Jumah Khan est désespéré : il venait d’emprunter 20 millions d’Afghanis (200 USD environ) pour ajouter une pièce à sa ferme. Elle est partie en fumée, après le passage des taliban à Zar Khamar, un petit village de la province de Takhar (nord-est de l’Afghanistan) le mois dernier. D’Imam Saheb, dans la province de Kunduz, à Khawjaghar dans celle de Takhar, les taliban, au cours de leur retraite sous les coups de boutoir des troupes du commandant Ahmed Shah Massoud, ont tout brûlé sur leur passage : villages, récoltes ainsi que les maigres biens des paysans. Selon les organisations humanitaires présentes dans la région, plusieurs dizaines de villages ont été détruits, notamment dans les districts de Khawajaghar et Hazarbagh (Takhar) et Dast-i-Archi (province de Kunduz). «Rien que dans le district de Khawajaghar, une vingtaine de villages ont été détruits et plus de 2 300 maisons brûlées», affirme le représentant d’une organisation non-gouvernementale occidentale qui a demandé à ne pas avoir son nom cité. «Plus de 31 500 personnes sont sans abri», ajoute-t-il alors que son organisation va se lancer dans une course contre la montre avec l’hiver pour abriter ces populations paysannes dénuées de tout. Mais pour le commandant Shah Mahmood du village de Mingshukur, la situation est grave et il faut aller vite. «Si on vous avait attendus, on serait déjà morts», tonne ce fidèle du chef de l’opposition antitaliban le commandant Ahmed Shah Massoud devant le représentant d’une organisation humanitaire, alors que le froid et la pluie glacée de l’hiver se sont déjà abattus sur cette région désolée. Tous les villages détruits présentent le même spectacle de désolation : toits des maisons effondrés, poutres calcinées, murs noircis, alors que flotte encore la même odeur entêtante de cendre mouillée. «On va se débrouiller, assure-t-il, et à la fin de l’hiver les vivants seront vivants et les morts seront morts». Jusqu’à présent, la rage destructrice des taliban n’a fait que peu de victimes, les habitants ayant préféré fuir leur avance au début du mois d’octobre. Ils sont ainsi plus de 25 000 personnes à s’être réfugiées, sans pouvoir emporter grand-chose, dans des lieux plus paisibles de la province de Takhar, Kunduz ou même du Badakshan, situées dans l’extrême nord-est. Le mollah Abdul Latif, imam de la mosquée de Khwajaghar, est de ceux qui sont restés. Pauvrement vêtu, ce vieil homme à la longue barbe blanche, assure qu’il a vu les taliban venir jour après jour au nouveau bazar, piller les boutiques les unes après les autres puis y mettre le feu pendant plus de deux semaines. L’ancien et le nouveau bazar ont été complètement détruits. Le mollah Latif affirme sur le pas de la porte de sa pauvre mosquée qu’il y avait «beaucoup de Penjabi (Pakistanais) qui ne parlaient pas le dari» (le persan, la langue commune à beaucoup d’Afghans) parmi les assaillants. Le Pakistan est le principal soutien des taliban et l’opposition afghane a toujours affirmé que des Pakistanais se battaient à leurs côtés. «Ils se sont principalement attaqués aux villages ouzbeks, épargnant tous ceux peuplés de Pachtounes, l’ethnie des taliban», assure le commandant Mahmoud. Ces derniers, ajoute-t-il encore, se sont d’ailleurs repliés avec les taliban lorsque les forces de Massoud ont repris le 19 octobre les districts de Dasht-i-Archi et Imam Saheb ainsi que la ville de Sher Khan Bandar dans le nord de la province de Kunduz qui borde le Tadjikistan ainsi que Hazarbagh et Khwajaghar. Les forces des taliban ont été repoussées sur les positions qu’elles occupaient lorsqu’elles avaient lancé une offensive il y a un mois contre les troupes du commandant Massoud, selon ce porte-parole.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Jumah Khan est désespéré : il venait d’emprunter 20 millions d’Afghanis (200 USD environ) pour ajouter une pièce à sa ferme. Elle est partie en fumée, après le passage des taliban à Zar Khamar, un petit village de la province de Takhar (nord-est de l’Afghanistan) le mois dernier. D’Imam Saheb, dans la province de Kunduz, à Khawjaghar dans celle de Takhar, les taliban, au cours de leur retraite sous les coups de boutoir des troupes du commandant Ahmed Shah Massoud, ont tout brûlé sur leur passage : villages, récoltes ainsi que les maigres biens des paysans. Selon les organisations humanitaires présentes dans la région, plusieurs dizaines de villages ont été détruits, notamment dans les districts de Khawajaghar et Hazarbagh (Takhar) et Dast-i-Archi (province de Kunduz). «Rien que dans le district de Khawajaghar,...