Le terroriste contemporain a beaucoup changé par rapport à ses «camarades» des années 70 et il est devenu plus difficile que jamais de prévoir ses agissements, estiment plusieurs experts. «Ces gens ne ressemblent pas aux cellules terroristes traditionnelles que nous connaissions dans le passé», selon Vincent Cannistraro, un ancien expert de la Centrale américaine de renseignement (CIA). «Ils étaient disciplinés et avaient une certaine méthode pour leurs opérations qui les rendaient plus ou moins prévisibles et qui nous permettaient de les pénétrer dans une certaine mesure». Mais les groupes terroristes actuels «ne sont pas aussi organisés et sont par conséquent imprévisibles». L’Amérique elle-même n’est pas épargnée par le danger terroriste intérieur et par le développement de ce que David Kay, du Centre pour la technologie contre le terrorisme, appelle une «culture de haine» contre le gouvernement fédéral. «Beaucoup de gens en Amérique sont remplis de haine», a-t-il dit en voyant dans ce phénomène l’«émergence d’une culture de la mort. Je meurs donc je suis». Un représentant du FBI, Calvin Shivers, relevait, lors d’un séminaire organisé par le Potomac Institute for Policy Studies (Virginie), l’exemple d’Américains arrêtés récemment pour avoir planifié l’explosion de deux réservoirs de propane dans la région de Sacramento (Californie). Le scénario qu’ils envisageaient était de susciter «le chaos» qui devait, selon eux, provoquer à son tour l’instauration de «la loi martiale» par les autorités fédérales. La nébuleuse des milices aux États-Unis, farouchement opposées au pouvoir fédéral, rêve de l’instauration d’une loi martiale qui conduirait, selon leurs projections, à la révolte finale des Américains contre Washington. Les terroristes dans le monde cherchent aussi de nouveaux refuges, selon les spécialistes. Les actions terroristes trouvaient auparavant leur origine dans les pays du Moyen-Orient. Mais ces pays prennent aujourd’hui leurs distances avec certains mouvements dénoncés pour leur violence en Occident. L’espoir d’un règlement global au Moyen-Orient contribue aussi à cette tendance. «Il reste des endroits où les terroristes peuvent s’armer, s’entraîner et s’organiser. Les zones de chaos évoluent», en particulier là où il existe des «conflits et des gouvernements centraux faibles. C’est là où les terroristes peuvent exploiter les carences des autorités centrales», souligne Daniel Byman, de la Rand Corporation. C’est le cas par exemple du Caucase mais aussi de l’Afghanistan, où se cache Oussama Ben Laden. Cet ancien citoyen séoudien est accusé par les États-Unis d’avoir commandité les attentats anti-américains de Nairobi et de Dar-es-Salaam qui ont fait plus de 220 morts en août 1998. Mais Marius Deeb, de l’université Johns Hopkins, ne pense pas que les terroristes soient totalement autonomes. «L’idée de solitaires, on doit l’oublier». Pour lui, il s’agit d’une conception occidentale. Les terroristes sont liés à des organisations qui sont elles-mêmes reliées à des États. Il relève aussi que Oussama Ben Laden est devenu un «héros dans de nombreux endroits» et exerce une véritable attirance auprès des mouvements radicaux dans le monde musulman sunnite. La difficulté de repérer les mouvements terroristes, relève David Kay, réside dans le fait qu’ils ont adopté pleinement toutes les ressources technologiques comme Internet ou les téléphones cellulaires, améliorant de façon considérable leurs capacités de communication.
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