À l’approche de l’an 2000 et de la reprise des pourparlers de paix libano-israéliens, les messes et homélies de la Nativité ont pris cette année un sens particulier. Nombreux sont les prélats et prêtres qui ont ainsi formulé des vœux de paix à l’occasion de la fête de Noël, samedi dernier. Parmi eux, l’archevêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, qui s’est toutefois demandé si «la paix du Christ aura sa place dans ce processus». Dans son homélie prononcée dans l’église Saint-Joseph de la Sagesse, à Achrafieh, Mgr Matar a ajouté : «Nous ne savons pas encore quel goût aura cette paix». Or, selon le prélat maronite, la paix ne peut être le seul résultat d’un rapport de forces déterminé. Il a précisé à ce sujet : «La paix doit venir du cœur, la raison étant insuffisante (…). Il nous faut donc purifier nos cœurs» pour aboutir à une véritable paix. L’archevêque a en outre insisté sur l’instauration de la «paix civile qui, elle, devrait être le fruit de nos efforts et de notre foi en notre patrie». C’est ainsi que, selon lui, «une simple entente est insuffisante, nos relations doivent être empreintes d’un amour véritable». Et d’ajouter : «Loin de nous l’idée d’évoquer les lois électorales à l’occasion de la fête. Mais nous affirmons que l’unité du peuple doit exorciser toute crainte quant aux résultats d’un plébiscite», a-t-il dit. En effet, aux yeux de l’archevêque de Beyrouth, «la citoyenneté implique nécessairement une solidarité à toute épreuve». Pour lui, seul le retour des personnes déplacées constituerait la preuve d’une véritable réconciliation entre les Libanais. Évoquant la paix dans le monde, Mgr Matar a estimé qu’en omettant de promouvoir la solidarité internationale, la dernière conférence de l’Organisation mondiale du commerce, qui s’est tenue aux États-Unis, «pourrait aboutir – à Dieu ne plaise – à de grands conflits dans l’avenir dans la mesure où les puissances n’auront pas réalisé la nécessité de manifester leur solidarité avec les faibles et les pauvres de la Terre». L’homélie de Audeh De son côté, dans une homélie riche de sous-entendus, de métaphores et d’allusions à peine voilées, le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Mgr Élias Audeh, a insisté sur le sens de l’appartenance et de l’identité auxquelles tout Libanais devrait être extrêmement attaché. Dans l’église Notre-Dame de l’Annonciation à Achrafieh, Mgr Audeh a affirmé : «Dieu m’a donné une terre pour y vivre. Il m’a donné le Liban et me demande de le préserver (…). Or je m’inquiète parce que je ne suis pas toujours conscient que tout Libanais est mon frère et que cette terre est mienne», a-t-il dit avant de préciser : «Le danger vient du fait que cette définition se perd chez certains qui finissent par confondre leur terre avec celle des autres. Cela ne signifie guère que je ne dois pas avoir à cœur le sol des autres. Mais si vous vous trouvez vous-mêmes dans un équilibre précaire, comment voulez-vous contribuer à la stabilité du prochain ?», a ajouté Mgr Audeh avant de poursuivre : «Celui qui n’est pas en mesure de s’entendre avec son frère ne peut prétendre me donner des leçons sur le meilleur moyen de m’entendre avec deux ou trois millions de personnes». Critiquant enfin les responsables qui agissent dans leur intérêt personnel, le métropolite de Beyrouth a conclu son homélie par un appel à ses compatriotes : «N’écoutez pas celui qui n’est pas disposé à se sacrifier pour des êtres chers car ses propos sont certainement fallacieux». Par ailleurs, des messes à l’occasion de Noël ont été célébrées samedi dans toutes les régions du pays. La fête a également donné lieu à un certain nombre de déclarations dont il convient de retenir celle du député Talal Arslane qui a notamment affirmé dimanche : «La célébration du deuxième millénaire traduit l’enracinement de la chrétienté au Liban». De son côté, le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, a affirmé samedi que «les musulmans et les chrétiens du Liban ont besoin des enseignements du Christ qui a agi dans l’intérêt de l’homme et de son bonheur».
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