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Actualités - Chronologie

Les civils tchétchènes entre le marteau russe et l'enclume islamiste

Ils ont voulu sauver leurs vies et leurs maisons de l’anéantissement par les bombes russes en demandant aux combattants islamistes de quitter leurs villages, mais ces civils tchétchènes se sont finalement retrouvés sous les coups de ceux qui affirmaient défendre leur cause. Les forces russes ont choisi, pour ne pas se retrouver dans l’impasse de la première guerre de Tchétchénie (décembre 1994 - août 1996), de pilonner de façon quasi aveugle les localités afin d’éviter au maximum les combats de rues et les pertes dans leurs rangs. Pour éviter l’anéantissement total, les «anciens» demandent aux combattants rebelles de quitter leurs villes et villages. Mais dans certains cas, ces derniers ont alors retourné leurs armes contre les civils qu’ils affirmaient défendre et vouloir libérer définitivement de l’emprise de Moscou, selon des témoins et des représentants d’organisations de défense des droits de l’homme. «En refusant de quitter les villages souvent indéfendables compte tenu de la supériorité militaire évidente de l’armée russe, les combattants wahhabites (extrémistes islamistes) font courir de gros risques aux civils», note un observateur sur place de Human Rights Watch (HRW), Peter Bouckaert. Alors qu’il se remet d’une blessure à l’hôpital de Nazran (Ingouchie), Ali Mourdalov, 42 ans, raconte comment les combattants wahhabites du chef de guerre Chamil Bassaïev s’en sont pris à la population de Staraïa Sounja (nord-est de Grozny), au moment où des réfugiés tchétchènes ont voulu revenir dans leur village courant décembre. Les combattants ont affirmé «que 50 Tchétchènes pro-russes étaient revenus au village armés de fusils automatiques, de mitraillettes et de grenades», se souvient Ali. «Ils ont alors voulu les désarmer. Il y a eu une violente dispute et ils ont commencé à nous tirer dessus, dans les pieds». Les quelque 40 combattants de Bassaïev, qui n’étaient pas tous tchétchènes, selon M. Mourdalov, ont arrêté et détenu 18 habitants durant plusieurs jours. Un des prisonniers est réapparu avec des côtes cassées et le visage fortement tuméfié. Dès lors, les villageois ont remis leurs trois fusils d’assaut aux combattants islamistes déjà bien armés. «Certains combattent pour leur patrie, mais d’autres le font pour l’argent ou autre chose», lâche Ali, laissant pointer son dégoût à la moindre mention de wahhabites. Dans plusieurs villages, les combattants ont «refusé d’écouter les anciens qui leur demandaient de partir», selon M. Bouckaert. À Guekhi, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Grozny, ils ont estropié trois civils pour cette raison. «Si certains ne veulent pas se joindre à nous, ou rester dans le village durant les combats, ils n’ont qu’à partir», ont simplement répondu les islamistes aux habitants de Komarova (nord), où les combattants provoquaient le feu des forces russes stationnées juste à l’extérieur du village, début octobre, selon HRW. Devant l’insistance des «anciens», les combattants ont fini par leur tirer dans les pieds, selon un habitant de Komarova, Takhid Zagaïev. Le jour suivant, les forces russes ont pilonné le village «mais se sont montrées plus humaines que les wahhabites», selon lui. HRW, qui critique fortement l’intervention russe en Tchétchénie, reconnaît que les combattants islamistes ont commis des abus avant et pendant le conflit. L’organisation internationale enquête notamment sur l’exécution à Grozny de deux hommes accusés de s’être fait passer pour des combattants afin de racketter la population locale.
Ils ont voulu sauver leurs vies et leurs maisons de l’anéantissement par les bombes russes en demandant aux combattants islamistes de quitter leurs villages, mais ces civils tchétchènes se sont finalement retrouvés sous les coups de ceux qui affirmaient défendre leur cause. Les forces russes ont choisi, pour ne pas se retrouver dans l’impasse de la première guerre de Tchétchénie (décembre 1994 - août 1996), de pilonner de façon quasi aveugle les localités afin d’éviter au maximum les combats de rues et les pertes dans leurs rangs. Pour éviter l’anéantissement total, les «anciens» demandent aux combattants rebelles de quitter leurs villes et villages. Mais dans certains cas, ces derniers ont alors retourné leurs armes contre les civils qu’ils affirmaient défendre et vouloir libérer définitivement de...