Pour que l’héritage maritime du Koweït ne soit pas oublié avec l’ère du pétrole et de la modernité, un entrepreneur a construit un immense boutre en bois pour célébrer le nouveau millénaire. Hussein Marafie doit inaugurer l’embarcation le jour du Nouvel An, et espère qu’elle figurera dans le livre «Guinness des records» comme le plus grand bateau en bois dans le monde. La construction du boutre a pris des proportions gigantesques sur un terrain asséché gagné sur la mer au sud de la ville de Koweït. Le boutre, long de 84 mètres et large de 18,5 mètres, doit peser 2 500 tonnes quand les travaux auront été achevés dans les prochains jours. Le mât principal atteint 54 mètres de hauteur. La construction du bateau, baptisé el-Hachemi II, a nécessité 3 000 mètres cubes de bois de teck, spécialement importé d’Afrique, six tonnes de cuivre et quelque 80 000 kilos de clous, écrous et boulons, forgés dans les ateliers de M. Marafie. Le bateau est également orné de 5 500 ampoules et autres appareils d’éclairage qui illuminent des équipements nautiques en inox. Une salle de bal, conçue pour accueillir un millier de personnes et dont la décoration intérieure est en feuilles d’or de 24 carats, illustre la démesure. El-Hachemi II ne devra pas toutefois être utilisé en mer, mais sera le clou d’un musée consacré à l’art de la construction de bateaux, qui abritera une trentaine de boutres illustrant les différents emplois auxquels ces embarcations servaient jadis. Tradition familiale «La construction de bateaux n’est plus une industrie majeure au Koweït, mais ce projet vise à expliquer aux jeunes ce que leurs ancêtres faisaient», explique M. Marafie, qui communique couramment en hindi, ourdou et persan avec les 175 ouvriers à bord du bateau. «Pour moi, la construction d’el-Hachemi II vise à maintenir une tradition familiale», ajoute M. Marafie, dont l’arrière grand-père avait construit il y a un siècle un boutre baptisé el-Hachemi I. Avant la découverte du pétrole dans les années 50, l’économie du Koweït était dépendante d’une classe de commerçants-marins, qui, à bord de boutres, transportaient des marchandises dans la péninsule arabique, la corne de l’Afrique et le sous-continent indien. «Pas plus loin qu’en 1939, près de 150 grands boutres desservaient les principales lignes de commerce dans le Golfe», souligne pour sa part le conseiller du projet, M. Mohammed Maskati, 76 ans, ancien capitaine de boutre. «Malheureusement, cette époque est révolue. L’industrie de construction des bateaux a changé avec l’introduction de fibres de verre, les bateaux métalliques et l’utilisation du pétrole», ajoute-il. «Je suis sûr que ce boutre sera le dernier du genre à être construit», dit-il avec un brin de nostalgie. Bien que le Koweït soit aujourd’hui largement urbanisé grâce à la manne pétrolière qui a entraîné la disparition graduelle des métiers de mer, le boutre demeure le symbole national de l’émirat, figurant sur la monnaie et les billets de banque. Le constructeur de navires V.K. Narayanan, originaire du sud-ouest de l’Inde et qui, à 68 ans, a participé à la construction de quelque 300 boutres, affirme qu’el-Hachemi II est devenu «toute sa vie». «Je suis fier de ce boutre. Je mets tout mon cœur dans le travail à tel point que j’en rêve la nuit», affirme-t-il.
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