées, moulées et un intérieur qui cache, puis dévoile, lorsque ces fameuses portent s’ouvrent, le travail de toute une vie. Et, brusquement, cette maison qui a vu grandir sept artistes et s’épanouir autant de talents finit par ressembler à un musée qui renferme les pièces les plus importantes du travail de Wajih. Tableaux et tapisseries au mur, sculptures et bas-reliefs incrustés partout. Puis elle redevient ce qu’ elle n’a cessé d’être, un havre où les enfants furent bercés par la folie artistique du père et la douce connivence de la mère. «Je me souviens de l’odeur de la peinture», dira Marwan, le «tout dernier», et puis les couleurs, presque abstraites, langage d’un père qui travaille encore aujourd’hui vingt heures par jour, en grand, et sans arrêt. Couleurs venues se déposer sur la chemise – de travail – de Marwan, empreintes d’une passion, souvenirs d’enfance… «Ma mère Mounira travaillait beaucoup avec mon père, elle peignait, sculptait; elle a sculpté ses cinq enfants, sans doute la chose la plus difficile». Elle a surtout partagé la passion d’un homme particulier, qui voulait plus que tout devenir peintre, trouver et affirmer son identité, exprimer cette énergie intérieure. «Je ne suis pas un peintre, je suis un créateur», tient-il à préciser. Né en 1932, à Beyrouth, «le pinceau à la main !», il a passé les premières années de sa vie auprès d’un père, Mahmoud, pompier de profession, dessinateur, «copieur», de vocation. «Il aimait reproduire des cartes postales, et moi, môme de six ans, je lui corrigeais son travail !», auprès d’une famille de 12 enfants, et surtout auprès d’un voisin, le peintre Moustafa Farroukh, qui devint, bien plus, son premier professeur. Wajih poursuit sa quête avec l’impatience d’un artiste qui se cherche, voyage beaucoup, à travers des pays, des cultures et surtout des musées. Il fréquente également les ateliers de Omar Onsi, s’essaye aux natures mortes, puis aux portraits. En 1954, il expose pour la première fois au Salon du Printemps, expérience renouvelée chaque année jusqu’en 1974. Son cheminement personnel, spirituel et artistique, va le mener petit à petit vers la calligraphie, le travail de la lettre arabe qu’il pétrit, manipule, fait danser et entraîne sur la grande surface de sa toile. Elle devient femme, source d’inspiration, sujet et forme, amante, maternité, derviches qui dansent, mouvement… Le mot clef qui l’agite, le stimule et le caractérise. Ses expositions personnelles et collectives, libanaises et internationales, ne se calculent plus, ni les nombreuses distinctions acquises au cours de ces années fécondes. Wajih Nahlé le «créateur», le peintre à l’huile, à l’aquarelle et à l’acrylique : «je travaille l’art spontané, le gestuel», le sculpteur : «je travaille des projets, des places», a «meublé» des espaces différents, bas- reliefs, tapisseries qui, de New York à Abou Dhabi, ont fait le tour du monde. «Je me cherche toujours, j’étudie encore ce que je vais faire demain !», et surtout, il assiste, satisfait et critique, à l’éclosion des talents de ses cinq enfants. Des sculptures bien vivantes Mounira et Wajih ont donc bien façonné leurs cinq sculptures préférées, aujourd’hui des adultes éparpillés dans le monde de l’art et le monde tout court. L’aînée, Gina, née en 1958, a étudié les beaux-arts aux BUC, avant de s’installer en Allemagne et d’épouser un monsieur Bauer. Sa peinture est décorative, avec un goût prononcé pour l’art égyptien et ses pharaons, et surtout l’érotisme, très présent dans ses tableaux. «C’est une personne intéressante, vivante, dynamique, qui aime le monde et sait ce qu’elle veut», dira d’elle son père. «J’aurais aimé être comme elle !». Wahid, venu au monde l’année suivante, est sans doute celui qui a le plus subi l’influence de son père. Après des études de publicité à Pittsburgh, il s’est tourné vers la peinture. «Je lui ai enseigné les techniques de l’art islamique et de la couleur, lorsque j’ai craint que quelqu’un ne me vole les secrets du métier… Il les a développées et adaptées à sa façon». Un style plus «américanisé», imbibé d’une culture dans laquelle il évolue. Lina Nahlé, devenue Lapalu, a vécu en Allemagne où elle a étudié la littérature allemande, après avoir «fait les beaux-arts» au Liban, et l’histoire et la philosophie à la Sorbonne. Elle a choisi la photographie, composée de transparences, pour exprimer ses émotions, et a même participé à une exposition au Salon d’Automne du Grand Palais. Joumana, 36 ans, a appris les arts appliqués, les beaux-arts et surtout la joaillerie et la mosaïque. Son travail, fabrication de bijoux, création de mosaïques et tableaux, a souvent été exposé à Paris et Beyrouth, «mais elle est très lente !», ajoute Wajih, impatient. «Marwan m’a surpris ! À son âge, j’étais moins bon». Marwan le poète spirituel, grand voyageur, qui ne pose ses bagages que pour une exposition, aux USA ou en France ou encore au Liban, qui travaille ses couleurs, chaudes, ses personnages, mystérieux, sur des petites surfaces, presque en réaction aux grandes toiles de son père. «Il nous a tous inconsciemment influencés. Mais chacun a trouvé son créneau. Il venait à mes premières expositions, regardait et achetait des toiles». Marwan, enfin, qui se destinait à la musique, il joue et compose sur sa guitare magique, et qui peint ce qu’il voit, ce qu’il ressent, avec un mysticisme silencieux mais présent. «Je ne me vois pas ailleurs…». Pourtant, c’est toujours «ailleurs» qu’on le trouve, autre ville, autre toile, autre quête. Avant de rejoindre sa parenthèse, indispensable escale, une ruche hospitalière où se mélangent à présent cultures, individus et styles différents.
Ce nom bourdonne dans le paysage artistique libanais depuis plus de quarante ans. Les Nahlé, et à leur tête le patriarche Wajih, présentent une palette de couleurs et de formes adaptées au goût de chacun des protagonistes. La famille Nahlé, artistes en herbe ou confirmés, fonctionne un peu comme les abeilles, ce qui est quelque part très naturel, avec un nom pareil ! La reine, devenue empereur, père, mentor silencieux mais très présent, a protégé et dirigé, presque inconsciemment, les hôtes de sa ruche qui l’ont suivi avant de voler de leurs propres ailes. Une ruche, perchée sur les collines de Rabyé, avec vue sur la mer et la ville, lieu de vie et de travail, de partage surtout. Une demeure facilement reconnaissable car sculptée par les mains de l’artiste, avec ses portes en béton, travaillées, moulées et un...